Traverser les Amériques sur deux roues

Depuis leur départ, Julien Croteau-Dufour et Valentina Côté ont franchi plus de 10 000 kilomètres et traversé une dizaine de pays. Ci-dessus: en Colombie.
Photo: Collection personnelle Depuis leur départ, Julien Croteau-Dufour et Valentina Côté ont franchi plus de 10 000 kilomètres et traversé une dizaine de pays. Ci-dessus: en Colombie.

Deux couples de Québécois qui ne se sont jamais rencontrés ont décidé au même moment de tout laisser derrière eux et d’enfourcher leur vélo pour traverser les Amériques. Après avoir avalé des milliers de kilomètres, ces aventuriers appartenant à deux générations différentes démontrent qu’il suffit d’être déterminé pour partir à la découverte d’un monde insoupçonné.

Julien Croteau-Dufour et Valentina Côté ne sont pas des athlètes d’exception. Jusqu’à l’été dernier, ils utilisaient leur vélo un peu comme tout le monde, pour aller faire l’épicerie ou pour rendre visite à des amis. C’était avant qu’ils décident de prendre la route en septembre pour relier Montréal et Lima, au Pérou, sur deux roues.

« C’est un peu un mythe de penser qu’il faut avoir une forme physique idéale, affirme Julien, dans la fin vingtaine. Il faut y aller tranquillement et respecter son corps. » Depuis leur départ, sa copine Valentina et lui ont franchi plus de 10 000 kilomètres et traversé une dizaine de pays. Ils n’ont pas encore atteint leur destination finale, mais ils savent déjà qu’ils sont en train de vivre l’une des plus belles expériences de leur vie.

L’idée de départ était de se rendre au Pérou pour visiter la famille de Valentina, qui y a habité pendant dix ans. Mais à mesure que le projet a pris forme, le couple a décidé d’y donner un sens plus large.

« On voulait faire les choses différemment pour éviter de faire comme les autres blogues de vélo qui parlent seulement du nombre de kilomètres parcourus », explique Julien.

Photo: Collection personnelle Julien Croteau-Dufour et Valentina Côté dans le désert de Tehuacan, au Mexique

Après réflexion, l’eau est devenue le fil conducteur de leur périple. Cette ressource essentielle, dont le Québec regorge, a occupé leur esprit en visitant des pays qui en manquent et a alimenté les discussions avec les gens qu’ils ont croisés sur leur route.

« Comme touriste, tu te rends compte à quel point l’accès à l’eau est un enjeu central. Les gens n’avaient aucune gêne à nous en parler et ça ouvrait des discussions sur d’autres réalités, comme l’environnement ou la politique », raconte Julien.

Une foule de surprises

Pour se préparer à leur grand voyage, le couple a fait le tour de la Gaspésie à vélo l’été dernier, mais ce n’était rien comparativement à ce qui les attendait. Ils se sont servis de la côte est américaine pour « faire leurs classes », avant d’endurer une chaleur intense au Mexique et en Amérique centrale, pour ensuite être rattrapés par la saison des pluies.

Sans compter les interminables montées et le vent, l’un des plus grands ennemis du cycliste. « Encore aujourd’hui, on ne sait pas comment ça va se passer jusqu’à Lima, dit Julien. Les routes sont remplies de surprises. »

Des surprises, Julien et Valentina en ont aussi trouvé aux abords de la route, lorsqu’ils ont décidé de poser leur vélo pour échanger avec les habitants intrigués, curieux, mais surtout très accueillants.

Il faut casser la barrière qui dit que l’Amérique du Sud, c’est dangereux. Il y a des précautions de base à prendre. On ne roule jamais de soir, par exemple, mais on ne s’est jamais sentis menacés au long du trajet.

