Le temps devant soi

Plus d’un kilomètre de passerelles lumineuses mène le visiteur d’une galerie à l’autre.
Photo: Émilie Folie-Boivin Plus d’un kilomètre de passerelles lumineuses mène le visiteur d’une galerie à l’autre.

Quelques personnes étaient installées devant la table numérique, prêtes à se joindre au débat proposé à ce moment-là sur l’écran du Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP), à Winnipeg. La question ? « Pour ou contre le port du kirpan ? » De courtes vidéos permettent d’alimenter leur point de vue, à la suite desquelles les visiteurs doivent répondre à une question. Une fois les données compilées à la fin de l’exercice, ils voient combien d’entre eux étaient pour ou contre, ainsi que les positions des autres visiteurs depuis l’ouverture. Des positions beaucoup plus nuancées qu’on pourrait le penser.

Cet exercice, où l’on explore les aspects juridiques des droits de la personne, n’est qu’un des nombreux outils interactifs du nouveau Musée canadien pour les droits de la personne, inauguré l’année dernière. Peu d’artefacts et de collections sont à voir dans les différentes galeries thématiques de ce centre éducatif ; le visiteur est plutôt exposé à des concepts et des idées, d’où l’importance d’une présentation faisant appel à la vidéo et à l’interactivité.

On y examine l’Holocauste, la protection des droits au Canada, on sensibilise le public à la situation des femmes autochtones, lui fait voir une foule de témoignages de divers génocides, tout en lui faisant explorer l’intimidation, le mariage homosexuel, l’histoire des pensionnats canadiens. De Mandala à Malala en passant par les icônes qui font bouger les choses dans leur communauté, le musée honore ceux qui militent pour préserver ce concept si fragile.

L’endroit est très spacieux, chose importante puisque les injustices et les horreurs y côtoient l’espoir, le lieu servant aussi d’espace propice à la réflexion et à la discussion. On commence la visite dans les ténèbres, au rez-de-chaussée, et plus on s’élève au fil des passerelles reliant les galeries, plus celles-ci sont baignées de lumière dans une métaphore architecturale choisie.

Le premier depuis 50 ans

Il y avait 50 ans que le Canada ne s’était pas doté d’un nouveau musée national. Celui-ci est un pas dans la renaissance de Winnipeg.

Il n’est pas anodin que ce musée, conçu par l’architecte américain Antoine Predock, soit installé ici. La ville possède la plus grande population autochtone urbaine au pays, ainsi que la plus grande communauté francophone de l’Ouest canadien. Et ses luttes ont laissé tout un héritage : défense des droits de la langue française, vote des femmes, lutte pour les droits des travailleurs…

C’est là un musée où chaque étage vient remuer nos convictions par la densité de son propos. Dans cette optique, il faut prévoir du temps devant soi lors de la visite pour assimiler la fragilité de ces sujets fondamentaux et essentiels.

De Mandela à Malala, le musée honore ceux qui militent pour préserver ce concept si fragile du respect des droits de la personne.

Musée canadien pour les droits de la personne

85, Israël Asper Way, Winnipeg, Manitoba



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