Randonnée dans la région du Pontiac, un recoin pittoresque de l’Outaouais

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
Pour gagner les 1500 hectares de la forêt Davidson, il faut longer la rivière des Outaouais, qui raconte l’histoire de ce territoire ancestral anichinabé.
Photo: Nathalie Schneider Pour gagner les 1500 hectares de la forêt Davidson, il faut longer la rivière des Outaouais, qui raconte l’histoire de ce territoire ancestral anichinabé.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Peu de Québécois connaissent le Pontiac. C’est pourtant l’une des plus grandes régions sauvages du Québec. On la découvre à l’occasion d’une longue randonnée dans la forêt Davidson.

Fin décembre 2021. Forêt Davidson, région du Pontiac. Un secret bien gardé dans un recoin de l’Outaouais qui l’est tout autant. Peu de visiteurs poussent la curiosité jusqu’à explorer Shawville ou Fort-Coulonge, et pas davantage la route 148, qu’on appelle ici « les Chemins d’eau ». Cet itinéraire démarre à Petite-Nation, traverse Gatineau et file vers North Bay, le long de l’artère fluviale des Outaouais, et invite à faire de mémorables découvertes. Ce far west à l’accent désormais agricole, champêtre même, est jalonné de fermes et de champs cultivés qui lui donnent de faux airs estriens.

Variabilité du terrain…

Pour gagner les 1500 hectares de la forêt Davidson, il faut longer la rivière des Outaouais, qui raconte l’histoire de ce territoire ancestral anichinabé ; de la colonisation à l’exploitation forestière et à la drave, durant laquelle nombre de travailleurs du bois ont charrié les billots au péril de leur vie sur les rivières Coulonge et Dumoine. Certes, la forêt Davidson n’a guère été épargnée des coupes massives, mais on trouve toujours sur ses pentes une étonnante diversité d’essences : noyers, frênes, tilleuls, peupliers, érables, et même une chênaie rouge à pins blancs. Sur ses sommets de 400 m d’altitude, on y admire d’imposants conifères qui ont largement contribué à bâtir les grandes demeures de Chicago et inondé les ports de Liverpool ou de Hong Kong.

… et de la météo

On avait prévu assez de poudreuse pour chausser nos raquettes durant ces trois jours de randonnée avec deux nuits en tente Prospecteur, mais il nous faut désormais composer avec les soubresauts réguliers de la météo. Faute de neige en abondance, la balade aura lieu, crampons aux pieds, sur une surface quelque peu croûtée. Départ pour quelques kilomètres d’acclimatation depuis la petite communauté paisible de Mansfield-et-Pontefrac pour nouer, avec son sac de longue randonnée, des liens étroits qui aideront à marcher d’un bon pied. Les conditions sont idéales, mais on sait déjà qu’on ne pourra compter sur leur stabilité. Tout au long de notre séjour, nous aurons à affronter pluie, température anormalement douce, grésil, vent fort et pluie verglaçante. Un cocktail qui n’altérera en rien la qualité de cette expérience ; nous aurons ainsi à éprouver les vertus de nos vêtements techniques, à nous abriter quand le temps se durcit dans le confort de la tente et à goûter chaque seconde passée au-dessus du lac au Canot pour une délicieuse pause lunch sous le soleil de décembre.

Le plein air, socle du développement

Dès qu’on y prête attention, le sentier forestier révèle les traces du passage récent de nombreux chevreuils que notre guide, Louis Harvey, pointe de son bâton de marche : « Y a une forte activité en forêt présentement, dit-il, nous risquons d’en voir durant la randonnée, surtout près des chênes. Ils adorent se nourrir de glands ! » Louis est un technicien forestier à la retraite et désormais membre actif de la coopérative Aventure Hélianthe, un regroupement local de passionnés qui veulent développer l’écotourisme dans la cour arrière du Pontiac. Une passion contagieuse que Louis a léguée à son fils, Guillaume, qui préside la toute récente coopérative, dont les 23 membres soutiennent le développement régional.

L’indice de vitalité économique place le Pontiac au 101e rang (sur 104) au Québec, un constat surprenant pour une MRC jouxtant la capitale nationale et possédant un incroyable potentiel récréotouristique.

Jusqu’au premier campement du lac au Canot, voilà qu’une petite neige cotonneuse se met à tourbillonner entre les branchages et feutre notre progression dans une ambiance magnétique. Ces moments-là vous font entrer dans une autre dimension de l’hiver, de l’autre côté du miroir, dans une sorte d’état de grâce. Un état que semble partager mon autre compagnon de route, Brandon, qui ne lésine pas sur les superlatifs pour exprimer son enthousiasme. Brandon est le meilleur ambassadeur de sa région, l’Outaouais. Chargé de cours en sciences politiques en ville, il se convertit en coureur des bois à chaque occasion qui se présente. Il en nourrit son blogue Brandon on the Go, blogue sans vocation commerciale, « juste pour le plaisir de faire découvrir cette région, qui a tant à donner, avec son incroyable offre d’agrotourisme et ses producteurs de cidre, de vin et de bière artisanale passionnés », dit-il. On ne pourrait être en meilleure compagnie pour découvrir la richesse de ce territoire.

Aventure immersive

Après une journée à suivre à la trace l’ondulation du paysage, 15 km tout en montées et en descentes, sans rencontrer âme qui vive, nous achevons cette deuxième journée dans la tente Prospecteur du lac Presqu’île. La rusticité est une notion très relative ; de part et d’autre du poêle à bois, nous installons nos matelas de sol sur une plateforme jonchée d’un sapinage moelleux qui diffuse son parfum d’épinette sous l’effet d’une brasée réconfortante. Les derniers occupants ont bien laissé quelques bûches à l’attention des suivants que nous sommes, mais il nous faut, nous aussi, veiller au confort — et à la sécurité — de nos successeurs ; nous sortons donc la hache, bien déterminés à trancher une bonne quantité de bûches qui réchaufferont notre abri toute la nuit durant. Cette nuit-là, un méchant coup de vent a causé, dans la forêt, un brasse-camarade mémorable, provoquant le fracassement de plusieurs arbres dans le secteur. On s’est senti alors dans un isolement palpable, au plus près de cette grande nature sauvage tout autour de nous… si humbles.

Un territoire à protéger

Dans le Pontiac, un projet d’aire protégée de 115 000 hectares est à l’étude dans le secteur des bassins hydrographiques des rivières Noire et Coulonge, des territoires choyés notamment pour le canot-camping. « Il est indispensable que ce projet soit porté par les citoyens locaux, y compris la communauté anichinabée, pour qu’il devienne un objet de fierté, dit Benoit Delage, directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement de l’Outaouais. Protéger ce territoire n’est pas une fin en soi, il faut le mettre en valeur, notamment avec une offre d’hébergement qui réponde à un besoin dans la région. »

Infos pratiques

Le forfait Coureurs des bois, d’Aventure Hélianthe, est une randonnée guidée en boucle de trois jours, qui convient aussi aux débutants. Le circuit emprunte des terres publiques et des secteurs privés, avec un droit de passage, ce qui impose de recourir aux services de la coopérative pour y avoir accès. Tarif : 305 $ par personne (375 $ avec service de transport des bagages), repas compris. D’autres forfaits, plus courts, sont offerts.



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