Une Sardaigne de rêve

Promenade sur les remparts à Alghero
Photo: Carolyne Parent Promenade sur les remparts à Alghero

Nous avons gardé le meilleur pour la fin. Un chapelet de criques où la mer se hisse, sans faire de vagues. Des rubans de sable blanc bordant le pré de la grande bleue, où le vert fait tache. Vous pouvez dès lors passer les paragraphes qui suivent si seul l’appel de la spiaggia paradisiaque vous allume. Sinon, promenons-nous dans des villages du nord de la Sardaigne qui imposent le respect.

Prenez Alghero, sur la côte nord-ouest : sur ses fiers remparts jalonnés de tours, de bastions, de catapultes et d’autres machines de guerre médiévales, une attaque navale paraît imminente ! Fondé par les Doria, puissante famille de Gênes, Alghero tire son nom d’alguerium, ou « algue », et effectivement, nos pieds trempent dedans en bord de mer.

Photo: Carolyne Parent La spiaggia del Principe est l'une des plus belles plages de la Costa Smeralda.

Ce port fut tour à tour conquis par les Pisans, à nouveau par les Génois, et finalement par les Catalano-Aragonais, jusqu’à ce qu’Isabelle la Catholique s’en lasse et décide d’investir plutôt sa fortune dans l’exploration du Nouveau Monde. Alghero a connu des siècles fastes grâce à la pêche au corail rouge, exporté jusqu’en Inde. C’est d’ailleurs avec l’argent de ce commerce que furent construits les palais des Catalans, apprend-on au Museo del Corallo. Et sans nul doute aussi la muraille sur laquelle on déambule au coucher du soleil.

Photo: Carolyne Parent À Alghero, une installation rappelle que le corail rouge a fait la fortune du petit port de pêche.

Tout au bout du cap Caccia, d’autres « palais » nous attirent : ce sont les formidables grottes de Neptune, où de très vieilles stalactites et stalagmites forment d’étonnantes sculptures… On se croirait même, selon les salles, dans un ossuaire : oh, les beaux « tibias » !

Photo: Carolyne Parent Les grottes de Neptune, au cap Caccia

Ensuite, cap franc nord sur Castelsardo, dont la configuration évoque un paquebot posé en équilibre sur un promontoire. Le film Fitzcarraldo vient spontanément à l’esprit. Au détour des venelles tortueuses constituant le labyrinthe piétonnier de la vieille ville, on retrouve nos bons amis les Doria au château, qui abrite le Musée de la vannerie et offre en prime un point de vue panoramique sur la côte et l’arrière-pays.

À hauteur de Tempio Pausania, cet arrière-pays est constitué d’une forêt de chênes-lièges qui ravit l’œil. Certains arbres exhibant un tronc rouge, on comprend qu’on les a récemment « déshabillés », sans doute au profit des viticulteurs chinois, un acheteur important du liège sarde.

Et voilà qu’on tombe par hasard sur un nuraghe majori, soit une de ces constructions circulaires, tout en pierres, qu’on ne trouve qu’en Sardaigne. Celles-ci dateraient de l’an 1600 avant notre ère et auraient servi de poste de contrôle du territoire, nous explique-t-on à l’entrée du site. L’une des antichambres étant squattée par des pipistrelles venant y mettre bas, nous sommes priés de nous tenir cois.

Aux Îles-de-la-Madeleine sardes

À Palau, on s’embarque pour une brève traversée vers La Maddalena, chef-lieu de l’île et de l’archipel du même nom. La route panoramique qui ceinture le plus grand des 60 cailloux constituant les vestiges de ce qui unissait autrefois la Sardaigne et la Corse nous mène à un bijou de plage baignée d’eaux limpides : celle de Cala Spalmatore, et ne le répétons pas trop fort…

Photo: Carolyne Parent La Maddalena

À Caprera, l’îlot sauvage voisin, on souhaiterait troquer notre Fiat pour une Vespa, afin de humer à fond les arômes émanant de la pinède et du maquis. Pas étonnant que Giuseppe Garibaldi, l’un des « pères » de l’Italie unifiée, y ait passé les 25 dernières années de sa vie. On l’envie.

