L’hiver assez «hot» de Winnipeg

Le tunnel vitré de Journey to Churchill au zoo, où l’on peut voir les ours.
Photo: Émilie Folie-Boivin Le tunnel vitré de Journey to Churchill au zoo, où l’on peut voir les ours.
Plutôt que de râler, Winnipeg a choisi d’embrasser l’hiver avec une foule d’activités polaires de qualité, tout à fait enviables. Incursion dans l’étonnamment très cool capitale du Manitoba, qui n’a pas froid aux yeux.


Winnipeg. En février. Si, si. Je suis sérieuse, et pas givrée. Encore mieux que cool, je dirais même qu’à ce temps-ci de l’année, la ville est plutôt hot. Le Festival du voyageur, les excellentes tables, les cocktails dans des verres de glace, l’Arctic Glacier Winter Park à La Fourche… Il se passe définitivement quelque chose là-bas. Même le magazine National Geographic Traveler l’a mise dans son palmarès des 20 villes à visiter en 2016.

On dit que la fièvre du hockey y est pour quelque chose depuis que l’arrivée des Jets enflamme les Prairies. Winnipeg a retrouvé une certaine fierté, et il y a de quoi, d’après ce que j’ai vu lors de mon passage.

En plein mordant de février, le thermomètre indiquait sans équivoque avec quelle intensité il faut embrasser l’hiver. Car, géographiquement du moins, Winnipeg doit composer avec les extrêmes. Plutôt que d’en pleurer, les gens participent à des ultramarathons polaires, vont travailler en patins à glace ou à vélo. Et organisent événements et festivals d’hiver pour s’assurer de ne pas tomber dans la déprime. Puisque l’hiver dure six mois, ils savent le prendre du bon pied.

À mon arrivée au RAW : Almond pour un souper cinq-services sur la rivière Assiniboine, deux employés dansaient et sautillaient comme des puces dans leur une-pièce aussi scintillant qu’une boule disco. « Ça nous aide à conserver notre énergie ! » dit l’un d’eux avant de rebondir en cuisine.

Petit frère de Deer + Almond, ce restaurant éphémère qui ouvre pendant une vingtaine de jours est né de l’imagination du chef Mandel Hitzer et de Joe Kalturnyk, directeur de la galerie RAW. Depuis sa création, le concept est si populaire que les billets s’envolent presque tous avant même l’ouverture officielle.

Quand je suis entrée dans la structure magnifiquement aménagée par des designers et architectes, je dois avouer que j’étais tout de même sceptique quant à mes chances d’y passer un bon moment. Dehors, le ressenti du thermomètre frôlait moins 40 degrés, un froid tel que mon crayon refusait d’écrire. Comment peut-on servir des plats dignes d’un grand resto dans ces conditions ? Et pourtant…

L’intérieur du RAW était étonnamment accueillant pour un resto aménagé dans une sorte d’abri Tempo géant. Une lumière tamisée jaillissait par les trous des luminaires et berçait les trois immenses tables communautaires d’une ambiance douillette. Les invités enlevaient leurs couches de vêtements alors que le festin défilait sur la longue table de bois : foie gras en torchon aux canneberges, pierogi de canard confit, gâteau aux carottes avec glace à la cannelle.

Plus spectaculaire encore que les assiettes, c’est le fait que RAW ne se contente pas de créer un nouveau menu chaque soir. Chacune des trois tables a son chef attitré, c’est-à-dire que trois chefs planchent dans la cuisinette de brousse sur trois menus cinq-services différents. Du délire. Une chorégraphie qui garde tout le monde au chaud.

On pourrait penser que le meilleur moment pour faire une virée au zoo est une belle journée d’été. Mais pas à Winnipeg. C’est par un frigide après-midi digne de Churchill que j’ai découvert la nouvelle attraction Journey to Churchill de l’Assiniboine Park Zoo. Au nord du Manitoba, Churchill est une ville prisée par les touristes, qui y séjournent dans l’espoir d’apercevoir des ours polaires — et des hordes de bélugas en été — dans leur environnement naturel.

