Randonnée à flanc de montagne dans la baie Éternité

Le rocher-école. Le guide s’assure que nous maîtrisions tous la technique de maniement des deux mousquetons qui serviront à s’accrocher tout au long de ce périple aérien.
Photo: Hélène Clément Le rocher-école. Le guide s’assure que nous maîtrisions tous la technique de maniement des deux mousquetons qui serviront à s’accrocher tout au long de ce périple aérien.

L’amateur de « via ferrata »— sorte d’hybride entre la randonnée en montagne et l’escalade — peut parcourir depuis le week-end dernier un nouveau circuit ferré de quelque 850 mètres de long, sur les parois rocheuses de la baie Éternité, dans le parc national du Fjord-du-Saguenay. Une façon audacieuse de découvrir la beauté du Saguenay. Adrénaline garantie !

Difficile de ne pas être un brin nerveux. Même malgré les mots rassurants du responsable de l’activité, des guides accompagnateurs et des artisans de cette 12e via ferrata au Québec. C’est que cette randonnée à flanc de rocher, au-dessus du fjord du Saguenay, n’a rien de banal.

 

« Vous avez le vertige ? », demande Jordan, notre guide. Pas que je sache. J’ai déjà fait de l’escalade et je grimpe sans problème sur un escabeau pour laver mes fenêtres. Jamais eu le tournis. Mais c’est la première fois que je vais randonner pendant quatre heures sur une paroi rocheuse au-dessus du vide, en équilibre sur des barres d’acier et des câbles métalliques.

 

Il faut imaginer une paroi verticale de plus de 200 mètres de haut, surplombant le fjord. Sur cette dalle rocheuse inaccessible pour la plupart d’entre nous, des experts ont balisé de barres d’acier et de câbles métalliques un chemin (via). Résultat : tel un bouquetin des Alpes, on s’y promène maintenant aisément sur 850 mètres, tout en admirant le paysage sous un angle que seul l’escaladeur pouvait honorer. Une belle façon de démocratiser un sport impénétrable autrement.

 

Aucune aptitude physique particulière n’est requise pour triompher d’une via ferrata. Ni connaissances techniques. Une bonne forme physique est toutefois appréciable, car l’activité est exigeante. Et mieux vaut s’abstenir si l’on souffre du vertige, même si l’activité est minutieusement encadrée par un guide qui tient à l’oeil et motive sa troupe de huit participants max. Quant aux enfants, ils sont les bienvenus à la condition d’être âgés d’au moins 12 ans.

 

Selon les « ferratistes » initiés, cette dernière-née des « voies ferrées », membre du réseau de la Route des via ferrata du Québec, serait la plus musclée et la plus spectaculaire de la province. « Une difficulté qui vient du fait que la traversée est longue et qu’il y a beaucoup de vide », précise Yannick Berger-Sabattel, architecte de cette saisissante course aérienne et directeur technique de la société française Prisme qui se spécialise dans la construction de via ferrata dans le monde. « Le parcours n’est pas technique, mais vertigineux. Et ça, ça joue sur le mental. »

 

Feu vert !

 

Nous enfilons harnais et casque, puis remontons un sentier boisé jusqu’au rocher-école pour un petit test d’aptitude. L’épreuve consiste à se promener sur la falaise, à quelques mètres du sol, en s’agrippant aux prises d’acier. Le guide s’assure que nous maîtrisions tous la technique de maniement des deux mousquetons qui serviront à s’accrocher tout au long de ce périple aérien.

 

« Si vous n’arrivez pas à ouvrir les mousquetons et à vous accrocher au câble métallique, vous ne partez pas », nous avait dit au départ du sentier Jacques Hébert, propriétaire de Parcours Aventure, la firme mandatée par la SEPAQ pour gérer la via ferrata et le service de guides.

 

Une fois le test réussi, il ne reste qu’à cesser de batailler contre la peur d’avoir peur du vide. Et de se faire à l’idée qu’il n’y a pas vraiment d’échappatoire le long de la via. Inch Allah !

 

Et c’est parti ! Je n’entends plus que le cliquetis des mousquetons. Et les battements de mon coeur. Décroché et raccroché un mousqueton à la fois. On s’élève. Et encore et encore.

 

Ô Notre-Dame du Saguenay, sainte gardienne des navigateurs, aidez-moi à franchir cette via comme vous avez aidé, à la fin du XIXe siècle, pas trop loin d’ici, ce brave Charles-Napoléon Robitaille à sortir vivant des eaux glacées du fjord, où ils avaient sombré, lui, son cheval et son traîneau. Je ne vous promets pas de réaliser une autre statue, mais d’aller vous visiter au sommet du cap Trinité.

 

Une montée, un passage latéral, de petits surplombs qui requièrent un peu de force dans les bras, mais de courte durée, puis la fameuse échelle inversée. Si le « ferratiste » un chouïa frileux n’a pas encore admiré le panorama, ici il n’aura certes pas le choix. Car l’échelle de neuf mètres qui repose à 150 mètres de haut sur la grande dalle se grimpe face au fjord du Saguenay.

 

Petit intermède dans le vide, le temps de croquer une pomme. Puis, on repart. Et comme par enchantement, la peur d’avoir peur s’estompe au fur et à mesure que nous évoluons sur le roc. On traverse une poutre en bois, un pont de singe, quelques latérales, et on arrive à un pont suspendu qui enjambe le vide sur 85 mètres de long. Un autre point fort de cette via ferrata.

 

Les premières via ferrata telles qu’on les connaît aujourd’hui auraient été réalisées pour la première fois dans les Dolomites par des soldats italiens lors de la Première Guerre mondiale pour faciliter les déplacements. On les retrouve aujourd’hui dans presque toutes les régions montagneuses et touristiques du monde. Au Québec, la via ferrata a vu le jour il y a une dizaine d’années et gagne vite en popularité. Au nombre de douze, elles ont chacune leur personnalité.

 

Quatre heures de vrai plaisir et la certitude de ne pas avoir le vertige !

 

Pour renseignements : http://www.viaferrataquebec.com/fr/