À Paris avec papa

Voir la tour Eiffel pour la première fois, en vrai, de loin...
Photo: Gary Lawrence Voir la tour Eiffel pour la première fois, en vrai, de loin...

Exit le zoo de Vincennes, foin du parc Astérix et rien à cirer du musée Grévin : quand notre journaliste visite Paris avec sa fille de 9 ans, c’est pour y redécouvrir ses grands classiques… et se rappeler qu’il n’y a (presque) que des avantages à bourlinguer avec son enfant.

— Papa ! Regarde, là !

— Oui ?

— C’est écrit « Baise l’État » sur le mur. C’est dégueulasse !

— Bienvenue à Paris, ma chérie.

Quand j’ai caressé le projet de faire découvrir la Ville lumière à ma fille, je m’attendais à ce qu’elle attire mon attention sur des choses que je ne voyais plus pour les avoir vues dix fois, et qui frapperaient ses puérils yeux vierges — la grâce des arcs-boutants de Notre-Dame, les bouches de métro de Guimard, les façades haussmaniennes, les moucharabiehs mécaniques de l’Institut du monde arabe…

Or, ce sont souvent des trucs inattendus qui ont capté son attention : des tags anarchistes, certes, mais aussi l’image d’une gravure de mode en lingerie fine (« C’est vulgaire ! »), des gendarmes armés jusqu’aux dents qui l’ont effrayée (« T’inquiète, c’est aux méchants qu’ils veulent faire peur »), des noms de lieux qui l’ont interloquée (« C’est ça, la Seine ? Mais il est où, le théâtre ? »).

En cinq jours, grâce à elle, j’ai fait du lèche-vitrines devant toutes les pâtisseries situées sur notre chemin, je me suis arrêté devant chaque musicien qui jalonnait notre parcours (puis j’ai vidé mes poches dans leur chapeau) et j’ai remarqué tous les mendiants que j’ai croisés (en versant plus d’oboles que jamais, sous peine de subir les terribles foudres de ma fille).

En plus de redevenir sensible aux drames humains qui taraudent le grand théâtre de l’inhumanité, j’en suis presque venu à apprécier de petites bêtes que j’ai en horreur.

— Mais puisque je te dis que ce sont des rats volants !

— C’est pas gentil ! Je les aime, moi, les pigeons !

En entrant dans certains lieux emblématiques, comme l’église Saint-Germain-des-Prés, j’ai même eu droit à d’étonnantes révélations.

— Regarde, chérie, c’est la plus vieille église de Paris !

— Ah. Et quand est-ce qu’on visite une pagode ?

—  ? ! ?…

— Ben oui, tu sais bien que je suis bouddhiste !

En calquant mes intérêts sur ceux de ma fille, j’ai aussi examiné assidûment tous les Renoir accrochés au musée d’Orsay (tandis qu’elle les prenait tous en photo) ; lu toutes les inscriptions accompagnant les artefacts de la collection égyptienne du Louvre ; et découvert de jolies métaphores en déambulant dans le Quartier latin : « Regarde comme c’est beau, ce chemin qui rétrécit ! » de s’exclamer ma minidouce en s’engouffrant dans une ruelle étroite.

Partir à Paris avec son enfant, c’est aussi faire des choses qu’on n’aurait pas nécessairement faites, dans d’autres circonstances. Dans mon cas, cela signifiait magasiner aux Champs-Élysées (et y délier allègrement mon gousset) ; me faire embobiner par un portraitiste raté à Montmartre (30 ans d’expérience et encore me faire enfirouaper) ; acheter huit bérets en guise de souvenirs pour les copines ; et payer 3 $ le macaron chez Ladurée (« Mais, papa, c’est tellement bon ! »). Rendu là, ce n’est même plus de l’amour inconditionnel, c’est de l’amour aveugle.

Autour d’Amélie

C’est d’abord à travers Le fabuleux destin d’Amélie Poulain que ma fille a connu Paris, alors un petit pèlerinage thématique s’imposait aussi.

Dans un couloir de métro, j’ai commencé par vérifier s’il n’y avait pas de photos ratées oubliées dans un photomaton, avant de sortir au métro Blanche et de remonter la rue Lepic… jusqu’au Café des Deux Moulins.

Photo: Gary Lawrence Partir à Paris avec son enfant, c’est aussi faire des choses qu’on n’aurait pas nécessairement faites, dans d’autres circonstances.

