Entre histoire et villégiature

Un tronçon de la Black Kettle Trail, dans les Adirondacks.
Photo: Louise Gaboury Un tronçon de la Black Kettle Trail, dans les Adirondacks.
Tout, ici, parle du passé, et les vestiges d’hier sont nombreux ; il y a quelques siècles, les lieux ont été français. Le fondateur de Québec a donné son nom au lac. Puis, après la Conquête, les Français ont été remplacés par des colons britanniques. Plus tard, fuyant la moiteur de la ville, les riches New-Yorkais y ont établi leurs quartiers d’été. Entre villégiature et histoire, le patrimoine agricole de la région est redécouvert.

Elizabethtown — Le nom est moins connu que Ticonderoga, mais l’endroit a eu son importance stratégique sur le lac Champlain au XVIIIe  siècle. Un petit centre d’interprétation permet de mettre le site dans le contexte de ce que les Américains appellent la French and Indian War, mais que nous connaissons plutôt sous le nom de guerre de Sept Ans.
 

Le lieu a vu se succéder deux forts, le premier, français, le second, britannique.

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, les Français construisent le fort Frédéric et un moulin afin de pourvoir aux besoins des soldats et des civils établis dans les environs. Les Français le détruisent en juillet 1759 pour éviter qu’il ne tombe aux mains de l’ennemi. Plus tard, les Britanniques décident de construire un fort plus important pour défendre leur position sur le lac Champlain.

En temps de paix, le site perd de son importance stratégique et le manque de fonds de la couronne britannique empêche l’entretien des lieux, qui seront investis par des patriotes américains, le temps de voler quelques canons qu’ils retourneront contre les Britanniques lors de la guerre d’Indépendance.

Les ruines des fondations du fort français sont moins éloquentes que celles des bâtiments de pierre érigés par les Britanniques, mais la visite du lieu est intéressante et réserve de belles vues sur le lac « découvert » par Champlain en 1609. Sur le site du moulin, on a construit un phare à l’emplacement duquel trône un monument à Champlain sur lequel on trouve, cadeau de la France, un bas-relief signé Rodin et pour lequel Camille Claudel aurait posé…

Aménagé dans une ancienne école, l’Adirondack History Center Museum s’intéresse plus au quotidien des habitants de la région qu’aux grandes batailles. On y trouve une foule d’objets relatant la petite histoire, avec ses héros et ses légendes.

Parmi les objets marquants de la collection, le crâne d’un homme d’origine portugaise pendu ici, la corde et un billet qui a permis à son titulaire d’assister à la pendaison ! Aussi, d’anciennes calèches et carrioles, des outils et plein d’histoires.

Retour à la terre

De plus en plus de jeunes, séduits par la région, s’y établissent comme agriculteurs. Plusieurs ont fait leurs classes à l’Essex Farm, qui propose une gamme de programmes. On peut les rencontrer à l’un des marchés locaux, comme celui du vendredi matin à Elizabethtown, ou ailleurs (adirondacksfarmersmarket.com). Ils proposent leurs produits à un nombre croissant de citoyens soucieux de la provenance de leurs aliments.

On y rencontrera peut-être Racey Bingham, qui parle un très joli français appris en Afrique de l’Ouest, où elle va souvent en hiver travailler pour la FAO ou la Banque mondiale. Comme la plupart de ces jeunes fermiers, elle a besoin d’un revenu supplémentaire pour vivre… Racey Bingham est copropriétaire de la Reber Rock Farm, à Essex, où on utilise de superbes chevaux pour faire les foins et autres travaux de la ferme.

Près de là, à Westport, la Dacy Meadow Farm fait le lien entre la ferme et la table en accueillant des convives pour le souper du vendredi et le brunch du dimanche. Les repas sont concoctés à partir des produits de la ferme ou de fermes à moins de 30 kilomètres.

Ce vendredi-là, on a fait une exception pour le vin, qui venait du vignoble Amazing Grace à Chazy, un peu plus au nord, toujours dans l’État de New York. Le chef est venu présenter chaque plat en expliquant sa philosophie d’utilisation des produits locaux de la saison. La Dacy Meadow Farm fait également gîte à la ferme.

Dans les environs

 

Marcher dans la grande nature sur une belle variété de sentiers, quelques-uns développés à partir d’anciens chemins forestiers, entretenus par Champlain Area Trails. Pour les experts, gravir l’un ou l’autre des 46 sommets de plus de 1220 mètres que compte le parc des Adirondacks (et pourquoi pas les 46 pour faire partie du club sélect des 46ers ?) adk.org, adk46er.org.

Rouler à vélo. Pour des suggestions d’itinéraires : champlainbikeways.org.

Flâner dans le joli village d’Essex pour admirer l’architecture des coquettes maisons privées et des édifices publics.

Luncher au Deer’s Head Inn Restaurant d’Elizabethtown, pas pour la bouffe ni pour le service, mais pour l’histoire de cet ancien relais de diligence. Pour un meilleur lunch, un délicieux espresso et de possibles rencontres avec les « locaux », préférer Dogwood Bread Company, à Wadhams.

Dormir au Old Mill Bed Breakfast, à Elizabethtown, une maison biscornue à l’ancienne, avec boiseries, papier peint et plein d’objets d’un autre âge disposés dans les chambres et les très beaux espaces communs.

Petit-déjeuner de rêve et jardin à l’avenant.

Renseignements : LakeChamplainRegion.com.

Le parc des Adirondacks

Créé en 1882, le parc des Adirondacks est aussi étendu que tout l’État du Vermont, plus grand que les parcs Yellowstone, Everglades Glacier et Grand Canyon réunis.

Il n’a pas de frontières ni de barrière, et pas de frais d’admission. Il compte plus de 3000 kilomètres de sentiers de randonnée, plus de 3000 lacs et près de 2000 kilomètres de rivières.

C’est une courtepointe de terres publiques et privées.

On trouve 100 villages sur son territoire ; 137 000 personnes y vivent toute l’année et 200 000 villégiateurs y passent l’été. Le parc accueille entre 7 et 10 millions de visiteurs chaque année.


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