Puisque la capitale du prince de l’Arctique n’est accessible qu’en avion ou en train, peu de résidants de Winnipeg s’y rendent (l’un d’eux m’a avoué candidement qu’en février, les Manitobains préfèrent voyager dans le Sud comme tout bon Québécois sain d’esprit). Donc, cette exposition est la meilleure manière de voir ces bêtes royales de près.

Plus qu’une expo, c’est un centre d’interprétation et de conservation qui a été construit au coût de 90 millions de dollars, doublé d’un centre de recherche, chose rare pour un zoo. Ce vaste espace de 10 hectares aménagé comme les paysages naturels de Churchill permet à ses habitants de bouger à leur guise. Ainsi, le zoo souhaite sensibiliser les gens à la protection et à la sauvegarde de la faune.

Grâce à l’existence de cet espace protégé, certains des ours polaires ont évité la mort. C’est le cas de deux oursons orphelins ainsi que de Storm, qui, selon la loi, aurait dû être euthanasié après avoir mordu un être humain. Mais la victime s’est battue pour que la bête survive et qu’elle soit recueillie à Winnipeg.

Alors que le reste du zoo mériterait un peu d’amour, on pourrait passer des heures dans cette nouvelle portion peuplée d’autres animaux originaires de Churchill. La vedette est sans aucun doute le couloir transparent où les ours nagent et jouent au-dessus de nos têtes. C’est sûrement l’une des plus jolies installations pour ours polaires que j’aie eu l’occasion de visiter.

On voudra aussi se prélasser dans la salle à manger du restaurant où d’immenses fenêtres permettent d’observer — bien au chaud — les mammifères errer dans la toundra.

Cet après-midi-là, des enfants, des jeunes couples main dans la main ainsi que des travailleurs filant vers le boulot glissaient sur la Red River Mutual Trail, une patinoire naturelle de six kilomètres aménagée sur la rivière et dont le point de départ est à La Fourche, en plein coeur de la ville.

Mais encore, ce qui frappe le plus à cet endroit, ce sont les petites installations campées le long de la patinoire. Sensible à garder ses résidants au chaud, la créative Winnipeg a voulu donner un peu de couleurs à cette saison qui n’en finit plus de finir en transformant les abords de la patinoire en véritable galerie d’art extérieure.

Depuis la création de Warming Huts, cette compétition internationale de design et d’architecture en plein air, les alentours de la patinoire se sont enrichis de chaises munies de ski, d’un tunnel avec glissades, de cabanes dotées de murs pare-froid en gros feutre et de structures dans lesquelles les passants peuvent glisser, se reposer, se réchauffer.

Le week-end, l’endroit est bondé, surtout pendant la tenue de l’Arctic Glacier Winter Park, dont la programmation multiplie les activités, allant du cinéma extérieur aux contes autochtones sous le tipi.

Mais, pour être franche, tous les jours de la saison froide ne sont pas une fête. S’il y a un moment pour visiter « Winterpeg », comme on la surnomme, c’est bien à l’occasion du Festival du voyageur. La bourgade francophone de Saint-Boniface embrasse ses racines à l’occasion du plus gros festival hivernal de l’Ouest canadien.

Nous y étions pour le lancement des festivités, lors de la marche au flambeau. Les participants jouent le jeu et sont vêtus de ceintures fléchées et de capots fabriqués dans des couvertures à rayures iconiques de la Compagnie de la Baie d’Hudson. (Pour la petite histoire, ce sont originalement des couvertures créées par la Compagnie du Nord-Ouest, mais on les associe à la CBH depuis que cette dernière a avalé sa concurrente.)

Le vent froid a peut-être éteint nos « flambeaux » — lire : nos chandelles — cinq minutes après le départ, mais ça n’a rien gâché à l’ambiance. Surtout que, devant moi, une bande de collégiens se réchauffait en entonnant avec vigueur le premier album des soeurs Boulay jusqu’au parc du Voyageur. La joie de vivre des voyageurs à l’époque de la traite des fourrures n’a pas pris une ride.

