Glaner la glisse de Gleason

Si le cadre naturel du mont Gleason est fort agréable à reluquer, celui qu’on y a bâti l’est tout autant.
Photo: Gary Lawrence Si le cadre naturel du mont Gleason est fort agréable à reluquer, celui qu’on y a bâti l’est tout autant.
Notre journaliste prend la route avec sa tribu (maman, fiston de 10 ans et fillette de 6 ans) pour découvrir des stations de ski où il fait bon dévaler les pentes en famille. Voici le 13e texte d’une série qui nous fait glisser jusqu’au printemps.
 

— T’es sûr que tu ne m’emmènes pas faire du ski de fond ? Y’a pas une butte à l’horizon, on se croirait au pays de Maria Chapdelaine…

— Je t’assure qu’il y a une montagne là-bas, dans le brouillard. En attendant, profite donc du paysage : vois comme c’est beau, ces vastes étendues blanches…

Depuis l’autoroute 20, en empruntant la route 955 scindant en deux quelques arpents de neige, on peine à s’imaginer qu’on dévalera bientôt des pentes : dans cette partie des Bois-Francs, tout le décor est plat comme un billard givré.

Puis, en s’approchant du petit village de Warwick — jadis épicentre fromager du Québec —, le relief s’élève enfin dans le bled voisin de Tingwick. Oh ! Tout ça demeure de faible envergure : 27 pistes (dont les trois quarts sont pour débutants et intermédiaires) et à peine 203 mètres de dénivelé. Mais un dénivelé judicieusement exploité au fil des ans.

« Nous sommes conscients que notre domaine skiable est modeste et très familial, mais nous essayons d’offrir un peu de tout pour tout le monde, explique Nadia Pépin, la directrice. Nous avons deux parcs à neige, deux pistes à bosses, un parcours de ski cross et un autre de boarder cross, ainsi que des sous-bois. Beaucoup de sous-bois ! »

S’il est un cadre skiable qu’apprécient les loupiots des neiges, c’est bien la forêt plus ou moins dense, relief bosselé compris. Avec leurs petites gambettes et leurs skis format réduit, les miniskieurs peuvent en effet se faufiler comme nul autre entre les arbres sans presque jamais craindre la collision — un peu comme un kayak contourne les rochers d’une rivière, porté au creux du courant. Or, à Gleason, pas moins du tiers du domaine skiable est formé de sous-bois.

Ainsi en va-t-il de la Yéti, qui n’a rien d’abominable, et de la Falaise, du haut de laquelle on se plaît à se jeter pour tâter de son couvert accidenté. L’Odyssée mérite aussi d’être entreprise, avec son boisé clairsemé, tout comme la Forêt enchantée Gaudreau, dont la fillette a bien apprécié les personnages ludiques fixés aux arbres. Quant à fiston, son coup de coeur est allé à la Luggen, bien pentue et aussi bossuée qu’une artère du Plateau Mont-Royal au printemps.

Savoir-vivre vert

Si le cadre naturel du mont Gleason est fort agréable à reluquer, celui qu’on y a bâti l’est tout autant : joli petit campanile à l’école de ski, halte-garderie logée dans une mignonne maisonnette, pimpant chalet multicolore percé de baies vitrées donnant sur le brasero extérieur et, surtout, un petit chalet d’altitude qui ne manque pas d’attitude et où il est fort risqué de s’affaler : une fois assis, les pieds fumant près du feu, on s’incruste facilement.

Il faut dire qu’avec son ravissant foyer central, son plan hexagonal, ses hauts murs en bois rond et ses délicieux petits en-cas (soupe à l’oignon gratinée, chili végé et pizza aux tomates séchées et Louis d’Or, un fromage régional), ce microrefuge pour skieurs gélifiés est doté d’un grand pouvoir de rétention –— y compris à l’égard des enfants, qui peuvent s’y faire dorer une brochette de guimauve sur les braises après avoir englouti leur chocolat chaud.

« Nous faisons aussi de gros efforts pour le développement durable avec nos bacs à recyclage et à compost », ajoute la directrice. Tant qu’à emmener les enfants skier, autant leur inculquer quelque bonne manière de savoir-vivre vert : après tout, l’usine de papier recyclé Cascades est située dans un proche rayon, à Kingsey Falls.

Côté coûts

Du reste, le coût des billets de remontée ne ruinera personne ; des activités familiales (compétitions amicales parents-enfants, animation, etc.) sont organisées chaque week-end ; six sentiers de raquette sont accessibles ; et la station intègre cinq longues glissades assez costaudes (et deux plus modestes pour les petits).

Seul hic : les remontées. Outre celle de la pente-école et la vieille arbalète, les deux télésièges (un double et un quadruple) sont ultralents. Peut-être est-ce à dessein, pour pouvoir lier aisément connaissance avec les sympathiques résidants du coin ?

Quoi qu’il en soit, comme bien des petites stations du Québec, Gleason forme plus qu’un centre de glisse : c’est un lieu de rencontre autour duquel gravitent les populations locales qui peuvent s’y rassembler en voyant qu’elles se ressemblent. Et si les termes « familial » et « authentique » figurent sous le nom de la station, on a presque envie d’y ajouter « communautaire », compte tenu de l’esprit qui prévaut ici.

En vrac

S’y rendre. De Montréal (deux heures de route) et de Québec (une heure et demie) : sortie 210 de l’autoroute 20, puis route 995. Service de transport offert depuis plusieurs localités voisines. montgleason.ca

Hébergement. Tenu par un vétérinaire à la retraite, le mignon gîte Le Champayeur (4 soleils), à Warwick, comprend une unité familiale au sous-sol avec chambre fermée, trois lits et salle de bain. Accueil ultrasympa et excellents petits-déjeuners.

Restauration. Osso buco et pogo de cerf, tataki de bison, ris de veau caramel de betterave : la carte du pub L’Ours noir surprend, à Warwick. Ne manque plus qu’un échantillonnage de bières artisanales régionales pour assouvir le skieur assoiffé par une journée de glisse.

À essayer. Les chocolats pétillants à l’érable (qui éclatent en bouche comme des bonbons pop rock) de l’érablière Aux Petits Plaisirs, à Warwick. Promenades en traîneau à cheval aussi offertes sur place.

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