De retour sur la côte nord, nous filons vers l’est et la fameuse Costa Smeralda. Pourquoi fameuse ? Parce que cette Costa échancrée, où le maquis vient mourir dans la mer, est le joyau du littoral sarde. Tant et si bien que, dans les années 1960, un prince arabe et imam, Karim Aga Khan IV, en quête d’un « pied-en-mer » pour s’adonner à la navigation de plaisance, s’en éprend. Avec des investisseurs, il fonde le Consorzio Costa Smeralda et… ouste, les moutons, érigeons villas et hôtels de luxe !

Photo: Carolyne Parent Cala Granu, sur la Costa Smeralda

« Quelle horreur ! », pensez-vous. Eh bien, non, car on a affaire à un prince féru d’architecture. (Il a notamment institué un concours qui récompense des réalisations architecturales du monde musulman améliorant la qualité de vie : le prix Aga Khan.) Bref, loin d’avoir défiguré le bord de mer à la façon de la Costa del Sol espagnole, il a créé une oasis où l’harmonie du paysage bâti — tuiles romaines, pierres locales, palette ocre, interdiction de construire en hauteur, sus aux panneaux-réclames ! — le dispute à la splendeur de l’environnement naturel. Et c’est la raison pour laquelle les beautiful people affluent à Porto Cervo, où mouillent, par ailleurs, les plus beaux yachts du monde (bonjour, Dilbar !), comme à Porto Rotondo, autre enclave haut de gamme pensée par les mêmes promoteurs.

Il n’en demeure pas moins que, de Pitrizza à Cala Petra Ruja, le territoire visé par le Consorzio est un littoral long de 20 kilomètres, et basta ! Un territoire stupéfiant du fait de son caractère sauvage, jalousement préservé. Il n’en faut pas davantage pour faire le bonheur de vacanciers en quête de beauté et du bleu-vert aveuglant de la Méditerranée.

Bons plans

Transport. Aller avec Air Transat jusqu’à Marseille, puis prendre un bateau de La Méridionale. La traversée vers Porto Torres, situé à deux heures de route d’Alghero, dure 17 heures. Sinon, on prend un vol vers Rome avec Transat, puis un autre vers Alghero avec Alitalia. (airtransat.com, alitalia.com, corsicalinea.com)

Vin. Déguster le bon vin régional, le vermentino di Gallura, dont le Sciala de la maison Surrau, à Chilvagghja, à proximité de Porto Cervo. La cantina avec vue sur les vignes fait honneur au sens du design italien. (vignesurrau.it)

Gastronomie. Savourer les spécialités sardes que sont le pane carasau (craquelin parchemin), l’agliata di gattuccio (roussette — un poisson — en sauce tomate aillée), les culurgiones et fregule (respectivement : pâtes farcies, souvent de fromage pecorino, de pomme de terre et de menthe, et pâtes en forme de billes, servies en sauce tomate), sans oublier le tiramisardu ! Deux bonnes adresses : le restaurant du Grand Hotel, à Cala Granu, et Terraza Frades, à Cala di Volpe. (grandhotelinportocervo.it, frades.eu)

Balades. Pour fare la passeggiata, ce sport national qu’est la promenade en soirée, on se dirige vers la Marina Vecchia de Porto Cervo et on fait une halte à la crémerie La Pasqualina, le temps d’un, deux ou trois gelati. À voir non loin d’Arzachena, la « tombe des géants », une sépulture collective dotée d’une petite porte par laquelle on insérait des offrandes.

À emporter. le guide Sardaigne (Le Routard, Hachette, 2018-2019) pour mieux comprendre ce qu’on contemple, ainsi que l’appli City Maps 2 Go, indispensable pour s’y retrouver dans le dédale des hameaux.