Si, le jour, l’ambiance du festival est plus familiale avec les visites éducatives au fort Gibraltar, où l’on peut en apprendre sur l’héritage des pionniers, les soirées sont très animées. En plus des cracheurs de feu, des sculptures sur neige, des feux de camp, des bars en plein air et des quelques camions de bouffe de rue, le site est jonché de tentes où plus d’une centaine d’artistes locaux et canadiens (Radio Radio leur chauffait les fesses l’an dernier) se produisent pendant les dix jours de festivités.

Au bar intérieur, les shooters de fort sont servis dans des verres de glace qu’on jette ensuite dans des copeaux de bois, un détail niaiseusement amusant, tellement que j’en aurais pris un autre juste pour recommencer.

À la Cabane à sucre, dès qu’on a terminé de se goinfrer de pilons de dinde, de hot-dogs et de pâté à la viande, est déclenché le party le moins sexy, mais sans doute le plus enflammé que j’aie vu depuis un bail. Pas de une-pièce fluo flasheux à pavaner ni de pause selfie à l’avant de la scène : ici, ça fête au naturel, en col roulé, en bas d’habit de neige et en bottes de ski-doo.

Les jeunes dans la vingtaine et la trentaine abondent sur le site ; ils se font une fierté de participer à cette fête traditionnelle. Les longues files d’attente pour entrer dans les tentes en témoignent. Tout comme la joie de vivre avec laquelle ils vivent la saison froide. Parce que l’hiver, c’est pas une raison pour se faire mal. Même quand il fait moins 25 degrés.

Notre journaliste était l’invitée de Travel Manitoba et de Tourism Winnipeg.

En vrac

Partager d’excellentes tapas chez Segovia, l’un des restos les plus prisés de Winnipeg. La brigade aux bras tatoués mitonne d’exquis petits plats dans ce local du très en vogue Osbourne Village. Aussi authentiques que les charcuteries qu’ils fabriquent eux-mêmes, ils font de la magie avec leurs assiettes. Vaut mieux réserver. D’ailleurs, Segovia aura une petite soeur dès février : Clementine. Un resto de brunchs fort attendu, niché dans le quartier The Exchange. 484 Stradbrook Avenue.

Se réchauffer au Parlour Coffee. Immaculé et grand comme un boudoir, il est fréquenté autant par le maire que par le chef de l’Orchestre symphonique de Winnipeg. Les beignes fourrés à l’orange sanguine, au menu ce jour-là, étaient à tomber. Pas de wi-fi, et c’est voulu : les proprios veulent que les clients échangent entre eux. 468 Main St.

Essayer les joues de doré, un mets typique au menu de plusieurs restaurants. Ces petites croquettes de poisson sont délicieuses. Si vous visitez Fusion Grill, un resto spécialisé en cuisine des Prairies, combinez-les avec leurs croustillantes frites de patates douces.

S’assurer une place au resto pop-up RAW : Almond, qui célèbre sa 4e année. Les billets sont en vente dès 8h le 14 décembre, et on n’a qu’une seule consigne si vous souhaitez avoir une place : garrochez-vous. 120 $ le billet, en vente en ligne. Du 21 janvier au 15 février 2016.

Se détendre au Thermëa Winnipeg. Les Québécois sont plutôt familiers avec le concept de spa nordique, mais cette curiosité est un bel ovni dans les Prairies puisque c’est le premier du genre à s’y être installé. On s’y rend au plus cru de la saison pour faire un véritable pied de nez à l’hiver, et on n’oublie surtout pas de suer sa vie pendant la cérémonie à forte teneur en eucalyptus et menthe glacée donnée par le « maître sauna » en résidence. À partir de 45 $, peignoir non inclus.

Profiter des activités de l’Arctic Glacier Winter Park et des Warming Huts.

Dormir à hôtel-boutique Mere, construit sur le bord de la rivière Rouge et entouré de jolis parcs où se promener. À proximité des quartiers The Exchange et du centre-ville.

Le Festival du voyageur se déroulera du 12 au 21 février 2016.

Renseignements : Tourism Winnipeg, Travel Manitoba.


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