Ces lieux qui racontent des histoires

Marie-Julie Gagnon Collaboration spéciale
Tout le mobilier chez Monsieur Jean a été dessiné par Jean Campeau, son cofondateur.
Photo: Monsieur Jean Tout le mobilier chez Monsieur Jean a été dessiné par Jean Campeau, son cofondateur.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Il y a les lieux où l’on dort et ceux où l’on rêve. Certains hébergements ont beaucoup plus à offrir qu’un lit et un toit. Loin des chaînes impersonnelles, voici trois options qui nous ouvrent la porte d’univers où l’imaginaire est roi. Et si on se laissait raconter des histoires ? Premier texte de deux.


 

Auberge du changement d’ère, Cantons-de-l’Est

De l’extérieur, on dirait une tente conique comme on en voit aux quatre coins du Québec depuis plus d’une décennie. Mais dès qu’on pousse la porte de la « yourte de l’artiste », on se retrouve ailleurs. Même à l’intérieur, tout est en rondeurs. Un grand lit trône dans la chambre principale, en bas. Deux petits lits se trouvent sur une plateforme. L’argile et le bois s’enchevêtrent, formant une impression de continuité de la nature environnante. Venons-nous d’entrer chez de lointains cousins des Barbapapa ? Créée par un couple d’artistes et architectes, l’Auberge du changement d’ère offre une bonne dose d’utopie dans un cadre confortable(oui, il y a une salle de bains), à deux pas du parc de la Gorge de Coaticook. Ici, pas de bruit de réfrigérateur ni de climatisation.

Photo: Joël Larouche

Pour Joël Larouche et Chloé De Wolf, l’auberge accessible été comme hiver va bien au-delà de la location de ce qu’ils appellent des « ultra-yourtes ». « Si on habitait des lieux enchantés, qui sont architecturalement poétiques, ça changerait nos vies », croit le cofondateur, qui possède une maîtrise en architecture.

« Une journaliste française a déjà qualifié ce que nous faisons de “moderne sauvage”, poursuit-il. Ça me plaît. Nous appelons ça de l’écofuturisme. Ce n’est ni préhistorique, ni futuriste, ni technologique. C’est du préhisto-technologique futuriste. Nous essayons de brouiller les cartes pour réinstaller un rapport au lieu. Nous voulons créer le sentiment d’être dans un autre monde pour nous ressourcer et nous changer les idées. » Pari réussi !

Les Salines du parc de Gros-Cap, Îles-de-la-Madeleine

Il ne s’agit pas ici d’authentiques salines, cabanes jadis utilisées par les pêcheurs, mais bien de « prêts-à-camper » qui en sont inspirés. N’empêche, la vue sur la mer suffit à enclencher la machine à voyager dans le temps. Avec ses falaises balayées par le vent et sa plage de sable rouge,le parc de Gros-Cap, géré par une entreprise d’économie sociale née du désir des citoyens de se réapproprier un patrimoine commun, correspond tout à fait aux images de cartes postales qu’on se fait des îles. On s’attend presque à apercevoir les culs-pointus de jadis, au large… « Jusqu’à la fin des années 1940, à l’entrée du parc de Gros-Cap, de nombreux pêcheurs venaient amarrer leur bateau à un gros câble d’acier, raconte Frédéric Côté, directeur du parc. Les salines servaient à remiser leurs gréements de pêche. »

Photo: Marie-Julie Gagnon

Les cinq prêts-à-camper inaugurés en 2011, auxquels des « cook houses » — petites pièces pour cuisiner — ont été annexées en 2019, constituent une sorte d’hommage à ces pêcheurs, mais aussi au mode de vie de l’époque. « La côte, c’était là où toute la vie se passait, dit M. Côté. Les pêcheurs venaient échouer leurs bateaux sur le platier. Les enfants allaient y jouer. On y pêchait palourdes, couteaux de mer et myes communes. »

Les Salines peuvent loger jusqu’à quatre personnes. Pour la toilette et la douche, il est cependant nécessaire de se rendre dans le pavillon qui se trouve à proximité. Location offerte jusqu’au 21 septembre 2020 et à partir du 28 mai 2021.

Monsieur Jean, l’hôte particulier, Québec

Elle rêvait d’un magasin de jouets ; lui, d’un hôtel. Elle a réalisé son souhait — Banjo, vous connaissez ? —, mais il attendait toujours de voir son projet se matérialiser. Le résultat aura valu l’attente. Même si le personnage qui est au cœur de l’expérience proposée par Monsieur Jean porte le même prénom que le cofondateur, Jean Campeau, le concept est le fruit d’un véritable travail d’équipe.

Monsieur Jean habite sur la rue Saint-Jean, à Québec, et aime jouer à « Jean dit ». Il n’a ni visage ni âge et adore recevoir. D’ailleurs, ses invités peuvent l’apercevoir, de dos, dans différentes situations, sur les tableaux disséminés un peu partout chez lui.

Photo: Monsieur Jean

On remarque tout de suite la causeuse multicolore qui « grimpe » sur le mur et les lumières qui constellent le hall de l’hôtel. Tout le mobilier a été dessiné par M. Campeau, qui est aussi designer, en plus d’être copropriétaire de GM Développement avecsa conjointe, Geneviève Marcon. « Nous avons voulu développer un concept unique, avec une trame instagrammable, explique Catherine Chéruet, directrice générale. Un établissement chic, mais qui ne se prendpas au sérieux ; beau, mais où les gens peuvent se laisser aller. »

Grand romantique, Monsieur Jean aime les belles histoires d’amour. Une borne en distribue même à ses visiteurs près de l’accueil. La pièce commune compte également des bibliothèques et des jeux de société, histoire de favoriser les échanges.

On ne s’étonne pas d’apprendre que Geneviève Marcon est une fan de Disney. L’influence de Philippe Starck, dont le duo apprécie les réalisations, est également visible.

Mais là où le charme opère surtout, c’est dans les petits détails qui nous donnent l’impression d’entrer dans l’intimité de l’hôtelier, comme son journal posé sur la table de chevet. « J’ai pris de vrais dessins faits à main levée, qui étaient sur le bureau de M. Campeau, raconte la directrice. La goutte d’eau qu’on aperçoit était réelle. »

C’est peut-être dans cette frontière floue entre le rêve et la réalité queréside la vraie magie. Chose certaine, on quitte l’endroit avec une seule envie : revenir traverser le miroir au plus vite.