« Au Honduras, sans doute l’un des pays les plus pauvres d’Amérique centrale, on était sur le point de payer notre hébergement lorsqu’un homme en moto taxi nous a proposé de nous héberger chez lui gratuitement, se rappelle Julien. Pour relever la réputation de son pays qui n’a pas bonne presse, il s’est fait un devoir d’accueillir les voyageurs à vélo. Il voulait aussi aider sa petite-fille à apprendre l’anglais. »

Julien et Valentina n’auront pas parcouru toute la route à vélo, se permettant quelques trajets en autobus ou en bateau, par obligation ou par nécessité, puisqu’ils veulent être à Toulouse en juillet pour assister au mariage de leurs amis. Mais ce ne sera pas la fin de leur aventure : ils ont l’intention de terminer l’année en beauté en parcourant ensuite les routes de la France pendant deux mois.

Tout vendre et partir

Gilles Lavoie, 59 ans, et Louise Lauzon, 55 ans, n’en sont pas à leur premier voyage. Mais pour eux aussi, cette traversée des Amériques à vélo était inimaginable il y a quelques années à peine. L’idée de visiter l’Amérique centrale a commencé à germer dans l’esprit de ces Lavallois il y a environ cinq ans. Puis, en 2015, ils ont pris la décision de faire les choses en grand : vendre leur condo et leurs avoirs pour se rendre à vélo jusqu’à la Terre de Feu, à extrême sud de l’Argentine.

« Ce qui nous a convaincus, c’est le rêve de parcourir les Amériques au rythme du vélo, de rencontrer les gens, de découvrir des cultures, l’histoire des pays et de démontrer que, quel que soit votre âge, il est possible d’accomplir vos rêves », souligne Gilles, en précisant que sa femme et lui sont des « cyclistes amateurs ».

Photo: Collection personnelle Pour les Lavallois Gilles Lavoie et Louise Lauzon, l’idée de visiter l’Amérique centrale a commencé à germer dans leur esprit il y a environ cinq ans.

Comme Julien et Valentina, les deux cinquantenaires ont décidé de laisser leur trajet évoluer au fil des rencontres, des contraintes et des possibilités. « Pour nous, voyager, c’est d’avoir tous les sens ouverts. À mon avis, il y a une différence entre avoir vu et avoir compris un pays. La meilleure façon de comprendre le pays, c’est de le faire à vélo », insiste-t-il.

Faire tomber les barrières

Jusqu’à maintenant, rien n’a arrêté le couple. Ni l’effort physique, ni la crainte sécuritaire, ni la barrière de la langue. « On avait suivi quelques cours d’espagnol au Québec, mais avec la pratique, notre espagnol est devenu très bon », se réjouit Louise.

« Il faut casser la barrière qui dit que l’Amérique du Sud, c’est dangereux, renchérit Gilles. Il y a des précautions de base à prendre. On ne roule jamais de soir, par exemple, mais on ne s’est jamais sentis menacés tout au long du trajet. »

Les cyclistes ont profité de leur passage dans différents pays pour échanger avec les locaux, mais aussi pour s’attarder aux enjeux qui les préoccupent. Au Nicaragua, ils ont notamment rendu visite à une association qui soutient l’éducation des jeunes. « Il y a eu une époque où les Québécois se disaient qu’ils étaient nés pour un petit pain. Avec le temps, on a réalisé qu’on est capables. J’ai l’impression qu’ils sont encore dans cette période où ils doivent apprendre à se faire confiance, constate Gilles. Et je pense que ça passe par l’éducation. »

Gilles et Louise ne savent pas s’ils verront le sud de l’Argentine, puisque dans leur cas, c’est le travail qui les appelle en janvier prochain. Mais aujourd’hui, ils assurent que la destination finale n’a aucune importance.

« Notre carnet est rempli d’adresses et de noms de personnes qui vont venir nous visiter, dit Gilles. Ce sera à notre tour de leur montrer notre pays, pour les remercier. »

Carnets de voyage

Julien et Valentina
Lieu de départ : Montréal

Destination : Lima, Pérou

Rythme : entre 30 et 80 km par jour, selon les conditions

Hébergement : camping, auberges, réseau des Warmshowers

Gilles et Louise
Lieu de départ : Laval

Destination : Terre de Feu, Argentine

Rythme : entre 80 et 100 km par jour sur le plat et entre 50 et 75 km par jour en montagne

Hébergement : auberges, hôtels, réseau des Warmshowers