Un peu vieillot et kitsch, l’endroit est fréquenté par un mélange intrigant de vieux piliers et de touristes provenant de partout (« Je parle anglais toute la journée, bientôt il faudra que je parle chinois ! » de râler le placier bête comme ses pieds). D’où le duo crème brûlée/chocolat chaud à 10 euros et la pinte de bière à 9 euros.

Non loin de là, nous avons repéré l’épicerie de Monsieur Collignon-face-de-fion (ou tête-à-gnons, c’est selon) : très ressemblante à l’extérieur mais décevante à l’intérieur, avec ses produits santé branchouillés.


Par la suite, c’est en vain que nous avons cherché Monsieur Quincampoix (quoique lui nous a peut-être aperçus avec sa lunette d’approche), depuis la terrasse située devant la basilique du Sacré-Coeur, toujours aussi ravissante.

« Il y a trois cents marches pour aller au sommet du dôme. Tu te sens d’attaque ? » Elle est partie comme une flèche, me laissant pomper l’huile derrière. Une fois là-haut, l’expression de son visage m’a coupé le souffle bien plus net que l’a fait l’escalier en colimaçon. « Papa ! C’est la tour Eiffel, là-bas ! »

Le lendemain, munis de nos billets coupe-file (essentiels pour ne pas poireauter des heures à la queue leu leu), nous y étions. Jadis, je ne m’étais rendu qu’au premier palier, aujourd’hui doté d’un plancher translucide ; cette fois, je suis monté au sommet avec ma microamoureuse, pour réaliser que l’expérience n’est rien de moins qu’époustouflante — y compris l’ascension elle-même.

De là-haut, nous avons vu la Seine se frayer un chemin dans Paris, le dôme doré des Invalides émerger de la blanche trame parisienne, l’Arc de triomphe triompher comme jamais de l’Étoile, la tour projeter son ombre sur le XVIe et la basilique du Sacré-Coeur se profiler au loin. « Tu vois, c’est là que nous étions, hier ! » Quelque chose me dit que bien des synapses sont nées sous sa blonde chevelure.

Naïf, moi ?

Alors que je pensais surtout revoir Paris à travers les yeux intacts de mon enfant, c’est ma propre naïveté renouvelée que j’ai retrouvée en revisitant certains lieux emblématiques de la Ville lumière : les fabuleuses mosaïques et le plafond de Chagall de l’opéra Garnier, les ponts et les bouquinistes greffés à la Seine, la réelle joliesse de la place des Vosges, l’église Saint-Julien-le-Pauvre…

En cinq jours, grâce à elle, j’ai fait du lèche-vitrines devant toutes les pâtisseries situées sur notre chemin

 

Seuls rendez-vous manqués : les Catacombes (la longueur de la file était innommable), la virée en bateau-mouche (idem), Versailles (à défaut de voir la galerie des glaces, nous en avons dégusté plusieurs), le Grand Palais (qu’attend-on pour donner libre accès à l’incroyable verrière de ce chef-d’oeuvre ?) et le Père-Lachaise (de toute façon, ma fille ne connaît ni Jim, ni Yves, ni Édith).

Mais finalement, c’est la thématique Amélie Poulain qui nous a rattrapés, au terme du séjour. Au sympathique restaurant La Marine, près du joli canal Saint-Martin, la carte proposait un risotto aux morilles et sot-l’y-laisse, cette délicieuse pièce de volaille qu’un père déguste avec son petit-fils, dans une des scènes finales du film, après avoir renoué avec sa fille avec laquelle il s’était brouillé.

À Paris, j’ai moi aussi retrouvé mon enfant. Mais contrairement à ce père dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, je ne l’avais jamais perdue.

L’auteur était l’invité d’Air France et de l’Office de tourisme et des congrès de Paris.

À savoir

Plusieurs transporteurs relient Montréal à Paris, mais c’est Air France qui le fait le plus souvent, trois fois par jour durant la belle saison. Malgré les récentes tribulations, aucun préavis de grève n’a été donné depuis le 9 mai.

Récemment rouvert après des rénovations très réussies, l’hôtel Magellan est une valeur sûre, dans le XVIIe arrondissement. Excellent service, chambres fonctionnelles et lits tout confort. À 5 minutes du métro Pereire, et à compter de 150 $/nuit.

Parmi les innombrables guides offerts pour des escapades familiales à Paris, soulignons l’excellent Cartoville Paris en famille (Gallimard) ; Paris Partir en famille (Lonely Planet) ; et Paris Enfants par quartier (L’Indispensable). Pour sortir des pavés battus : Paris Exotique (Le Routard) et Balades secrètes à Paris (Hachette). Tous sont vendus à la librairie Ulysse (guidesulysse.com).

Renseignements : parisinfo.com