À bicyclette: lever le coude et le genou dans le Piémont

L’Italie est une terre de cyclisme. La ville d’Alessandria, que nous traverserons au cours du périple, a même consacré un musée à la bicyclette.
Photo: Photos Caroline Montpetit Le Devoir L’Italie est une terre de cyclisme. La ville d’Alessandria, que nous traverserons au cours du périple, a même consacré un musée à la bicyclette.

La cloche du village sonne, comme pour nous accueillir, aux abords du village de Barolo, dans le Piémont, en Italie. Notre coup de pédales ralentit. On se met à l’heure locale. Il faut profiter à pleins poumons de la douceur de l’air du matin, de la vue à 360 degrés sur les vignobles environnants. C’est ici que pousse le raisin de cépage nebbiolo qui fait le roi des vins, et le vin des rois. On dit que le vin Barolo a acquis son statut royal au Moyen Âge. Ce statut n’a cessé de grandir ensuite. Louis XIV aimait en avoir à sa table, comme le pape Pie VII, au XIXe siècle, qui s’assurait qu’il y en ait toujours au Vatican.

La route plonge avant d’arriver au village, proposant différents points de vue sur les sages rangées de vigne, cultivées avec un soin maniaque, couvrant chaque mètre de cette contrée fertile. On dit que le Piémont est le grenier de l’Italie. Depuis notre départ de Cunéo, petite ville nichée au pied des Alpes maritimes, avec un groupe de cyclistes rassemblés par Vélo Québec, nous avons croisé des vergers d’abricots, de kiwis, de poires et de pommes.

C’est de cette luxuriance que notre guide, Gilles Blanchette, est un jour tombé amoureux. Le circuit de dix jours, qui nous propose de traverser la province à vélo, de Cunéo à Saluzzo, a l’avantage d’être moins escarpé que celui de la Toscane. Dans le Piémont, les Alpes maritimes sont bien présentes, fraîches et à portée de regard par temps clair, mais elles sont loin des mollets. Cela permet aux cyclistes moyens, voire très moyens, dont je suis, de prendre le temps de regarder passer le temps, qui s’égrène doucement sur les cadrans solaires typiques de cette région du monde.

Plusieurs de ces cadrans, qui ornent les édifices publics ou les maisons privées, portent des inscriptions latines, autant de réflexions de tout genre sur le temps. « Vita fugit sicut umbra », dit l’un d’eux (« La vie s’enfuit comme l’ombre »). « Donne ton travail, je te donnerai les fruits », dit un autre.

Sur la route des vins

Le coup de pédales de la moyenne des cyclistes durerait entre une demi-seconde et une seconde complète. Des secondes qui peuvent nous mener loin et nous faire voir du pays, si on se donne la peine de lever le nez au-dessus du guidon. Et qui nous permettent de nous approcher doucement, doucement, du village de Barolo, comme le bon vin qui s’y fabrique mûrit lentement, lentement dans les barils.

La fête du vin se déroule à Barolo durant la deuxième semaine de septembre. Mais on peut visiter toute l’année le musée du vin, dans l’enceinte du château Falletti. On y suit le patient voyage du liquide, de la grappe qui capte le soleil jusqu’au verre.

On y fait remonter l’histoire du vin en Anatolie et en Mésopotamie, à travers l’ancienne Égypte et la Grèce, durant toute la période romaine, du Moyen Âge jusqu’à nos jours. Mais la découverte de l’alcool serait quant à elle antérieure à l’agriculture. Aux époques paléolithique et mésolithique, des chasseurs-cueilleurs auraient découvert le processus de fermentation spontanée des produits sucrés, et les premiers alcools ont probablement été produits avec de la sève d’arbre et du miel.

