Tous les jours la Saint-Valentin

En 2010, Le Berger a été sauvé «in extremis» par une historienne de l’art séduite par l’endroit.
Photo: Marie-Françoise Plissart En 2010, Le Berger a été sauvé «in extremis» par une historienne de l’art séduite par l’endroit.

L’atmosphère feutrée intrigue et charme. Dans son ambiance intime de boudoir flotte un léger parfum d’interdit. Le décor est planté pour une escapade romantique.

Le hall, nimbé d’une aura de mystère, n’existait pourtant pas à l’origine. Les clients passaient aussi directement que discrètement dans les chambres. En montant d’un côté pour descendre de l’autre, ils évitaient de se croiser, pour des raisons évidentes d’anonymat… L’honneur était sauf.

Hier

 

Construit dans les années 1930 expressément pour abriter les amours illicites, l’hôtel Le Berger était ce qu’on appelait alors un hôtel de rendez-vous. Il est né du projet de quelques époux volages bien nantis qui cherchaient un lieu confidentiel de qualité pour y emmener leur maîtresse.

Attention, ce n’était pas une maison close, simplement un endroit pratique où se retrouvaient, le temps d’une étreinte passionnée, les couples adultères ou, plus rarement, les jeunes amoureux qui, vivant encore chez leurs parents, ne pouvaient décemment y emmener leur dulcinée. Son accès était interdit aux femmes de moeurs légères, mais l’histoire ne dit pas de quelle façon on aurait pu discriminer…

Les chambres étaient alors plutôt petites, peu éclairées, dépourvues de placards ou de meubles de rangement. Ornées de tentures et de peintures représentant de jeunes femmes nues, elles évoquaient le théâtre d’une mise en scène amoureuse, appuyé par la musique douce qui ajoutait à l’ambiance.

Aujourd’hui

Comdamné à la destruction en 2010 dans la vague de développement immobilier qui a déferlé sur ce quartier situé près de la porte de Namur, Le Berger a été sauvé in extremis par une historienne de l’art séduite par l’établissement. Elle a fait équipe avec l’hôtelier pour le rénover entièrement et lui donner une seconde vie comme hôtel de… tourisme.

À grand renfort de tissus soyeux, de lots de papier peint d’époque, d’accessoires de style Art déco, de salles de bains voluptueuses, ils ont réussi à préserver l’âme du lieu. Un bar à vins italien a remplacé la taverne originale, mais on a respecté le concept des alcôves qui permettent aux amoureux de siroter leur prosecco en toute intimité.

Benoit Thewys, responsable du marketing, avoue qu’il arrive que certains clients, surtout parmi les gens d’affaires, goûtent moins l’ambiance. Les autres, beaucoup plus nombreux heureusement, apprécient le clin d’oeil, même s’ils ne connaissaient pas nécessairement le passé du lieu au moment de réserver.

Malgré sa reconversion, Le Berger loue encore à l’occasion, pour quelques heures, des chambres à des amants de passage, surtout en semaine, mais jamais plus d’une ou deux chambres par jour…

« Ici, c’est tous les jours la Saint-Valentin », conclut Benoit Thewys. L’hôtel est référencé sur le site Into History, où Fredy Martens, qui a géré l’hôtel de 1968 à 2010, se raconte.

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