La vraie grotte

Les experts pensent que les Aurignaciens vouaient une sorte de vénération aux animaux représentés dans la grotte.
Photo: ADT Les experts pensent que les Aurignaciens vouaient une sorte de vénération aux animaux représentés dans la grotte.

La grotte Chauvet-Pont d’Arc est située dans la falaise surplombant un méandre asséché de la rivière Ardèche. Il y a 36 000 ans, sa large ouverture faisait face à l’arche naturelle du pont d’Arc creusée par la rivière. Jusqu’au jour où — il y a 21 500 ans selon les datations au carbone 14 (14C) — l’entrée de la grotte s’est effondrée.

Des hommes préhistoriques chassaient depuis longtemps dans la région en suivant les troupeaux qui se déplaçaient au rythme des saisons. Ces Aurignaciens — les premiers hommes anatomiquement modernes dans le jargon des anthropologues — avaient fait de « la grotte devant le pont d’Arc » un endroit très spécial. Un lieu sacré. Peut-être même un site initiatique. Avant que la caverne ne soit scellée, ils ont eu le temps de laisser sur ses parois plus de 1000 dessins et peintures, dont 442 représentations de 14 espèces animales différentes.

Un chef-d’oeuvre

Il y a plus de 400 sites préhistoriques ornés en Europe, du sud de la péninsule ibérique jusqu’à l’Oural, mais le bestiaire de la grotte Chauvet-Pont d’Arc est à ce jour le plus vieux et le plus important de tout l’art paléolithique. On trouve en effet ici 75 % de tous les rhinocéros laineux représentés dans le monde et 61 % de tous les félins. Les lions des cavernes (80), les mammouths (79) et les rhinocéros (72) sont omniprésents sur les parois rugueuses, tout comme les bisons et les chevaux.

Les experts pensent que les Aurignaciens ne chassaient pas la majorité des animaux représentés dans la grotte et qu’ils leur vouaient plutôt une sorte de vénération. Ce qui explique peut-être la beauté saisissante des oeuvres qu’ils ont laissées ici, tracées souvent d’un seul trait continu, parfait, sans retouche, en utilisant le relief des parois pour créer même à certains endroits une impression de mouvement. Ce bestiaire époustouflant de beauté est le berceau mondial de l’art.

Plusieurs techniques — la gravure, la peinture, le pochoir et le tampon — et des matériaux divers sont utilisés. L’oxyde de fer, par exemple, pour les rouges — on peut retracer l’origine de sa formation mais non la date de son utilisation — et le charbon de bois dont on se servait comme d’un fusain. Les peintres de la grotte, armés d’une torche pour s’éclairer, se sont servis de stylets et de pinceaux primitifs, mais souvent aussi de leurs doigts et de leurs mains sur la paroi molle et humide. Lorsqu’ils l’ont plutôt grattée pour mieux en utiliser les courbes et les renforcements, ils ont aussi eu recours à la technique de l’estompe pour donner de la profondeur et du relief. Sans oublier la perspective et le mouvement qu’ils ont réussi à donner à leurs dessins tracés avec une sûreté inouïe.

La cavité s’étend sur 14 chambres, dont certaines non « ornées » ne sont pas reproduites dans la Caverne du pont d’Arc. Elle couvre plus de 8500 m2 sur une longueur de 242 m, et certaines salles ont une hauteur presque aussi vertigineuse que celles de l’aven d’Orgnac. Observation importante : elle était surtout habitée par les ours des cavernes dont on a retrouvé des milliers d’ossements. Une des chambres de la grotte, nommée Salle du crâne, met en scène un crâne d’ours placé sur un bloc que les Aurignaciens ont entouré d’ossements. Le passage de ces Homo sapiens qui venaient dessiner sur les parois durant l’été — quand les ours étaient sortis, bien sûr — est daté (au 14C) à -36 000 ans, mais un autre séjour qui n’a laissé que des empreintes de pas remonte à -30 000 ans.

C’est tout cela que l’on peut voir de près, y compris stalactites, stalagmites et concrétions diverses reproduites scrupuleusement au dixième de millimètre, en visitant la Caverne du pont d’Arc. Frissons garantis.

Repères

-36 000 ans avant le présent : oeuvres de la grotte Chauvet

-18 000 ans : peintures rupestres de Lascaux
 
-5400 ans 
: premiers caractères cunéiformes
 
-4500 ans
 : bas-reliefs peints à Saqqarah, en Égypte
 
-2750 ans 
: premières poteries grecques peintes
 
-1500 ans
 : fresques de Goereme en Cappadoce
 
1994 
: redécouverte de la grotte située face au pont d’Arc