Sillonner les eaux sacrées du Nil

Ce bateau aux boiseries chaleureuses de teck, qui, sous l’effet du chaud soleil d’Égypte, parfume l’air des cires d’antan, nous transporte à une autre époque.
Photo: Olivier Romano Ce bateau aux boiseries chaleureuses de teck, qui, sous l’effet du chaud soleil d’Égypte, parfume l’air des cires d’antan, nous transporte à une autre époque.

Qui n’a pas rêvé de l’Égypte et de ses trésors antiques ? Une des plus grandes civilisations du monde, dont on peut admirer les vestiges même après 3000 ans, s’est développée le long des rives du mythique Nil. Que diriez-vous de les découvrir en sillonnant lentement les eaux calmes du fleuve sacré à bord d’un bateau à vapeur datant du siècle dernier ? La croisière fluviale du Steam Ship Sudan permet de le faire, tout en s’imprégnant du rythme d’une époque lointaine.

La fascination pour l’Égypte ne date pas d’hier. Après les pyramides de Gizeh, la Haute-Égypte est toujours la région la plus visitée du pays. C’est là, entre Assouan et Louxor, à 700 km au sud du Caire, que se trouvent les plus beaux tombeaux des rois et reines, ainsi que les temples dédiés aux divinités datant de l’âge d’or égyptien ou de la période du Nouvel Empire (1500 à 1000 ans av. J.-C.).

La vie des habitants de la Haute-Égypte a toujours été intimement liée au fleuve sacré. À l’époque des pharaons, les temples et les résidences de la royauté étaient situés à proximité de la rive est du Nil, là où le soleil se lève, et les tombes des notables du côté de la rive ouest, là où le soleil se couche. Pour visiter ces sites millénaires et emblématiques, ou du moins s’en approcher, un des moyens de transport les plus appropriés est la croisière fluviale. Un choix qui permet d’apprécier la beauté exotique des paysages de la Haute-Égypte et d’assister aux scènes de la vie des riverains, sans pour autant empiéter sur leur intimité.

Photo: Olivier Romano

Il y a un siècle, les croisières fluviales en Égypte étaient en plein essor. L’homme d’affaires Thomas Cook proposait alors d’embarquer de petits groupes sur les steamers de sa compagnie Thomas Cook Son. Le Steam Ship Sudan, inauguré en 1921, fait partie de la dernière génération de bateaux à vapeur sur le Nil que le voyagiste utilisait pour amener les touristes visiter les sites sacrés.

À bord du bateau, la clientèle de l’époque était choyée. Les élégantes ladys revenaient de leurs excursions à dos d’âne et retrouvaient le chic salon pour y entamer une partie de cartes. Pendant ce temps, les hommes en profitaient pour siroter un thé sur la terrasse du pont supérieur et discuter. Ainsi s’écoulaient paisiblement les jours de l’âge d’or du bateau jusqu’en 1935.

Durant cette période faste, plusieurs notables se pressèrent pour faire le voyage à bord, dont l’archéologue Max Mallowan et sa femme, Agatha Christie, en 1933. La romancière y trouvera l’inspiration pour son roman Mort sur le Nil. Titre prémonitoire ? La Deuxième Guerre mondiale éclata peu de temps après et le bateau fut abandonné, amarré à un quai pour plus de 50 ans.

Un bateau au cachet d’antan

Il faudra attendre l’aube des années 2000 pour que l’agence Voyageurs du Monde découvre l’épave oubliée et décide de l’acheter des mains d’un armateur égyptien, qui ne l’avait possédée que très peu de temps, pour la remettre à l’eau. En 2006, d’importants travaux de rénovation sont entamés, en prenant soin de garder le cachet historique du bateau. Le Steam Ship reprit donc du service, propulsé par ses roues à aubes, mais aidé cette fois par un moteur diesel. Il est aujourd’hui le dernier témoin de son temps. Ce bateau aux boiseries chaleureuses de teck, qui, sous l’effet du chaud soleil d’Égypte, parfume l’air des cires d’antan, nous transporte à une autre époque.

Ses ponts aux planchers de bois qui craquent sous nos pieds, ses balustrades dorées auxquelles sont accrochés des rideaux de lin blanc, ses chambres au cachet des années 1930 et son personnel dévoué vêtu d’uniformes locaux donnent une dimension magique au voyage. La croisière glisse lentement au fil de l’eau, laissant voir des scènes pittoresques, et donnant en même temps l’impression que le temps s’est soudainement arrêté.

