Escapade dans le Maine… en passant par Portsmouth

Le manoir Goodwin, au Strawbery Banke.
Photo: Carolyne Parent Le manoir Goodwin, au Strawbery Banke.
Et si, lors de votre prochain long week-end dans le Maine, vous faisiez une halte à Portsmouth, dans le New Hampshire, histoire d’assaisonner vos clam cakes d’un peu de culture ? Le nombre de sites historiques préservés par des associations de citoyens force l’admiration.
 

Chaque année, c’est la même histoire. Pressés de voir la mer, nous fonçons sur le pont enjambant le Piscataqua, le fleuve frontière entre le New Hampshire et le Maine, en nous promettant de visiter Portsmouth au retour. Puis, le jour J, s’étant attardés chez Pottery Barn à Kittery, nous filons sur la route 4 en jurant une énième fois de faire halte au « port à l’embouchure du fleuve »… l’an prochain.

Jugeant que ça commençait à bien faire, nous avons prévu le coup et programmé une nuitée et une journée à Portsmouth en revenant de Kennebunkport. Oh, la bonne idée !

Ce qui surprend en ce patelin de 21 000 habitants, c’est l’engagement de plusieurs de ses citoyens envers la préservation du patrimoine. Prenez Strawbery Banke Museum… Comme son nom ne l’indique pas, la « rive aux fraises » est le lieu où se sont installés, en 1623, des colons anglais, posant ainsi le germe de ce qui allait devenir Portsmouth 30 ans plus tard.

Le Museum, lui, est en fait un village illustrant plus de trois siècles d’architecture au moyen d’une trentaine de maisons restaurées, la majorité d’entre elles sises sur leur emplacement d’origine ! Un musée franchement remarquable.

Dans chacune des demeures, un guide nous en raconte l’histoire. À la maison Wheelwright, on nous initie à l’art culinaire du XVIIIe siècle ; au magasin général, au système de rationnement en vigueur pendant la Seconde Guerre mondiale. Le manoir Goodwin, ancienne propriété d’un gouverneur, de même que la maison de l’écrivain Thomas Bailey Aldrich, toutes deux agrémentées d’un joli jardin, constituent les pièces de résistance du site.

Puis, à la maison Sherburne, la plus vieille du musée bâtie en 1695, on apprend que la valeur du couple d’esclaves noirs qui s’y échinaient au milieu du XVIIIe siècle équivalait à celle de l’argenterie familiale…

Peuplée d’armateurs qui commerçaient avec les Antilles et l’Europe (et grâce à son Navy Yard, le plus ancien chantier naval de la marine américaine), Portsmouth était alors une bourgade prospère, où l’on pouvait se procurer des épices, du thé et du coton comme des esclaves. Elle le restera jusqu’à ce que le transport ferroviaire détrône le transport maritime. Avec la Révolution industrielle, les capitaines de navire se recyclèrent en chefs d’entreprise, notamment de brasseries, qui inspirent encore les brasseurs d’aujourd’hui.

Inauguré en 1959, à une époque où urban renewal rimait avec démolition, « ce musée à ciel ouvert est né d’une volonté citoyenne de préserver tout un quartier », explique une guide. Et l’on y vit aussi, des appartements aux étages de certaines résidences étant offerts en location.

Hors musée, neuf maisons historiques gérées par diverses associations de citoyens peuvent aussi être visitées. Nous en avons choisi deux : Moffatt-Ladd et Warner.

« Voyez, autrefois, le niveau du fleuve atteignait le trottoir d’en face, rue Market, dit la guide Marion Vallet-Cook, qui nous fait visiter la première demeure. Vous pouvez donc imaginer le spectacle impressionnant que constituait l’arrivée au port des sept clippers du marchand Moffatt ! »

  

Histoires tarabiscotées

Gérée par la National Society of Colonial Dames of America, un organisme états-unien voué à la préservation du patrimoine bâti et fondé par des pionnières, la maison Moffatt-Ladd, de style georgien, possède un riche aménagement intérieur, un magnifique jardin, mais surtout une histoire digne d’Hollywood liée aux déboires financiers d’un de ses propriétaires, avec exil et abandon de femme et enfants à la clé. Nous laissons à Mme Vallet-Cook le soin de vous raconter tout cela, et en français s’il vous plaît !

Également de style georgien, la maison Warner, rue Daniel, est plus ancienne et austère que la Moffatt-Ladd. Ses fresques sont dignes d’intérêt, de même que le smalt, un pigment tiré du cobalt (et l’ancêtre de la Sico !) utilisé pour peindre l’une des chambres.

Après avoir séjourné à Kennebunkport, dans l’ancien quartier des capitaines, et dans l’ex-demeure, justement, d’un loup de mer appelé James Fairfield, voilà que ce séjour à Portsmouth a bouclé en beauté une escapade à la plage plutôt tonique en cette saison !

En vrac

Dormir à Portsmouth : à l’Ale House Inn, un petit hôtel tout confort de 10 chambres occupant une portion de l’ancien entrepôt de la Portsmouth Brewing Company, situé en plein centre-ville. À noter : vélos et casques sont à la disposition des hôtes, sans frais, bien qu’on puisse tout visiter aisément à pied.

Dormir à K’port : au Captain Fairfield Inn, une maison de 200 ans reconvertie en auberge-boutique de neuf chambres où les styles federal et contemporain sont joliment harmonisés. Ses atouts : un copieux petit-déjeuner gourmet et une terrasse spacieuse où l’on sert l’apéro autour d’un feu. Si vous en avez soupé du B B fleuri façon Laura Ashley courant sur la côte, c’est pour vous !

À faire à Portsmouth : une promenade dans les jardins Prescott, en face du Museum, puis une croisière sur le Piscataqua à bord d’un gundalow, un voilier traditionnel de la région, autrefois utilisé pour le transport des marchandises. Au Strawbery Banke Museum, demandez un descriptif du site en français.

À faire aux alentours de K’port : découvrir l’extraordinaire plage de Goose Rocks, si ce n’est déjà fait ! (Le Captain Fairfield Inn prête un permis de stationnement.)

Boire et manger à Portsmouth :attablez-vous à la terrasse, une oasis bien cachée, de la Portsmouth Brewery et commandez une Blubeery Ale, dans laquelle flottent des bleuets! Colby’s (105, rue Daniel) est réputé pour ses petits-déjeuners mais sert aussi une excellente chaudrée de palourdes à l’heure du lunch. Restaurants, pubs, galeries d’antiquaires et boutiques abondent sur les rues Market, Bow et Ceres.

Lire : le guide Ulysse Nouvelle-Angleterre, la plus récente édition (2012) ayant été mise à jour en partie par notre collègue Louise Gaboury.

Se renseigner : larkhotels.com, portsmouthchamber.org, goportsmouthnh.com, moffattladd.org, warnerhouse.org.


Carolyne Parent était l’invitée des hôtels Lark et de la Chambre de commerce de Portsmouth.