Le tout premier chapitre de l’histoire de l’art

La grotte Chauvet-Pont d'Arc est aujourd'hui considérée comme le berceau mondial de l'art.
Photo: SYCPA / Sébastien-Gayet La grotte Chauvet-Pont d'Arc est aujourd'hui considérée comme le berceau mondial de l'art.

Plantée comme un silex au flanc du Rhône, plein sud, aux portes de la Provence, l’Ardèche est devenue un des centres majeurs de la préhistoire en 1994. On a découvert là une grotte — ornée de fabuleuses peintures et de dessins — considérée maintenant comme le berceau mondial de l’art : la grotte Chauvet-Pont d’Arc.

Dès la découverte de la grotte, on a tout de suite saisi l’importance de ce qui s’y cachait… et on s’est empressé de la sceller de nouveau. Pas question de répéter les erreurs commises à Lascaux, où l’affluence tout autant que le bétonnage a presque eu raison des vestiges laissés là il y a 18 000 ans. Chauvet-Pont d’Arc, donc, est réservée aux spécialistes. Au compte-gouttes.

Mais la préservation des oeuvres est si exceptionnelle que l’État français choisit de les faire partager. C’est ainsi que l’on peut maintenant visiter la Caverne du pont d’Arc, la réplique au dixième de millimètre près de la grotte Chauvet-Pont d’Arc. Voilà l’occasion rêvée d’admirer le chef-d’oeuvre laissé par les Aurignaciens il y a 36 000 ans, et même d’approfondir l’expérience préhistorique en explorant la splendeur de l’aven d’Orgnac, à quelques kilomètres, et la toute nouvelle Cité de la préhistoire installée juste à côté.

À couper le souffle

L’anamorphose — la reconstitution à l’identique à partir de 16 milliards de points de repère relevés au laser — de la grotte Chauvet-Pont d’Arc est un lieu très fréquenté. Cela s’explique par la qualité exceptionnelle des oeuvres laissées par les peintres qui se sont glissés dans la grotte tout autant que par celle de la reconstitution.

La Caverne du pont d’Arc fait 3000 m2 et permet au visiteur de baigner dans l’atmosphère exacte de la « vraie » grotte puisque la température, l’humidité et les odeurs de calcite des concrétions sont soigneusement reproduites ; on a même donné un effet « torche » à l’éclairage. En plus des moindres replis de la roche et de la couleur des stalactites ou des stalagmites, on y découvre aussi les mêmes cailloux, ossements animaux et coups de griffe d’ours que dans les salles ornées de l’originale (voir encadré ci-dessous). Les visiteurs circulent par groupes guidés de 25 sur une passerelle menant aux chambres reproduites. La précision, l’abondance, la diversité et surtout la beauté indicible que l’on découvre là vous laisseront bouche bée.

Photo: ADT Les moindres replis de la roche et de la couleur des stalactites ou des stalagmites ont été reproduits avec exactitude dans la Caverne du pont d’Arc qui fait 3000 m2.

Durant le parcours d’un peu moins d’une heure, on passe ainsi du rouge (paumes de mains rouges appliquées sur la paroi et dessinant un buffle) au noir de l’hallucinante scène de chasse, tout au fond de la grotte, qui met en scène 80 animaux. Mais même avant d’y arriver, l’émotion risque de vous prendre par surprise devant les profils parfaits et si différenciés du panneau des chevaux. Puis, au fond, devant le sublime des peintures et le mouvement général qui anime toute la scène — des lions des cavernes poursuivent un troupeau de buffles —, certains écraseront même une petite larme…

En sortant de la grotte, on voudra passer le plus de temps possible dans la galerie de l’Aurignacien, où l’on a reproduit de façon interactive l’environnement dans lequel vivaient les chasseurs-cueilleurs. Mais la rencontre sera encore plus saisissante en passant par l’aven d’Orgnac — cette grotte élaborée sur quelques millions d’années est un véritable chef-d’oeuvre de la nature avec ses formations calcaires exceptionnelles, ses couleurs et ses dimensions hallucinantes — et surtout par le Musée de la Cité de la préhistoire. Il faut passer là une bonne demi-journée pour saisir la place des Aurignaciens et de leurs outils dans la préhistoire… et décider déjà de planifier un prochain voyage !

Michel Bélair était l’invité de l’Agence de développement touristique de l’Ardèche.

En vrac

Une entreprise gigantesque : la grotte Chauvet-Pont d’Arc a été redécouverte en 1994, puis inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO le 22 juin 2014. Pour éviter toute dégradation, l’État français crée une réplique de la grotte. L’Europe, l’État, la région, le département et les communautés ont donc engagé plus de 50 millions d’euros (73,7 millions $) dans la construction de la Caverne du pont d’Arc. On a investi tout autant pour mettre à niveau la Cité de la préhistoire, près de l’aven d’Orgnac, qui abrite plus d’un million d’artefacts trouvés dans la région. L’ensemble des travaux s’est échelonné sur plus de 30 mois. Inaugurée en avril 2015, la Caverne du pont d’Arc a accueilli plus de 650 000 visiteurs à ce jour.

Premier impératif : pour voir ce chef-d’oeuvre, il faut réserver sa place au plus tôt par Internet : c’est la seule façon d’avoir accès au site. Sachez aussi que le Tour de France roulera dans le coin le 15 juillet.

Deux jours remplis : que l’on arrive de Lyon, au nord, ou de Marseille et d’Avignon, au sud, il faut planifier un minimum de deux jours dans la région de Vallon pont d’Arc. Vous pourrez ainsi visiter l’impressionnante reproduction de la grotte — et même les grottes de la Madeleine et de Saint-Marcel tout près — l’incontournable aven d’Orgnac, sans oublier le Musée de la Cité de la préhistoire, à côté. Tous ces lieux ne sont distants que d’un peu plus d’une vingtaine de minutes en auto. Et puis, bien sûr, reste la beauté à couper le souffle du canyon des gorges de l’Ardèche…

Sur place : on peut loger dans des campings — il y en a une multitude à l’entrée des gorges —, dans quelques hôtels à Vallon ou dans les yourtes tout confort de l’inoubliable Lodge du pont d’Arc, à quelques mètres de la rivière, qui sert aussi une cuisine locale exceptionnelle. On se renseigne à ardeche-guide.com
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 30 avril 2016 08 h 51

    Qu'ils sont splendides

    Incroyable qu'ils aient des gens qui aient dessinés ces phresques, je n'ose pas dire depuis combien de temps, et nous en sommes encore la, mon pere aurait dit il y a des gens qui perdent leur temps