Destination Toronto

Carolyne Parent Collaboration spéciale
Dans les rues du centre-ville de Toronto, sur les terrasses des restaurants, il flottait dans l’air quelque chose comme la promesse de jours meilleurs.
Photo: Destination Toronto Dans les rues du centre-ville de Toronto, sur les terrasses des restaurants, il flottait dans l’air quelque chose comme la promesse de jours meilleurs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Après un été 100 % québécois, j’ai eu envie d’un changement de décor en nos frontières. Et c’est ainsi que j’ai filé vers la Ville Reine, qui a du beau à offrir aux visiteurs tout l’automne.


 

Fin août, l’Ontario venait tout juste d’entamer la troisième phase de sa « réouverture » en autorisant les rassemblementsintérieurs de 50 personnes. À Toronto, des hôtels qui n’avaient pas estimé rentable de poursuivre leurs activités en temps de confinement, comme le Ritz-Carlton, rouvraient enfin leurs portes en poussant un soupir de soulagement. Sugar Beach, une plage urbaine jolie à croquer, aménagée au bord du lac Ontario par notre compatriote Claude Cormier, rameutait des Torontois respectueux de cette nouvelle réalité distancée.

Dans les rues du centre-ville, sur les terrasses des restaurants, il flottait dans l’air quelque chose comme la promesse de jours meilleurs. Sans ordures en toile de fond. Sans cônes orange non plus. (S’il convient de rappeler qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs, cela revient tout de même à dire que Toronto a moins d’« omelettes » à faire que Montréal…) C’était à s’en pincer. Et c’était sans compter les surprises qui m’attendaient au Musée royal de l’Ontario.

Le bonheur dans un pot de miel

Présentée par le Victoria and Albert Museum de Londres, l’exposition familiale Winnie l’Ourson : l’univers d’un classique devait débuter en mars dernier, mais même Winnie dut s’incliner devant la pandémie. Depuis le 1er septembre (et jusqu’au 17 janvier 2021), on le retrouve avec joie la patte dans le pot de miel.

Pour le commissaire Justin Jennings, « l’exposition nous montre comment bien vivre en nous transportant dans un univers où chacun a le sentiment d’être spécial, écouté et aimé ». Un beau sentiment à éprouver par les temps qui courent…

Évoquant les chapitres d’un livre et comprenant des activités immersives pour les petits, l’exposition ne s’adresse pas moins aux adultes du fait qu’elle se penche sur les origines et la création de l’un des personnages les plus populaires de la littérature de tous les temps.

Parmi les 200 objets en montre, on voit notamment le journal tenu par le lieutenant canadien Harry Colebourn pendant la Première Guerre mondiale. « Personnage » central de cette histoire, Colebourn voyageait en train en direction du camp d’entraînement de Valcartier lorsqu’il acheta « un bébé ours pour 20 $ » (500 $ en dollars d’aujourd’hui) lorsd’un arrêt en Ontario. Il baptisa l’oursonne Winnie (un clin d’œil à la ville où il vivait, Winnipeg), mit le cap sur l’Angleterre depuis Gaspé avec elle, en fit la mascotte de la 2e Brigade d’infanterie canadienne et, avant de partir pour le front, en France, la confia au Zoo de Londres.

C’est dans ce zoo que l’écrivain anglais Alan Alexander Milne et son fils Christopher feront la connaissance de l’ourse, rebaptisée par ce dernier Winnie-the-Pooh. Germe alors l’idée de livres, qu’illustrera E. H. Shepard. Plusieurs de ses croquis, dessins à la plume et à l’encre, ainsi que des épreuves de ses œuvres sont présentés, et c’est un régal pour qui s’intéresse aux processus créatifs.

Entre 1924 et 1928, le tandem réalisa quatre ouvrages qui connaîtront un immense succès. On se demande dès lors pourquoi il s’arrêta en si bon chemin… « A. A. Milne se considérait comme un auteur sérieux, les livres au sujet de Winnie n’étant à ses yeux qu’un projet parallèle et un cadeau à son jeune fils, explique M. Jennings. Et puis, il éprouvait une certaine amertume à l’idée que ces livres-là allaient éclipser son travail pour le reste de sa vie. » Comme quoi, parfois, le bonheur des uns…

L’étoffe qui a changé le monde

Dans une salle voisine, une autre exposition, vue en avant-première (elle débutait le 12 septembre), ravit l’œil : L’étoffe qui a changé le monde : les cotonnades indiennes.

