Hôtel centenaire - Le Château Laurier, entre mythes et réalités

Photo: Benoît Legault

«Hum, y a du monde ordinaire qui séjourne ici. Et c’est tout ouvert, sans surveillance. Ça me surprend», dit une amie de Gatineau qui m’attend dans le hall magnifique du Fairmont Château Laurier. Le célèbre hôtel aura 100 ans le 1er juin. Alors que le Château Frontenac de Québec est une icône, le Laurier d’Ottawa est un mythe.

«Les chambres du Laurier, à votre droite, coûtent plus de 400 $! C’est la résidence des riches et des puissants dans la capitale», ai-je entendu de la bouche d’un guide touristique officiel. Pourtant, bien des unités y coûtent moins de la moitié de ce tarif, et le Château est ouvert à tous.


«L’histoire du Château est fabuleuse. Et elle est parfaitement imbriquée dans la vie de la capitale, c’est pourquoi le Laurier est si mythique», explique Deneen Perrin, directrice des relations publiques depuis 15 ans.

 

Un lieu public et politique


Mythe: les meubles du Château Laurier ont coulé avec le Titanic. Réalité: le fondateur de l’hôtel, Charles Melville Hayes, et son équipe sont morts sur le Titanic au retour de leur rencontre finale avec les investisseurs de Londres engagés dans la construction du Château, dont l’ouverture était prévue le 26 avril 1912 (le Titanic a coulé le 14 avril). La tragédie a retardé l’ouverture au 1er juin.


Mythe: l’accès public au Château est limité à cause de la présence des dignitaires et députés qui y séjournent. Réalité: le Laurier est un hôtel mais aussi une sorte de grand musée gratuit ouvert à tous. On y trouve également un restaurant (Wilfrid) et un bar-salon (Zoé) très populaires.


Sa décoration intérieure est une des plus belles et des plus riches en Amérique du Nord. Et deux collections de photos y sont incontournables. D’abord, celle de Yousuf Karsh, grand portraitiste qui a habité au Château Laurier, puis celle des nombreuses photos d’époque. Elles ornent le rez-de-chaussée et le sous-sol, où l’on peut nager dans une grande piscine Art Déco qui remonte aux années 1920. Cette piscine faisait les délices de Pierre Elliott Trudeau, qui a séjourné au Château quelques années avant de devenir premier ministre.


Plusieurs députés et sénateurs y séjournent et les rencontres informelles sont nombreuses. Ce n’est pas pour rien que le Château Laurier a été surnommé «la troisième cham bre du Parlement».

 

De toutes les couleurs


Le 100e anniversaire de cet hôtel si spécial a généré une couverture médiatique valant assurément une fortune en publicité.


Pourtant, une initiative de la relationniste Deneen Perrin lui en a fait voir de toutes les couleurs: «Nous avons vendu 100 chambres à 19,12 $ par personne. Mais des gens qui n’ont pas pu faire partie des 100 premiers clients à faire la file étaient mécontents et il y a même eu un blogue qui s’en prenait à moi. Mais au final, ces chambres à 19,12 $ ont été un grand succès. Certaines personnes ont attendu en file pendant neuf heures pour obtenir une chambre à ce prix; pour ces gens, c’était la réalisation d’un rêve.»


***
 

Collaborateur