Le mont Ham: vue sur les étoiles aux confins de l’Estrie

Les randonneurs peuvent dormir une nuit au sommet du mont Ham.
Photo: Parc régional du Mont-Ham Les randonneurs peuvent dormir une nuit au sommet du mont Ham.

Embrasser le Québec du haut des airs pour y découvrir cimes et sommets porteurs d’histoires, de légendes, d’espèces vivantes ou de personnages hors norme : tel est le pari de cette série estivale, dont le deuxième papier lève le voile sur le mont Ham.

De ses crêtes crevassées exposées au vent, l’horizon se déploie sur 360 degrés sur un tapis verdoyant, troué par le bleu profond des lacs environnants. Un cadeau inusité que recèle le mont Ham, modeste sommet de basalte vieux de 500 millions d’années dont la calvitie fait aujourd’hui le bonheur des randonneurs.

Situé aux confins de l’Estrie, le mont Ham, secret bien gardé, ne partage avec les grands sommets que la récompense du coup d’oeil, sans le poids de l’effort. Car en à peine une heure, on peut en escalader le pinacle et avoir l’impression de survoler la région à vol d’oiseau, comme les urubus et les buses qui jouent de l’aile le long des parois de sa tête pelée.

C’est à la roche volcanique érodée par les années que le mont Ham doit ses pics édentés, dépouillés de toute végétation. La rumeur veut qu’un incendie de forêt ait laissé son zénith lisse comme un oeuf. Mais il faut plutôt chercher dans la formation géologique de ce coin de pays les origines de la nudité providentielle de son toit, culminant à 713 mètres.

Horizon sans fin

De là-haut, l’oeil contemple l’horizon tout entier, embrassant à la fois le lointain mont Orford plus à l’ouest, la chaîne des Appalaches, gardée à l’est par le géant Mégantic, puis il rebondit sur les taches azurées que forment les grands lacs Nicolet, Aylmer et Saint-François avant de se perdre au nord dans les plaines qui ondulent jusqu’au fleuve Saint-Laurent.

Décrétée refuge biologique depuis la création du parc régional du Mont-Ham en 2014, la montagne est la seule à se laisser visiter de nuit. Compte tenu de l’aspect singulier de son sommet panoramique, la direction du parc y organise, quelques soirs par année, le camping sauvage dans la petite cuvette que forment ses deux crêtes. Histoire de voir le soleil se coucher… ou se lever sur 360 degrés d’horizon ininterrompu.

Nuits d’étoiles

Aujourd’hui géré par la MRC des Sources et la nation Waban-Aki, cet ancien territoire de chasse abénaquis renaît dans la foulée de plusieurs projets de mise en valeur et d’activités reliés à la montagne.

« C’est unique au Québec de pouvoir trouver une montagne dans un parc protégé, avec un tel point de vue, et surtout de pouvoir y camper pour la nuit. Mais pour cela, il faut tout apporter et ne rien y laisser. On appelle ça le camping sans trace ! » explique Sylvain Valiquette, directeur du parc et coordonnateur du tourisme à la MRC des Sources.

De mai à octobre, une douzaine de nuitées en groupe sont organisées avec un guide, pour qui souhaite roupiller le nez dans les étoiles. Ceux qui rêvent de partager leur nuit avec la Grande Ourse doivent porter jusqu’au sommet leur matériel de camping et de quoi se sustenter avant de tomber dans les bras de Morphée.

À même la roche

Rien ne laisse présager, au pied de la montagne, le parcours accidenté qui s’annonce. Le trajet démarre en douce dans une forêt de feuillus, sur un sentier tranquille parsemé d’escaliers taillés dans des billots et de passerelles de bois.

Avec un peu de chance, on pourra y croiser des lièvres, des hermines et des chevreuils. Entre les bouleaux et les érables, les rayons viennent moucheter les troncs moussus et les rocs couverts de lichen. La montée s’accentue ensuite rapidement, rythmée par les éboulis menant à un plateau rocheux. Un premier balcon s’ouvre sur la plaine, où se nichent les jolis villages de Saint-Adrien, d’Ham-Sud et de Saint-Camille.

C’est à ce moment que la montagne révèle ses charmes précambriens et amène le visiteur à se mesurer à son roc trituré par les éléments. Dans cette seconde partie de la montée s’instaure un vrai corps à corps avec la roche millénaire, où les mains et les pieds cherchent de petites niches pour continuer l’ascension.

Jamais vertigineux, ce moment de grimpette tonique donne à la randonnée un joyeux parfum d’escalade 101, où certains passages sont même facilités par des cordes tendues à même le roc. L’ascension est ouverte aux enfants de 11 ans et plus.

Les derniers mètres lézardés font apparaître les griffes laissées dans la pierre par les crampons des grimpeurs qui prennent d’assaut le mont Ham l’hiver. Car la montagne se laisse découvrir en toutes saisons, y compris de nuit, de décembre à janvier. Il suffit de se munir de lampes frontales et de crampons. Certains jours précis dans l’année, on peut même s’y exercer les mollets en compagnie de son chien, gardé en laisse.

Toucher le ciel

Été comme hiver, en haut, l’arrivée au sommet réserve la plus belle surprise, celle des rocs fissurés tournés vers le ciel, donnant au sommet des airs de petit cratère lunaire. Tout autour, des pitons arrondis par l’érosion permettent de gambader d’un point de vue à l’autre, le nez au vent, à regarder les rapaces — ou les amateurs de parapente par jour de bon vent — planer tout autour.

Dans ce cratère protégé, les campeurs chanceux pourront compter les étoiles plutôt que les moutons. Et s’imaginer, quelques secondes, qu’ils ont décroché la lune.