Le Compostelle des Japonais

Un sentier de pèlerinage du Kumano Kodo
Photo: Dominique D'Allaire Un sentier de pèlerinage du Kumano Kodo

Au sud de Kyoto, au Japon, les sentiers de pèlerinage Kumano Kodo sillonnent les montagnes du Kii. Ces sentiers offrent une incursion dans la culture nippone. Ici, pas de gratte-ciel ni de population dense, mais une nature exceptionnelle parcourue depuis plus de 1000 ans par des pèlerins cheminant vers les principaux sanctuaires shintos de la région.

L’information sur le Kumano Kodo est assez limitée dans les guides touristiques francophones. Le sanctuaire Koyasan est le plus mentionné, mais on fait plus rarement référence aux randonnées possibles dans ce réseau de sentiers. Pour notre marche de deux jours et demi, mon frère et moi avons choisi de relier les sanctuaires shintos d’Hongu et de Nachi. Le shinto est la religion autochtone du peuple japonais.

À Hongu, on accède au temple par un long escalier et une allée d’oriflammes. On aperçoit ici et là l’effigie du Kumano Kodo : un corbeau à trois pattes. C’est jour de fête lors de notre passage. Un Japonais nous offre pour l’occasion un pruneau fermenté, un umeboshi.

Photo: Dominique D'Allaire Une page de carnet du pèlerin (signature à Nachi)

Le goût salé et fermenté nous surprend. Pour attester de notre passage, nous faisons calligraphier notre carnet de pèlerin par les scribes du temple. Un centre d’interprétation nous fait découvrir l’histoire du Kumano Kodo, dont les empereurs japonais ont foulé les sentiers au fil des siècles.

À la sortie du village, nous passons sous une grande tori (porte) dressée au milieu de rizières. Nous nous dirigeons vers Kawayu. Ce village, à quelques kilomètres seulement, est un arrêt apprécié des pèlerins pour ses résurgences d’eau chaude.

Notre aubergiste a creusé un bassin sur la berge de la rivière, en face de l’auberge. Une eau chaude y sort de terre. On peut se baigner alternativement dans les eaux froides du cours d’eau et dans notre bassin. Le moment de détente est fort apprécié.

Au matin, l’aubergiste nous prépare une boîte repas : trois boules de riz, le dîner typique des pèlerins-randonneurs. Elles peuvent être agrémentées, selon l’auberge, d’algues frites ou de morceaux de poisson, mais le tout reste assez frugal.

Une dénivellation importante marque les premiers kilomètres de la journée. Une pluie fine et un brouillard rendent la forêt mystérieuse, presque magique. La végétation est composée de grands conifères, dont des cryptomères (cèdres japonais) aux troncs réguliers qui semblent se perdre dans les nuages. Le sentier est parfois pavé de pierres irrégulières. Des marches rudimentaires permettent de mieux négocier des passages abrupts.


Photo: Dominique D'Allaire La grande tori (porte) dressée au milieu de rizières à Hongu

De temps en temps, la statuette d’une divinité jalonne le parcours. À leurs pieds, les pèlerins déposent des offrandes sous forme de pièces de monnaie. Parfois, un écriteau (en japonais et en anglais) explique que le site était, à une époque lointaine, une échoppe de thé ou un lieu de repos. Les dieux et l’importance symbolique de certains lieux y sont aussi décrits.

Cinq heures de marche nous permettent de rejoindre Koguchi, où nous arrivons les vêtements détrempés et les épaules endolories par nos sacs à dos. Nous dormons dans une ancienne école primaire transformée en auberge.

Vers 17 h, les pensionnaires vont prendre leur bain, en commun, avant de revêtir le kimono de relaxation pour la soirée. Le repas est offert le soir dans une salle commune. Au menu : poissons et légumes sont présentés de manière impeccable dans une dizaine de petits plats.

Néophytes, nous lorgnons les voisins pour tenter de comprendre dans quel ordre manger les différents produits. Comme les autres pèlerins japonais, nous prenons saké et bière pour accompagner le tout.

La dernière journée, nous aurons 800 mètres de dénivelé à franchir. Par temps clair, l’océan Pacifique serait visible, mais les nuages et le brouillard bloquent l’horizon. Les montagnes environnantes donnent un paysage sauvage sans aucune trace d’habitation. L’arrivée à Nachi est spectaculaire.

Une pagode bouddhiste se dresse devant nous. En arrière-plan, une chute vertigineuse assure au décor une esthétique parfaite. Il s’agit d’une parfaite représentation de l’esthétisme japonais, où s’accordent beauté naturelle et intervention de l’homme.

Détour rapide au sanctuaire shinto voisin pour faire remplir notre carnet. Puis nous descendons le Daimon Zaka, 267 marches qui mènent à la route principale. Plantée d’arbres centenaires, voilà notre dernière section du Kumano Kodo. C’est la seule portion du sentier où nous croisons d’autres marcheurs, des retraités japonais qui, faute de faire plusieurs journées de pèlerinage, grimpent au moins cette partie. Nous les saluons d’un konnichiwa (bonjour) respectueux qui fait sourire nos interlocuteurs.

Le meilleur moyen de transport dans la région est assurément l’autobus. C’est ainsi que nous rejoignons le village côtier et retrouvons nos bagages, transportés par navette ce jour-là, un service offert entre les différents hôtels qui bordent le Kumano Kodo.

Le Kumano Kodo, comme les chemins de Compostelle en France, fait partie de la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Un certificat particulier est offert aux pèlerins ayant réalisé les deux pèlerinages.

En vrac

Le site officiel du Kumano Kodo est une mine de renseignements pour le randonneur (cartes, historique, etc.) et permet de faire des réservations.

Il est idéal de faire le pèlerinage avant ou après la saison des pluies (quelques semaines en juin-juillet).

Les transports en commun (bus, train) sont très bien organisés, mais plutôt onéreux.

Nara, un peu plus au nord, possède des sanctuaires religieux impressionnants, où des chevreuils circulent en liberté.

Si vous avez fait au moins 100 kilomètres à pied sur les sentiers de Compostelle, vous pourriez demander un certificat de double pèlerinage (chercher « dual pilgrim » sur Internet).