Valmorel, la belle Savoyarde

Le Club Med et, en arrière-plan, le mont Blanc<br />
Photo: Gary Lawrence Le Club Med et, en arrière-plan, le mont Blanc

À des lieues des barres de béton et des tours hideuses de certaines stations alpines, Valmorel permet de se faire la belle à ski, en toute complicité avec la montagne et son cadre patrimonial bâti. Et la récente inauguration d'un Club Med ne fait qu'ajouter à l'attrait de cette discrète station située directement en face du mont Blanc.

Valmorel — Derrière la dameuse qui vient d'aplanir les pentes dominées par le pic du Cheval noir, j'entame le long et lent ballet du slalom. À chaque virage, j'ai l'impression que mes spatules mordent délicatement dans du gâteau des anges, tant le couvert neigeux est moelleux; à chaque courbe, je sens que je pourrais être absorbé par cette mousseline givrée, dense et striée, si j'écartais davantage les carres de conduite.

Compte tenu des sept ou huit degrés ambiants et du soleil déflagrant l'azur, je devrais pourtant avoir droit à du gros sel, à un tapis détrempé, voire à une livrée de giboulée. En lieu et place, la neige est plutôt sèche et même généreusement poudreuse à mesure que je me rapproche du sommet de 2832 mètres, en ce jouissif massif de la Tarentaise. Comme si l'auguste mont Blanc qui ferme l'horizon au loin étendait son souffle glacial sur toute chose établie en son noble périmètre. «En fait, c'est à cause du cirque où est située Valmorel: il forme une sorte de barrière de protection gardant la neige au frais», m'avise Sylvain Marrot, marrant instructeur pyrénéen pas marri d'être ici. «Et en plus, quand les nuages chargés de neige arrivent, ils s'accrochent aux pics et déversent du coup une double ration de flocons», d'ajouter le maître ès paires de skis.

Le mois dernier, deux jours avant mon arrivée à Valmorel, pas un nanogramme de neige ne reposait pourtant sur les 3600 hectares de ce Grand Domaine, qui regroupe trois stations (avec Doucy-Combelouvière et Celliers) et qui est strié de 150 kilomètres de pistes. Puis, en moins de 48 heures, 80 centimètres de flocons frais sont venus gratifier cette fort jolie aire skiable savoyarde, une bordée d'autant plus significative qu'ici, le relief est lisse et les herbes sont courtes, et qu'une mince couche blanche suffit à procurer un brin d'ivresse à quiconque s'y livre à schuss que veux-tu.

Inaugurée en 1976 comme une boutade d'authenticité dans une Savoie aux prises avec l'urbanisation galopante de certaines stations montagnardes (aux Menuires et à Courchevel, par exemple), «Valmorel la belle» porte bien son surnom.

D'abord, cette croquignolette station de glisse fut construite à 1400 mètres d'altitude, au bout d'une route en lacets jalonnée de petits bourgs et hameaux pittoresques, où la vie alpine continue de battre son plein, avec paysans, artisans et travailleurs à la petite semaine de ski.

Même en 1992, lors des Jeux olympiques d'Albertville limitrophes, la vallée de Morel n'a pas été scarifiée ou sacrifiée sur l'autel du tourisme de masse — à peine a-t-elle tenu lieu de dortoir pour certains athlètes. Encore aujourd'hui, la densité des skieurs qui la fréquentent y est l'une des plus faibles des Alpes françaises, dans ce domaine de calibre majoritairement intermédiaire, où on trouve de nombreuses pistes pour débutants (soit 60 sur 85).

Au bourg principal, essentiellement piétonnier, les restos, échoppes à vin chaud épicé et vendeurs de tartiflettes au fromage beaufort se succèdent aux côtés des marchands de chignin (excellent vin régional), de génépi (subtil tord-boyaux à base d'herbes) et autres saucissons si frais qu'on peut presque les entendre braire. Le «centre-ville» du bourg est aussi jalonné de placettes, de cours intérieures, d'allées couvertes — mais également de boutiques et commerces davantage destinés à une clientèle non savoyarde.

Pour couronner le tout, les dernières constructions à avoir vu le jour à Valmorel sont dans un style néotraditionaliste, c'est-à-dire en respectant le cadre bâti local et le décor naturel, tout en intégrant parfois une touche de modernité. Et c'est précisément la ligne de conduite qu'a adoptée Pierre Diener, l'architecte à qui l'on doit le tout dernier ajout immobilier de Valmorel.

Le début d'un temps nouveau

Construit au terme d'investissements de 86 millions d'euros, le Club Med Valmorel s'intègre harmonieusement au décor naturel et patrimonial ambiant, même s'il en impose avec ses cinq étages. «Mais le plus haut pignon du Club ne dépasse pas les sapins environnants», assure David Meyer, chef de village — québécois — du nouvel établissement de 427 chambres et suites.

À l'extérieur, celui-ci revêt bois et pierre et est recouvert de toits de lauze — une rude et ravissante ardoise — dans un style qui flirte résolument avec le pittoresque des environs, balcons ouvragés et grosses poutres apparentes incluses. À l'intérieur, le design de Marc Hertrich et Nicolas Adnet en jette tout autant, avec des aires communes stylées et parsemées de touches à la fois contemporaines et alpines.

