Randonnée nautique dans les îles de Sorel

Tristan Roulot Collaboration spéciale
Un chalet sur pilotis au bord d'un chenal
Photo: Marc Ross Un chalet sur pilotis au bord d'un chenal

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

À mi-chemin entre Montréal et Trois-Rivières se trouve un archipel à la diversité faunique et florale étonnante. Aux portes du lac Saint-Pierre, le plus grand des trois lacs fluviaux du Saint-Laurent, les 103 îles de Sorel forment un petit paradis pour les hérons, aigrettes, chevaliers grivelés et pygargues, entre autres. Le capitaine Yves Marchand vous accueille à bord du Randonnée nature, un zodiac flambant neuf, pour une promenade bucolique et tout à fait dépaysante. Une expérience inoubliable proposée par le Biophare.

Qui pourrait croire qu’au pied des aciéries de Rio Tinto, sous la silhouette dure des usines de Sorel-Tracy, s’épanouit une zone naturelle unique au monde ? Figurant au patrimoine de l’UNESCO depuis 2000 en tant que réserve mondiale de la biosphère, l’archipel du lac Saint-Pierre est l’un des trésors bien cachés du Saint-Laurent. Le site de 500 km2 comprend la plus grande héronnière du monde et la plus vaste plaine d’inondation du fleuve. Elle abrite 50 % des milieux humides du Saint-Laurent et 20 % de ses marais. Le Biophare, institution muséale ayant pour mission de mettre en valeur et de faire connaître ce coin de pays entre terre et eau, propose des croisières à travers ce dédale végétal et aquatique, permettant, jumelles bien en mains, d’observer quelques-unes des 288 espèces d’oiseaux, 79 espèces de poissons et 27 espèces de plantes rares qui s’y trouvent.

De faux airs de bayou

Île de Grâce, île aux Ours, île du Moine, île aux Fantômes… Le capitaine connaît son fleuve comme personne et sait le partager avec passion, humour et bonhomie. Chaque anecdote historique révèle le tragique de l’épopée humaine qui fit le Québec, de la première rencontre entre Jacques Cartier et les Iroquoiens au grand embâcle du 12 avril 1865, qui vit passer toutes les îles sous la surface et causa la mort de 34 personnes, dont de nombreux enfants.

Les légendes se succèdent, tandis que l’on sillonne à vitesse réduite les chenaux qui desservent certaines îles encore habitées. Il suffirait d’entendre le capitaine fredonner un O sole mio pour se retrouver projeter sur une gondole à Venise, la faute à tous ces chalets sur pilotis qui donnent l’impression d’une cité lacustre, mais qui viennent surtout nous rappeler que l’eau monte ici de plusieurs mètres chaque printemps. Alors que l’on s’enfonce de plus en plus profondément dans l’archipel, les racines des érables et des saules, dénudées par l’érosion, leur donnent des allures de palétuvier, les berges se transforment en mangroves, et le Saint-Laurent, rendu gris-vert par l’argile en suspension, se pare d’un faux air de Mississippi. Il faut fournir un petit effort pour se croire encore au Québec.

Photo: Marc Ross Un chevalier grivelé sur un nymphéa

Bientôt, les animaux se font plus présents, et la flore se dévoile. Sagittaires aux feuilles en pointe de flèches, arisème dragon, une espèce menacée au Québec, pontédérie cordée : c’est chaque fois l’occasion d’explications toujours pointues sans être assommantes sur les interactions entre la faune et cette flore si particulière à la région. Véritable bibliothèque humaine, le capitaine a réponse à toutes les questions, et sait adapter son discours à tous les publics. On apprendra jusqu’à la recette de la gibelotte, une soupe-repas locale à base d’un bouillon tomaté, de légumes et de poissons, notamment de perchaude et de barbotte très présentes dans le lac Saint-Pierre.

Le long des rives, les échassiers immobiles, cou tendu, traquent justement les ménés et autres barbottes, et nous rappellent que nous approchons de la Grande Île et de ses quelque 600 nids de grandes aigrettes, bihoreaux gris et autres grands hérons. Le repérage des aigrettes blanches, sternes, martins-pêcheurs, ou encore balbuzards et pygargues fait pousser des cris à ceux qui les localisent les premiers, et ravit tout autant les enfants que les ornithologues en herbe.

D’un monde à l’autre

La promenade est apaisante, et on va de surprise en surprise, même lorsque, après plus de trois heures de croisière hors du temps, on finit par quitter ce labyrinthe végétal pour redécouvrir les autres fonctions du Saint-Laurent. Voie commerciale tout d’abord, avec ces tankers et autres porte-conteneurs grands comme des immeubles, qui évoluent en repoussant l’eau dans un maelstrom d’écume. Mais aussi espace privilégié pour tous les loisirs nautiques, tandis que les motomarines, hors-bord et autres chaloupes de pêche se partagent le fleuve à mesure que la journée avance.

Photo: Jean-Marc Lacoste Un grand héron survolant l'un des chenaux

Pour profiter au maximum de ce sentiment d’éloignement et d’isolement, on vous recommande vivement de préférer la randonnée du matin, plutôt que celle de l’après-midi. La fin de la croisière approchant, le capitaine s’autorisera enfin à faire rugir ses moteurs. Le retour au port conclura une balade qui sera passée comme un rêve éveillé dans une enclave sauvage, préservée par bonheur de l’appétit des hommes.

12 passagers maximum, tous les jours à 9 h et 13 h 30 jusqu’au 1er octobre, 40 $ par adulte, 23,50 $ par enfant.


Une visite au Biophare

Avant ou après la balade, une halte au Biophare s’impose. Cette jolie structure aux formes élégantes abrite un agréable musée tout entier consacré à l’histoire et à l’écologie de la région. La découverte d’un site riche en artefacts iroquoiens permet de représenter, jolie maquette à l’appui, la vie d’un village autochtone. De quoi rappeler au visiteur ses bons (ou moins bons) souvenirs d’école au sujet des trois sœurs et des maisons longues. Les salles suivantes mettent en image la vie en Nouvelle-France, jusqu’au passé récent : l’arsenal de marine lancé par les frères Simard, qui fit la fierté de Sorel en produisant d’innombrables vaisseaux pour les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Une murale saisissante présente les affiches d’époque engageant les citoyens à participer à l’effort de guerre.

La visite n’aura pas le temps de vous lasser. Le contenu est aussi intéressant que savamment mis en scène pour capter l’intérêt familial. Denses en contenu, les panneaux bénéficient souvent d’un traitement graphique qui rend l’ensemble divertissant. À ce titre, la vaste salle tout entière consacrée à la biodiversité des bords du lac Saint-Pierre offre une immense carte en trompe-l’oeil de la région. L’occasion de voir sous une autre perspective la myriade d’îles explorées lors de la balade en bateau. La dernière salle abrite l’exposition temporaire du moment : La nature du Saint-Laurent, offerte jusqu’au 31 août avant de partir au Centre de la biodiversité du Québec à Bécancour à compter du 13 septembre.

7,50 $ par adulte, 3,50 $ par enfant.

 

Notre journaliste était l’invité du Biophare. 



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