Sur le sentier des Vernettes

Randonnée vers le sanctuaire Notre-Dame-des-Vernettes
Photo: Office de tourisme de Peisey-Vallandry Randonnée vers le sanctuaire Notre-Dame-des-Vernettes
Le « village-station » Peisey-Vallandry, niché au coeur du domaine skiable Paradiski et aux portes du parc national de la Vanoise, propose des sentiers de randonnée pédestre, été comme hiver, qui permettent de découvrir le patrimoine architectural et culturel montagnard. Et de faire le plein de fromage beaufort.


Le site qui s’ouvre sur un imposant cirque glaciaire, avec vue sur la vallée de la Tarentaise, le massif du Beaufortin et le Mont-Blanc, est si joli que le Club Med s’y est installé en 2006. C’est bien connu, cette entreprise investit toujours de beaux coins de pays.

Et puis, Peisey-Vallandry se trouve à l’entrée du parc national de la Vanoise, excellent pour le randonneur qui aspire à grimper le mont Pourri (3779 mètres) ou la Grande Casse (3855 mètres). Ou encore faire un saut en Italie, la Vanoise jouxtant le parc national italien du Grand-Paradis.

Sans compter que le sentier de grande randonnée, le fameux GR5, ou « Grande traversée des Alpes », passe par là. Les mordus commencent leur marche au bord du lac Léman, en Suisse, pour aboutir à 620 kilomètres plus loin au bord de la Méditerranée. Mais rien n’empêche le randonneur d’un jour ou deux d’emprunter le tronçon qui traverse la Vanoise. Génial, ça !

Nous étions venus dans cette station-village, l’une des composantes du domaine Paradiski qui intègre aussi les Arcs et la Plagne, pour skier dans des paysages alpins paradisiaques. Et voilà que nous découvrons des hameaux d’antan perchés à près de 2000 mètres d’altitude, un patrimoine religieux éparpillé sur le relief et une agriculture de qualité.

Puis des vallées parsemées de charmants villages avec des maisons de bois, de pierre et de lauze. Des églises aussi, mais qui de l’extérieur ne paient pas de mine. Trompeuses, parfois, les apparences ! Dès lors qu’on y entre à la dérobée, c’est l’éblouissement. Volutes, dorures, saints colorés, angelots joufflus… Il est clair que les maîtres de l’art baroque sont passés par ici.

C’est au XVIIe siècle, dans le sillage de la Contre-Réforme lancée par l’Église catholique pour gêner l’essor du protestantisme, qu’apparaît cet art religieux. Impossible, alors, d’y échapper dans les hautes vallées. Un art conçu pour éblouir le peuple comme une porte ouverte sur les beautés du paradis. Et bouleverser les fidèles par la vision de saints et de martyrs protecteurs.

La montagne se couvre alors de chantiers, et le baroque savoyard devient l’oeuvre de tous : curés de village, paroissiens, artistes locaux et du Piedmont. Un authentique projet commun.

Si bien qu’aujourd’hui existe une route, Les Chemins du baroque, créée par la fondation Facim qui oeuvre pour la connaissance et la valorisation de la culture et du patrimoine savoyards. Ces chemins rassemblent quelque 80 édifices où le visiteur peut honorer les saints contre la maladie des hommes et du bétail, les accidents, les avalanches, les aléas climatiques…

Photo: Hélène Clément Le Vieux Plan Peisey, à 1650 mètres d’altitude

Fruit des passions

Parmi les fleurons de l’art baroque : l’église Notre-Dame-des-Vernettes, à Peisey-Nancroix. Depuis le téléphérique de la Vanoise, à Plan Peisey, il faut compter une heure de marche jusqu’au sanctuaire d’alpage. À la condition que les saints des aléas du climat soient de notre bord. Car le temps change vite en haute montagne. Au départ, il bruinait, puis le soleil a montré ses rayons. Mais à peine le temps de visiter la chapelle et c’était la tempête de neige. Prions, donc !

Notre randonnée débute à Plan Peisey, au téléphérique Vanoise Express, celui qui avale en quatre minutes les 1824 mètres reliant La Plagne et Peisey-Vallandry. D’un pinacle à l’autre, à une hauteur atteignant par endroits 380 mètres. Unique au monde. Les maisons de pierre des villages de Peisey et de Nancroix semblent bien petites du haut de ce téléphérique à deux étages.

Le sentier balcon grimpe un peu au début, mais, sinon, que de gentilles montées. Derrière nous, le domaine de la Plagne, en face, la réserve naturelle nationale des Hauts de Villaroger, et en contrebas, Peisey-Nancroix. Partout sur les flancs des montagnes, des mélèzes et des épicéas.