Ouvert depuis un mois, cet établissement familial tout-inclus et «skis aux pieds» (ski in/ski out) présente, entre autres particularités, un véritable virage pour le Club Med. «C'est "le" village nouvelle génération de notre groupe, une autre page de l'histoire du Club qui s'écrit», a indiqué Henri Giscard d'Estaing, PDG du Club Med et accessoirement fils de l'ancien président de la République française, lors de l'inauguration.

L'établissement a ainsi récolté une certification NF Démarche HQE (haute qualité environnementale) à toutes les étapes de sa construction (la station est elle-même certifiée ISO 14 001), et il est doté de chambres modernes, fonctionnelles et nouveau genre. Dans l'esprit du virage «famille et haut de gamme convivial» entrepris en 2004, les nombreux services du Club sont ici offerts aux jeunes de 4 mois à 17 ans, avec plusieurs aires qui leur sont spécialement dédiées.

Entre autres choses, notons un «baby gym» (pour les 14 mois ou plus), une aire de jeu extérieure en terrasse chauffée, des cours de cuisine pour enfants, des cours de ski dès l'âge de trois ans, des soins de spa pour ados, un parcours d'hébertisme aérien estival et une petite patinoire synthétique quatre saisons (pas vraiment convaincante, cela dit).

Le Club Med Valmorel forme également le premier établissement du groupe à proposer trois gammes d'hébergement: quatre et cinq Tridents, mais aussi des appartements-chalets de grand luxe, attenants au complexe de villégiature. Vendus à partir de 500 000 euros, ceux-ci donnent à leurs propriétaires un accès à tous les services du Club à raison de trois semaines annuellement, avec majordome en prime et chef cuisinier privé en option; le reste de l'année, le Club Med se charge de louer les 80 appartements à des tiers, avec rétribution aux propriétaires.

Si la plupart des futurs vacanciers-investisseurs sont européens (essentiellement français et britanniques), on peut supputer que d'autres proviendront des marchés émergents du Club Med, notamment l'Inde, le Brésil et la Russie, mais surtout l'empire du Milieu: outre la participation significative d'un actionnaire chinois dans le portefeuille du Club Med, le groupe prend de plus en plus d'expansion au sein de la seconde économie mondiale.

Après l'ouverture, l'an dernier, d'un village de ski à Yabuli (province de Heliongjiang) et l'inauguration prévue de quatre autres villages chinois (dont celui de Guilin, l'été prochain), le Club Med veut faire de la Chine son deuxième marché d'ici 2015. Et puisque le ski est un sport en pleine émergence chez les nouveaux riches chinois, gageons que ceux-ci seront de plus en plus nombreux à dévaler les pentes de Valmorel dans un proche avenir. «Avec l'inauguration de ce village, une nouvelle ère s'entame pour le Club Med», a lancé sans ambages Valéry Giscard d'Estaing lors de l'inauguration.

Avec l'arrivée imminente de skieurs provenant de nouveaux horizons, il en ira tout autant pour Valmorel la belle, manifestement.

En vrac

Transport Valmorel est située à 15 kilomètres de Moûtiers (relié à Paris par TGV), à environ deux heures de route de Lyon ou de Genève. Entre autres transporteurs, Air France relie Montréal à Lyon deux fois par jour depuis Montréal, dont un vol s'effectue en Airbus A380 doté d'une immense classe affaires. Et peu importe la classe, le champagne est toujours offert à l'oeil. www.airfrance.ca.

Hébergement Parmi les chambres du Club Med Valmorel, celles de catégorie Club et Deluxe sont relativement exiguës par rapport aux standards nord-américains, mais elles demeurent très fonctionnelles et confortables, alors que celles de l'Espace 5 Tridents sont plus vastes et donnent accès à un lounge privé, à des services particuliers et au champagne à volonté dès 18h. Le Club Med Valmorel dispose aussi d'un hammam, d'un spa Clarita, d'une piscine intérieure avec baies vitrées panoramiques et de trois restaurants aux mets aussi succulents que variés — homard, caviar et foie gras compris. Enfin, le bourg de Valmorel compte de nombreux petits hôtels, résidences de tourisme, appartements et gîtes chez l'habitant proposés à la semaine.

Cuisine régionale Au bourg, la Bergerie de Valmo offre une appétissante sélection de vins, saucissons, fromages et autres gâteries régionales. Plusieurs restaurants offrent également tartiflettes (pommes de terre en lamelles avec sauce crémeuse au fromage et lardons) et croziflettes (une variante où des crozets, des pâtes savoyardes, remplacent les pommes de terre).

Renseignements www.valmorel.com, www.clubmed.ca, www.villas-chalets.clubmed.fr. Pour plus de photos et des vidéos, consultez le blogue voyage de L'actualité: www.lactualite.com/blogue-voyage.

L'auteur était l'invité du Club Med, d'Atout France et d'Air France.

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Collaborateur du Devoir