Le grand SUD à découvrir

Une trabocchi, cette traditionnelle cabane de bois d’où les pêcheurs lançaient leurs filets.
Photo: Louise Gaboury Une trabocchi, cette traditionnelle cabane de bois d’où les pêcheurs lançaient leurs filets.

Une base d’Abruzzes, un soupçon de Molise et une pincée de Pouilles : paysages, traditions, mer, montagnes, forêts, églises anciennes, gastronomie, e tutti quanti…

Abruzzes, Molise et Pouilles : ces trois régions très fréquentées par les vacanciers italiens, mais peu connues des voyageurs étrangers, tiennent peu de place dans les guides de voyage, comme elles se font discrètes sur Internet. Leurs richesses secrètes valent pourtant la peine de sortir des sentiers battus de la Toscane, de l’Émilie-Romagne et autres. Difficile, même, de tout voir en une douzaine de jours…

 

Au début de l’été, enivrée par l’odeur du jasmin et du genêt, éblouie par les champs piquetés de coquelicots sur fond de montagnes enneigées, j’ai succombé au farniente… contrôlé. J’ai laissé au vestiaire mon personnage de visiteuse boulimique pour endosser celui de l’épicurienne bercée par la dolce vita italienne. Voici où m’ont menée mes errances dans ce coin du sud du Bel Paese.

 

Ces lieux sont habités depuis longtemps, certains depuis l’époque romaine. Sulmona, par exemple, est assez vieille pour être la ville natale d’Ovide, oui, celui des Métamorphoses et de L’art d’aimer : c’est dire ! On peut admirer la statue du poète sur la piazza XX Settembre.

 

La ville compte quelques ruines romaines, témoins de cette époque. Le coeur historique de Vasto a plus de 1000 ans. Parmi ses beaux monuments, la cathédrale San Giuseppe, le palais d’Avalos, le château Caldoresco et l’église Santa Maria Maggiore.

  

La vieille Termoli

 

La vieille ville de Termoli est particulièrement belle en fin de journée, au moment de la passeggiata, cette heure magique où les gens sortent dans la rue pour se promener, rencontrer leurs voisins, manger un gelato ou prendre un caffè ou l’aperitivo. Pescocostanzo doit sa richesse économique et culturelle à sa situation géographique sur l’ancienne via degli Abruzzi. Plusieurs artistes et artisans y ont été attirés et ont rayonné dans les villes et villages environnants, jusqu’à Sulmona. Touristique, il n’en reste pas moins authentique et mérite bien sa place au sein des plus beaux villages des Abruzzes.

 

C’est un peu la Grèce dans les petites villes du Gargano, surtout à Peschici, avec ses maisons blanches qui dominent la mer, mais aussi à Monte Sant’Angelo, qui s’est développé au Moyen Âge autour du spectaculaire lieu de culte consacré à l’archange saint Michel.

  

Mille ans d’églises

 

Il y a tellement d’églises ici ! Elles sont souvent ouvertes et parfois pleines. Malgré les aléas de l’histoire et les tremblements de terre fréquents dans la région (le dernier des plus meurtriers a eu lieu en 2009), le territoire compte une impressionnante quantité d’églises construites au Moyen Âge, certaines exceptionnellement bien conservées, d’autres fidèlement reconstruites.

 

L’église Santa Maria Maggiore de Vasto date des années 1000, alors que la cathédrale San Giuseppe a été construite au XIIIe siècle. Sur l’île San Nicola se dresse ce qui reste de l’abbatiale et l’église Santa Maria, fondée au début du XIe siècle par des moines bénédictins qui ont régné sur les îles Tremiti pendant 700 ans.

 

La cathédrale San Panfilo de Sulmona a été originellement construite à la fin du XIe siècle sur les ruines d’un temple romain. Son style roman a été enrichi d’éléments gothiques au fil des ans. Celle de Termoli a près de 1000 ans.

 

À Roccavivara, le sanctuaire Santa Maria di Canneto, ancien lieu de pèlerinage, a été construit vers les XI-XIIe siècles et les moines bénédictins y sont demeurés jusqu’en 1474.

 

L’émouvant sanctuaire San Michele Arcangelo, aménagé dans une grotte sous la ville de Monte Sant’Angelo au Ve siècle, est devenu un lieu de pèlerinage important, ce qui lui a valu d’être inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO en 2011.

 

San Giovanni Rotondo célèbre le culte de Padre Pio, un prêtre capucin récemment canonisé. L’endroit ne paie pas de mine, mais les pèlerins y affluent. Les autres voyageurs n’ont qu’une bonne raison de braver les marchands du temple : admirer la superbe église ultramoderne réalisée en 2004 par Renzo Piano et qui a pris la relève de l’église ancienne, beaucoup trop petite pour accueillir les flots incessants de pèlerins. L’impressionnant édifice aux magnifiques volumes et aux multiples ambiances est la deuxième plus grande église d’Italie après le Duomo de Milan.

  

Métiers traditionnels

 

Fromages, cloches et couteaux figurent parmi les produits fabriqués dans ces régions depuis des générations. Qui ne succomberait pas aux fromages faits comme avant, à la main et avec amour, par Enrico Ianiro et sa femme Natalia, qui partagent la même passion ? Ils fabriquent scarmoza, ricotta, cacciotta et cacciocavallo avec le lait des vaches Podolica, des bêtes très rustiques qui ont la chance de vivre à l’extérieur. Ces vaches produisent peu, mais leur lait est d’excellente qualité. Le résultat : des merveilles de goût ! N’espérez pas trouver leurs fromages ici : ils écoulent toute leur production dans la région.