Photo: Caroline Montpetit Le Devoir

Le processus de fabrication du vin a fait son apparition après celui de la bière, faite de grains de céréales fermentés à partir de l’époque néolithique. Les premières vignes auraient quant à elles été cultivées entre la mer Caspienne et la mer Noire. La domestication des vignes, qui implique qu’elles deviennent hermaphrodites, a pour sa part été achevée en Anatolie.

Passons rapidement sur la coupe de vin pour dire que ce fut en Égypte une boisson réservée aux pharaons, et que la légende veut que les dieux égyptiens changent l’eau du Nil en vin pour saouler la lionne Hathor et l’empêcher de détruire l’humanité. En Grèce, la consommation de vin était plus répandue, et Dionysos, dieu du vin, qu’on appelle Bacchus à Rome, faisait l’objet d’un culte.

Traversant le Moyen Âge et la Renaissance, notamment en tant que boisson étroitement associée aux célébrations chrétiennes, l’industrie du vin connaîtra sa période la plus sombre au début du XXe siècle, alors que la Première Guerre mondiale détruit les récoltes, aussi affectées par la moisissure, et que les États-Unis adoptent des lois prohibitionnistes.

Après le vino, le vélo

Revenons donc à nos pédales, après avoir légèrement trempé nos lèvres dans quelques crus du coin, que les vignerons offrent aimablement en dégustation. L’Italie est une terre de cyclisme. La ville d’Alessandria, que nous traverserons au cours du périple, a même consacré un musée à la bicyclette. On y raconte notamment l’histoire du premier vélo à être arrivé en Italie en 1867, grâce à l’entrepreneur Carlo Michel.

Le lacet de routes entre les vignobles nous mènera ce soir à Alba, et demain soir à Asti, qu’on atteindra après avoir traversé, forcément, une zone urbaine moins bucolique pour les cyclistes. Ces deux villes jumelles se faisaient autrefois la guerre, alors que le monde était encore petit. Aujourd’hui, elles rivalisent entre autres pour attirer l’attention sur leur production vinicole. Entre les deux, la tour de Barbaresco permet, par temps clair, une vue à 360 degrés sur les environs.

C’est à Acqui Terme, à une soixantaine de kilomètres d’Asti, que nous ferons la prochaine boucle. Pour les plus douillets, c’est l’occasion de faire une pause et de se reposer le mollet, notamment dans l’un des spas de la ville qui utilisent les eaux thermales de la région. Au milieu de la ville jaillit en effet une fontaine d’eau chaude naturelle « salso-bromo-iodique », qui coule en permanence à 74 degrés. On en vante les vertus thérapeutiques en tous genres, pour soigner les voies respiratoires ou les problèmes gynécologiques.

Les voyages de Vélo Québec, lorsqu’on s’offre le tout-compris, avec guide accompagnateur et dépanneur en cas de besoin, sont d’un grand confort. On appréciera la camionnette de Gilles, qui nous suivra durant douze jours, pour recueillir les épuisés, pour réorienter les égarés ou pour donner de l’eau aux assoiffés. Vélo Québec offre cependant des itinéraires « en liberté », pour lesquels il fournit les réservations d’hôtel et le transport de bagages. Ceux-ci coûtent moins cher et peuvent convenir parfaitement aux cyclistes aguerris, ou aux amoureux épris d’intimité.

Notre journaliste était l’invitée de Vélo Québec.

Apporter son vélo ou pas?

Transporter un vélo en avion n’est pas de tout repos. Les propriétaires de bicyclettes haut de gamme veilleront à les mettre dans de grandes boîtes en démontant les pédales, pour éviter les bris pendant le vol. Air Transat offre un tarif avantageux de 30 $ pour le transport des vélos. C’est entre autres pour cette raison que Vélo Québec voyage avec celle-ci. Les tarifs varient en effet selon les compagnies. Vélo Québec n’offre pas de service de location de vélos sur place. Des voyagistes locaux, qui proposent des circuits cyclistes, le font cependant dans différents pays d’Europe. Il faut se renseigner selon la région visitée.