Nous traversons le Vieux Plan Peisey, à 1650 mètres d’altitude. Ce hameau est un vestige des anciennes pratiques pastorales de la région. Un alpage intermédiaire entre l’habitation d’hiver — les villages de Peisey, Nancroix, Moulin et Villaret — et l’alpage d’été, plus haut. On s’attend à voir sortir Belle et Sébastien au coin de chaque maison de pierre aux toits de lauze.

Photo: Office de tourisme de Peisey-Vallandry Une vache de race tarentaise (tarine) dans les alpages de la vallée de la Tarentaise

Petite pause à une table de pique-nique avec vue sur la face nord de Bellecôte et l’Aiguille rousse. Le chemin rejoint le col de l’Entreporte. Et là, au pied de l’Aiguille grive (2732 mètres), surgit de nulle part, dans les hauts alpages, Notre-Dame-des-Vernettes, à 1816 mètres.

   

« La légende raconte que Jean Baudin, un homme de piété atteint de lèpre, serait venu sur ce site et en serait reparti guéri après avoir bu l’eau de la source, explique Marie Rivaud, de l’Office de tourisme de Peisey-Vallandry. En action de grâce de sa guérison, il fit construire en 1702 un petit oratoire dédié à Notre-Dame-de-Pitié, patronne des lépreux. »

Emporté par une avalanche, l’oratoire a été remplacé par une petite chapelle en contrebas, au bout d’un joli chemin de croix et près d’une fontaine. À la suite du témoignage d’une vingtaine de témoins attestant avoir reçu la guérison entière de différentes maladies, dont la gale, la goutte et le rhumatisme, la Congrégation du Concile accorde, en 1719, l’autorisation d’agrandir l’oratoire près de la source et d’édifier un sanctuaire de plus grande taille pour accueillir les pèlerins.

« Le curé de Peisey n’était pas d’accord pour faire construire cette chapelle, poursuit Mme Rivaud. Les Peiserots sont allés à Rome rencontrer le pape et obtenir sa permission. C’est bien connu dans la vallée : quand les Peiserots veulent quelque chose, ils vont jusqu’au bout. »

Il a fallu cinq ans pour terminer le gros oeuvre et trois décennies pour sa décoration intérieure. En 1766 a débuté la construction de la maison d’accueil accolée à l’église. De restauration en restauration pendant 200 ans, le site a gardé l’aspect qu’il présentait à ses débuts.

Classé monument historique, le sanctuaire possède un remarquable ensemble baroque du XVIIe siècle. Joseph-Marie Martel de Compertogno réalise le retable majeur entre 1738 et 1742. Peu de dorures, mais des couleurs vives où le vert et le bleu baignent dans l’ocre.

Sauf exception, une messe y est célébrée tous les vendredis. Et depuis 1773, un pèlerinage s’y déroule toujours le 16 juillet. On y transporte alors en procession la statue de la Vierge de Pitié.

Puis, descente lente dans les alpages vers le village La Chenarie jusqu’à la ferme du Gaëc Alpin. La neige tombe dru. Ce n’est certes pas aujourd’hui qu’un bouquetin des Alpes va se montrer le bout des cornes. À la rigueur, un lièvre variable, mais avec son pelage blanc il risque de passer inaperçu dans la neige.

Photo: Office de tourisme de Peisey-Vallandry Notre-Dame-des-Vernettes, à 1816 mètres d’altitude dans les alpages au-dessus de Peisey-Nancroix

La qualité, la règle

Eh, oh ! On est en Savoie ici. Au pays du beaufort. La qualité, c’est la règle. Et n’est pas beaufort qui veut. Reconnu « Appellation d’origine contrôlée » depuis 1968, « le prince des gruyères » doit respecter un lourd cahier des charges. De la production de l’herbe à la sortie du fromage des caves d’affinage.

« Le beaufort ? C’est ce qui permet à l’agriculture de survivre dans la région », explique Pierre Poccard, producteur-transformateur chez Gaëc Alpin, une entreprise familiale spécialisée en agriculture de montagne, élevage de vaches tarentaises (tarines) et fabrication de fromage.

Donc, régime strict pour les belles rousses des vallées du Beaufortain/Val d’Arly, de Tarentaise et de Maurienne. Et on ne rigole pas. Herbe pâturée et foin seulement, limitation de la production à 5000 kilos de lait par vache, par an, plaque de caséine qui garantit la traçabilité…

Chez les Poccard, on fait du beaufort depuis quatre générations. La famille possède 200 vaches. « Nous produisons annuellement 80 tonnes de beaufort et 20 tonnes de raclettes et de tommes. Nous avons fait le choix de la qualité et non de la quantité », assure Pierre Poccard.

