Le Maine entre mer et montagnes

La plage de Lincolnville. Les rivages du centre du Maine sont la plupart du temps semés de galets.
Photo: Carolyne Parent La plage de Lincolnville. Les rivages du centre du Maine sont la plupart du temps semés de galets.

Pour faire la crêpe le temps d’un long week-end, oubliez le centre du littoral du Maine. Autour de Camden, les plages bordées de conifères sont aussi chiches en sable que riches en galets. Nulle déception pour nous, nous étions au parfum. En fait, nous avions justement envie d’un environnement à la fois maritime et forestier, et l’avons trouvé à moins de sept heures de route de Montréal.

Profondément entaillée, cette portion de côte abrite de jolis villages comme Rockport, qui a fait fortune au XIXe siècle, pas tant avec la pêche qu’avec le commerce… de la glace et de la chaux, celle-là utile dans la fabrication de mortier. Au Marine Park, de vieux fours à chaux sont d’ailleurs valorisés.

L’arrière-pays, lui, est émaillé de forêts, de sommets, de lacs et de réserves naturelles. Quant à la plage… « Il y a bien celle de Lincolnville, à une quinzaine de kilomètres d’ici, mais peut-être préférerez-vous aller au lac Penobscot, tellement plus chaud que l’Atlantique… », nous a-t-on conseillé à l’hôtel.

Bref, nous sommes ici chez les kayakistes, les randonneurs et les croisiéristes d’un jour, qui accompagnent les pêcheurs de homard, mais pas chez les adorateurs du soleil !

Au Camden Hills State Park, des sentiers de randonnée (et une route) mènent au sommet du mont Battie, où le regard embrasse la baie Penobscot, tout un chapelet d’îlots et le village cossu de Camden. C’est ce paysage, l’un des plus beaux du Maine, rappelle une plaque commémorative, qui a inspiré à Edna St. Vincent Millay, native des parages, le poème qui a lui a valu le prix Pulitzer de poésie en 1923. (En passant, c’est Vincent, comme se faisait appeler la poétesse, qui inventa l’expression « brûler la chandelle par les deux bouts »).

Plus qu’une chambre

Avec sa Main Street qui doit bien faire un gros 500 mètres de long et ses trois commerces aux façades colorées, le centre de Camden a l’air d’un décor de cinéma. C’est pourtant un vrai village, où les touristes sont bienvenus pourvu qu’ils n’espèrent pas manger chez Francine’s le lundi — c’est fermé, même à la mi-juillet ! Cette indépendance d’esprit nous a plu.

Nous sommes donc rentrés « chez nous », à l’hôtel Whitehall, et avons plutôt dégusté le poisson, le farro et les légumes bios du restaurant Pig + Poet. Le poète en question pourrait bien être le chef Sam Talbot, mais il s’agit bien sûr de Vincent. L’hôtel lui dédie d’ailleurs un espace au salon, celui-là même où elle s’est fait connaître en déclamant de ses oeuvres. Ça aussi, on a aimé.

Le Whitehall est une immense résidence bourgeoise datant de 1830, reconvertie en auberge en 1901 puis « redéfinie » en mai dernier par Lark Hotels. Fondé par un ex-enseignant, ce regroupement compte 10 hôtels-boutiques en Nouvelle-Angleterre qui se faufilent entre les niches moyen et haut de gamme.

« Dans chacune de nos propriétés, nous nous efforçons d’offrir un design intérieur qui surprend tout en reflétant l’esprit du lieu, explique le fondateur, Rob Blood. Nous offrons aussi des commodités modernes car nous sommes convaincus que le voyageur d’aujourd’hui souhaite plus qu’une chambre et une salle de bain. »

Parmi ces commodités, signalons l’iPad mis à la disposition des hôtes pour la durée de leur séjour et rempli de suggestions de visites « parce que ce n’est pas tout le monde qui a envie de causer avec un concierge », dit encore M. Blood.

En plus de « la chambre », de nombreux espaces communs intérieurs et extérieurs spacieux ajoutent au plaisir de séjourner au Whitehall.

À Portland, le Pomegranate Inn est une autre demeure bourgeoise du groupe Lark, de taille plus modeste celle-là, avec huit chambres plutôt que 36. Chacune est bellement décorée d’oeuvres d’artistes locaux.

Cette maison étant située dans le quartier résidentiel West End, plus précisément dans Western Promenade, inscrit au National Register of Historic Places, nous sommes donc tombés sur un véritable trésor architectural.

Surprise à West End

Dans ces quelques pâtés de maison, le Guide to the Western Promenade, qu’on se procure au Visitor Center, recense en effet trois douzaines de résidences victoriennes bien préservées. Construites pour la plupart après l’incendie de 1866, qui a détruit le tiers de Portland, elles ont appartenu à des banquiers, des politiciens et un certain Adam P. Leighton, considéré comme le père de l’industrie de la carte postale américaine (au 261, Western Promenade).

Ce riche patrimoine, encore habité ou reconverti en auberges ou en musées, comprend également les pimpantes maisons de ville de Stratton Place, situées à un jet de pierre du grandiose manoir Victoria.

Une autre célèbre maison ouverte au public est celle du poète Henry Wadsworth Longfellow, natif de Portland, mais dans les environs de la rue Congress, le Portland Museum of Art lui vole certainement la vedette !

Construit en 1983, l’édifice actuel a été dessiné par le cabinet d’architectes d’I. M. Pei, qui a donné à Montréal sa Place Ville-Marie.

Une virée au port, décevante en l’absence d’une promenade continue le long de l’estuaire, fut en quelque sorte rachetée par les délicieuses moules du Maine à la dijonnaise de La Petite Jacqueline. Et Portland étant un paradis pour foodies, ce bistro, finaliste en 2012 aux Oscars culinaires que sont les James Beard Awards, est ouvert, lui, même le lundi !

Renseignements : visitcamden.com, visitportland.com, victoriamansion.org, mainehistory.org, portlandmuseum.org, bistropj.com, larkhotels.com.