Place au savoir-faire millénaire des artisans indiens et à leurs créations, des toiles de coton peintes et imprimées, qui mettent en relief leur « science » des colorants naturels et des motifs compliqués !

Cet étalage de vêtements conçus pour les marchés européens comme asiatiques braque également les projecteurs sur les conséquences de l’engouement mondial pour l’indienne, nom donné à cette étoffe multicolore : traite des esclaves, imitationque permet la mécanisation, ainsi que surconsommation et gaspillage des ressources. Ces derniers enjeux, bien actuels, sont finement amenés en 80 pièces couvrant 10 siècles et 4 continents.

L’Italie du slow food, un marché et des patios

Après ce détour en Inde, c’est l’Italie qui, à deux pas du musée, à l’angle des rues Bloor et Bay, m’ouvre les bras. Voilà Eataly, véritable temple de la gastronomie artisanale italienne, membre du mouvement de l’écogastronomie (slow food), qui réunit des restaurants, des bars et un marché. Celui-ci offre une diversité de denrées alimentaires haut de gamme provenant des quatre coins du pays. Des vins des meilleurs terroirs, des huiles d’olive rares, des saucissons et des fromages exquis, de délicieux nougats, de riches gelati… Jusqu’à la fin septembre, on se régale au Patio, deux terrasses bellissimes où le menuvalorise des spécialités des régions côtières de la « botte ». Par ici, les pansotti de la Ligurie !

Photo: Destination Toronto La rue King Ouest, le quartier de la mode et ses bonnes tables

Le soir venu, The Distillery, un ensemble de bâtiments du XIXe siècle qui ont abrité une distillerie de whisky, est une excellente option avec ses mille places en 12 patios ! Grâce à la plateforme distillery.menu, ce qu’on commande en ligne chez El Catrin ou dans l’un des trois autres restaurants participants nous est servi directement à la table.

Sur la rue King Ouest, à l’ouest de Spadina, bienvenue dans le quartier de la mode et ses bonnes tables. Tant qu’il fera beau, Lavelle nous recevra autour de sa piscine sur le toit à l’heure de l’apéro. En salle, on mange brésilo-nippon tout en profitant de la même vue panoramique.

Le week-end tirant à sa fin, il faudrait bien bouger un peu. Sur la rue King Ouest, prenons le tram 504A pour High Park, le plus grand espace vert de Toronto avec son étang, son mini-zoo, ses sentiers boisés. Une autre oasis de verdure accessible du centre-ville est le Trillium Park et son sentier William Davis, qui longe le lac et offre de jolis points de vue de la ville tout en étant dans la ville. En ce qui me concerne, c’est « opération changement de décor » réussie !


  

Carolyne Parent était en partie l’invitée du Ritz-Carlton Toronto

Bons plans

Y aller : Chez Megabus, un siège sur deux demeure libre et une fois assis, les passagers ne sont pas tenus de porter un couvre-visage, bien que cela soit recommandé. Le trajet dure six heures à l’aller et le billet aller-retour coûte 140 $. (Sur la base d’un départ le week-end de l’Action de grâce, le matin du samedi 10 octobre, et d’un retour dans l’après-midi du 12 octobre). 

 

Se loger au centre-ville : En mode familial sympathico-économique, à l’hôtel Chelsea. Le forfait Staycation comprend le petit-déjeuner pour deux, les taxes, le stationnement et le départ tardif. 

En mode on-se-paie-la-traite, au Ritz-Carlton, situé à l’ombre de la tour du CN, dans l’Entertainment District. L’établissement, qui s’est refait récemment une beauté, est doté d’une piscine intérieure d’eau salée et d’un Ritz Bar lumineux, où on prend le petit-déjeuner. 

 

S’inspirer : Avec 300 raisons d’aimer Toronto (Éd. de l’Homme, 2019), de Jean-Michel Dufaux, sous le bras, on a l’embarras du choix des cafés, des bars de jazz et autres lieux d’atmosphère où aller se réfugier si jamais mère Nature n’est pas de notre bord.

 

Se renseigner :Toronto a annulé grands événements et festivals jusqu’en octobre, ou les propose en ligne. Ce sera le cas de Nuit blanche, le happening d’art contemporain du 3 octobre prochain. Pour en savoir plus, on consulte le site Web de Destination Toronto