Au moment de notre passage, en avril dernier, les charmantes tarines n’avaient pas encore pris la direction des alpages. Mais ça ne devait pas tarder. Il paraît qu’on peut même accompagner les troupeaux aux sommets, au son des clarines qu’elles portent au cou, accrochées à un large collier de cuir. Et qu’on peut y découvrir la fabrication du beaufort d’été.

Reste à se montrer, comme randonneur, aussi agile et résistant en terrains difficiles de hauts pâturages, entre montagnette et altitude, que ces petites vaches rousses aux yeux de biche.

     

Notre journaliste était l’invitée d’Atout France, d’Air Canada, du Club Med, de l’Office de tourisme de Peisey-Vallandry et de la région Auvergne-Rhône Alpes.

En vrac

S’y rendre. À partir du 17 juin, Air Canada proposera jusqu’à cinq vols par semaine, à l’année, vers l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry. Les départs sont programmés de Montréal tous les jours, sauf les lundi et mercredi, à 21h30, et les retours de Lyon, tous les jours sauf les mardi et jeudi, à 12h. De Lyon jusqu’à Peisey-Vallandry en voiture (200 kilomètres), il faut environ deux heures et demie de route. Air Canada propose aussi un vol direct sur Genève, en Suisse, à la même distance de la station-village.

 

Où dormir. Le Club Med de Peisey-Vallandry est une excellente adresse. Généralement axé sur les sports d’hiver, le quatre-tridents famille ouvre ses portes en juillet et août et inclut dans son forfait une école de randonnées pédestres réparties selon quatre niveaux de difficulté, et une école de VTT (vélo tout-terrain). L’accès aux remontées mécaniques est également compris. Excellente gastronomie.

 

Sinon, le choix d’hébergement est grand à Peisy-Vallandry, des hôtels aux chambres d’hôtes, appartements et chalets, gîtes communaux et refuges, campings, résidences de tourisme...

 

Où manger. Au restaurant Le Coeur de Vall, une nouvelle cuisine concoctée par Patrick et Valérie. La salade de Saint-Marcellin rôti aux noisettes torréfiées et accompagnée de pommes rôties à la fleur de thym est tout simplement divine. De même que la souris d’agneau aux épices douces, en croûte de pistaches, de sésames et de noisettes. La fondue de Bacchus est parfaite. Que de bonnes spécialités savoyardes. Accueil sympa, beau décor. Un quasi-sans-faute !

 

Visiter. En juillet et août, à Pont-Baudin, le sentier muséographique du site des monts d’Argent. Des panneaux d’interprétation tout au long du parcours expliquent l’histoire de ces mines de plomb-argentifère et leur importance dans la vallée de Peisey-Nancroix.

 

Aussi, la fondation Facim pour des actions culturelles internationales en montagne propose toute l’année des visites guidées, dont les fameux chemins du baroque.

 

Acheter. Après une visite guidée de la ferme Gaëc Alpin, à La Chénarie, cap vers le village de Peisey-Nancroix, à la crémerie du Gaëc Alpin, pour faire le plein de fromage beaufort d’alpage, de tomme et de raclette, avant de reprendre l’avion. Et on peut le déclarer aux douanes, c’est permis.

 

Renseignements. Office de tourisme de Peisey-Vallandry.

Les monts d’Argent

« Tel était le nom de la commune de Peisey du XVIIIe au XIXe siècle, témoignant l’importance des mines de plomb et d’argent. Pendant tout le premier empire de 1802 à 1814, c’est à Peisey que fonctionnera l’École française des mines. Une initiative de Napoléon 1er. Apportant des ressources complémentaires très intéressantes pour les habitants, leur donnant une certaine aisance, la fermeture des carrières en 1866 va accélérer l’émigration.

 

« Des Peiserots, forts de leur tradition industrielle, partent pour Paris où ils fondent nombre d’ateliers afin d’y fabriquer des statuettes en bronze doré, qu’ils auront l’occasion de faire admirer à l’Exposition universelle de 1900. À l’échelle de l’histoire, l’industrie de l’agriculture de la commune n’a pu fêter que des noces d’argent. Mais le veuvage ne dura guère, car Peisey flirtait déjà, dès 1860, avec les amoureux de la glace et des neiges. »

1 commentaire
  • Daniel Cyr - Abonné 21 mai 2016 07 h 53

    Autre option de transporteur pour Lyon

    Je peux comprendre la suggestion unique du transporteur mais Air Transat est aussi une bonne option pour se rendre à Lyon-Saint-Exupéry à partir de Montréal - formule vol direct. Aéroport très agréable à l'architecture étonnante et le train de la SNCF est sur place tout comme le RhoneExpress, la navette ferroviaire qui fait la liaison avec le centre-ville de Lyon en environ 30 minutes. Il y a des villes qui comprennent plus vite que d'autres! En passant, l'aéroport est situé entre Lyon et Grenoble, une des belles entrées des Alpes françaises.