Photo: Marie-Claude Di Lillo

Contrairement aux autres bateaux de croisière qui défilent sur le Nil, le Steam Ship se distingue par sa petite capacité d’accueil. On y trouve seulement 23 cabines en tout, dont 5 suites, chacune portant le nom d’un personnage ayant un lien avec le bateau ou avec l’Égypte. Il y a la suite Agatha Christie bien sûr, puis la Hercule Poirot, la Reine Victoria, la Lady Duff Gordon et la Aïda, situées en proue ou en poupe du navire et largement vitrées. Bien que plus petites, les autres cabines ont toutes une vue sur le fleuve. Un sentiment d’intimité règne sur le bateau, favorable à la nature d’un tel voyage.

L’embarquement se fait à Assouan, à la frontière du Soudan, royaume de l’ancienne Nubie. On se rafraîchit et on passe ensuite à la salle à manger pour déguster un fin repas composé de spécialités et d’ingrédients locaux, dans un décor aussi majestueux que celui qui est décrit dans le roman de Christie.

Un itinéraire magique

Après le lunch, alors qu’on est toujours à quai, c’est le coup d’envoi des visites prévues à l’itinéraire avec le temple de Philae, surnommé « Perle de l’Égypte », dédié depuis 24 siècles au culte de la déesse Isis en Nubie. Un bus nous attend pour nous emmener au site archéologique. On est alors plongés dans une fantasmagorie d’images, de hiéroglyphes gravés sur les murs, de monuments et de statues plus grandes que nature. Toutes les visites se font avec un guide expérimenté, spécialisé en égyptologie.

Photo: Marie-Claude Di Lillo Les gardiens du temple de Kom-Ombo

Cette première journée donnera le ton aux cinq autres jours du voyage, tous ponctués de découvertes aussi spectaculaires les unes que les autres. La rive est nous dévoilera les trésors des temples de Kom-Ombo, d’Edfou, d’Esna, de Karnak et de Louxor. On quittera aussi deux fois la route du Nil pour découvrir deux temples moins connus : Dendérah, un des mieux conservés d’Égypte avec ses chapelles décorées, et Abydos, lieu de pèlerinage du dieu Osiris, qui cache des trésors marquant la période d’art amarnien. On termine par la rive ouest près de Louxor pour découvrir l’ancienne nécropole de Thèbes — appelée aussi la vallée des Nobles, des Rois et des Reines —, où les plus beaux tombeaux, ceux de Sethi 1er, de Toutânkhamon, de Nefertari, de Ramsès III, pour ne nommer que ceux-là — attendent les visiteurs afin de leur dévoiler leurs extraordinaires attraits.

Retour à bord 

Après des après-midi de visite sous le chaud soleil, on se retire dans notre chambre climatisée pour rêver aux visages qui ont marqué l’âge d’or égyptien. Bien plus qu’un moyen de transport, le Steam Ship Sudan nous offre un voyage dans le temps. Une immersion dans la culture égyptienne rurale d’aujourd’hui, dans celle des années du roi Farouk et de la chanteuse Oum Kalsoum, et bien entendu dans celle de l’époque fascinante et mystique des pharaons du Nouvel Empire.

Notre collaboratrice était l’invitée de l’agence Voyageurs du Monde.

L’Égypte, pays sécuritaire?

Un vent de changement palpable a soufflé sur ce pays depuis déjà trois ans. Après une période politique mouvementée, le pays retrouve son calme sous la gouverne du président Sissi. Le tourisme reprend de plus belle, au grand bonheur de la majorité de la population qui en vit. Si quelques incidents sont encore présents à l’esprit, ils sont heureusement de plus en plus isolés.

C’est probablement le voyage d’une vie pour plusieurs. L’organisation ainsi que le choix du personnel, incluant les guides, sont de première classe. Il faut compter autour de 6000 dollars par personne pour la croisière, incluant les repas et les excursions.

Voyageurs du Monde propose des options à la carte incluant les transports de l’aéroport à l’hôtel, les nuitées d’hôtels, l’assistance d’un concierge, et même les vols internationaux. Pour ceux qui n’aiment pas les longs itinéraires en avion, il est conseillé de prendre son transfert de vol pour Le Caire le jour suivant, d’autant que pour se rendre à Assouan, il faut prendre un troisième avion. Turkish Airlines propose une option intéressante et paye l’hôtel selon les heures d’arrivée et de départ des avions (voir les restrictions sur leur site). Avec leur tout nouvel aéroport pourvu d’aires de repos, la fatigue du voyage se supporte mieux.