 

Le fromage, c’est bien beau, mais il faut le couper. Qu’à cela ne tienne : la région est fière de sa longue tradition de coutellerie ! On y travaille le métal depuis des générations, notamment à Frosolone. À l’origine, les couteaux servaient surtout pour la chasse et la récolte de la truffe (eh oui, le Molise est un important producteur de truffe, noire et blanche). Aujourd’hui, les artisans couteliers fabriquent tant les couteaux de cuisine que les couteaux de poche.

 

Toujours dans le métal, mais sur une plus grande échelle, Agnone est célèbre dans le monde pour ses cloches qui sonnent sur toute l’Italie et ailleurs sur la planète. Ici, on trouve le sable, la terre, l’argile et le bois nécessaires à ce délicat travail du bronze. La Fonderie Marinelli, une des plus anciennes au monde, se visite. Après le visionnement d’un film sur la fabrication des cloches, les gens passent dans l’atelier où sont fabriquées une cinquantaine de cloches chaque année, puis dans le petit musée où quelques centaines de cloches sont religieusement conservées, la plus ancienne datant des alentours de l’an 1000.

  

Des îles et des plages

 

Entre mer et montagnes, ces régions tirent le meilleur parti de leur façade maritime avec des plages, certaines sauvages, d’autres pas, avec leurs rangées bien disciplinées de parasols et de transats, caractéristiques du paysage balnéaire italien. Ici, les eaux turquoise sont monnaie courante.

 

À un peu plus d’une trentaine de kilomètres des côtes, les îles Tremiti, surnommées les perles de l’Adriatique, forment une oasis de paix, sauf en haute saison où elles sont envahies par plus de 100 000 visiteurs ! On y accède au départ de Termoli, de Vieste et de Peschici. De San Domino, la plus grande île du petit archipel, où arrivent la plupart des bateaux venant du continent, des barques emmènent les visiteurs à la découverte des criques et des plages secrètes des îles, où la plongée est très populaire.

 

Non loin de Vasto, la Riserva Punta Aderci protège une partie de côte vraiment sauvage où subsistent quelques trabocchi, ces traditionnelles cabanes de bois d’où les pêcheurs lançaient leurs filets. À Vasto Marina, la plage est plus domestiquée, bordée d’une rue commerciale où règnent pizzerias et gelaterias. On trouve d’autres belles plages de sable autour du promontoire du Gargano, notamment à Vieste et à Peschici.

L’homme qui faisait adopter des moutons

Dans les alentours d’Anversa dedgli Abruzzi, un des plus beaux villages des Abruzzes, on pratique encore la transhumance. Ici, l’élevage ovin fait partie de la tradition. Nunzio Marcelli a travaillé à Rome, dans le domaine de l’économie, avant de mettre sur pied une organisation qui propose d’adopter un mouton. « L’idée m’est venue d’une ancienne coutume. Quand les gens allaient travailler en ville, ils demandaient à quelqu’un du village de prendre soin de leur bête », explique-t-il.

 

L’adoption virtuelle d’un mouton permet aux citadins de se rapprocher de la terre. Pour moins de 200 euros par année, les parents adoptifs ont droit à un retour sur leur investissement sous forme notamment de fromage et de laine. « C’est un geste de consommation éthique », commente-t-il. Sur les 1200 moutons que compte le trouveau de Nunzio Marcelli, la moitié sont adoptés.

 

L’organisme a sa page Facebok qui compte plus de 7500 « amis » dans le monde entier.

En vrac

Coups de coeur gastronomiques. Les poissonset fruits de mer sur la côte. Les très goûteuses tomates Mezzo Tempo, une variété locale hâtive qui n’exige pas beaucoup d’eau : les meilleures que j’aie mangées de ma vie ! Difficiles à trouver au marché, il faut les cultiver. Le fromage artisanal du Caseificio da Enrico, à Frosolone : bon à en oublier ce qu’est le cholestérol ! Les douceurs de Sulmona, renommée pour ses dragées. Mais le nougat chocolat-orange de DiCarlo est dé-li-cieux ! Les vins du vignoble Fontefico, près de Vasto. Ici, on apprend notamment que le Pecorino n’est pas qu’un fromage, mais aussi un désaltérant vin blanc.

 

Carnet d’adresses gourmandes. L’Architiello, sur l’île San Nicola des Tremiti, que fréquentait Lucio Dalla, l’auteur de la chanson Caruso. La Fiaccola, à Anversa degli Abruzzi. L’Osteria del Corso à Monte Sant’Angelo. Trattoria Da Lucia, à Palena. Le cisterne, à Vasto. lecisterne.it. La terrasse du bar InPiazza à Vasto, où, pour trois euros, on a droit à un verre de Prosecco et à des amuse-gueule à l’heure sacrée de l’apéro.

 

S’y rendre. Tous les chemins mènent à Rome. De là, il y a des bus pour les Abruzzes. Un autocar moderne équipé de la wi-fi dessert Vasto au départ de l’aéroport de Rome ou de la gare Tiburtina, mais pour découvrir la région, la voiture est essentielle.



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