La Maison sur la falaise

Situé dans le Maine, à 500 kilomètres au sud de Montréal, le patelin est pittoresque. La communauté gaie, sur laquelle on peut généralement compter pour repérer les Ogunquits de ce monde, l'a d'ailleurs plébiscité il y a belle lurette.

Chaque année, entre la fête de Dollard et l'Action de grâce (après, le village roule ses trottoirs et passe de 40 000 à 1300 résidants), quelque 900 000 visiteurs fréquentent son carré de sable long de cinq kilomètres, ses B&B de charme et ses galeries d'art. Et comme notre huard se remplume, la destination devrait revoir défiler quantité des nôtres cet été. À moins, bien sûr, qu'on ne choisisse de bouder Bush et ses compatriotes pour cause de guerre en Irak, mais c'est là une autre histoire.

Pour revenir à nos moutons et à ceux de l'Atlantique, c'est assurément Bald Head Cliff, entre Ogunquit et York, qui offre le plus beau point de vue sur les falaises de granit de cette côte sauvage. Pas étonnant qu'un ensemble de pavillons formant The Cliff House Resort & Spa, accueillant environ 11 000 personnes par année, soit juché sur ce promontoire. Pas étonnant non plus que lors de la Deuxième Guerre mondiale, l'armée américaine ait réquisitionné les lieux pour y établir une station-radar afin de détecter les sous-marins allemands qui sillonnaient alors l'Atlantique Nord.

Une affaire de famille

C'est l'arrière-grand-mère de la proprio actuelle, Kathryn Weare, qui créa The Cliff House en 1872. Lieu de villégiature huppé des richards de Boston, de Philadelphie et de New York, l'établissement fut doté des premières salles de bains privées de la région et, lorsque l'automobile supplanta le train comme moyen de locomotion, d'une pompe à essence à l'usage exclusif de ses clients.

Autres temps, autres attentes. L'an dernier, sur le site de la maison d'antan fut érigé un spa ultramoderne qui, à l'instar des 194 chambres du complexe hôtelier et de sa salle à dîner, a l'infinie « mare » dans le collimateur. Le premier spa en bordure de mer de toute la Nouvelle-Angleterre était né.

Digne héritière, son aïeule visionnaire, Kathryn Weare, n'y est pas allée de main morte. Et par ici les millions, dans ce spa qui comprend une piscine intérieure de taille olympique, une piscine extérieure à débordement, un bain à remous extérieur, un gym inondé de lumière naturelle et équipé d'appareils d'exercices haut de gamme, des salles de massage avec vue sur les vagues et des salles de soins où le plus anodin des traitements devient une expérience enivrante grâce à l'utilisation de produits de beauté incorporant des produits locaux — baies de genièvre, bleuets et huile essentielle de roses sauvages du Maine.

La terrasse attenante au spa comprend même une petite réplique du labyrinthe de la cathédrale de Chartres, cercles concentriques délimités par des pierres où l'on peut se « perdre » le temps d'une méditation.

« L'environnement était tout naturellement indiqué pour un spa, affirme Mme Weare. Et même en ces temps économiquement difficiles, c'est un vrai succès, de plus en plus de baby-boomers privilégiant les vacances actives et saines. »

Autre succès : la table du Cliff House. Le sauté de homard aux noisettes et son risotto vanillé, nappé de beurre au Frangelico, est l'une des créations les plus populaires figurant au menu. Le chef Eric Delano en prépare d'ailleurs la bagatelle de 20 000 par saison, à arroser de bons vins français — non, ils n'ont pas été renommés freedom wine, ici !

Assurément, si les Abénakis avaient eu le bonheur de connaître la maison sur la falaise, nul doute qu'ils l'auraient également baptisée « ogunquit ».

Renseignements : www.cliffhousemaine.com, % (207) 361-1000.

À voir dans les parages

- Ogunquit Museum of American Art. Haut perché au-dessus de Narrow Cove, c'est un bijou de petit musée qui présente des oeuvres d'artistes américains du XXe siècle (dont Edward Hopper) et qui a l'Atlantique pour toile de fond. 543, Shore Road. Ouvert du 1er juillet au 15 octobre.

- Le Marginal Way est un sentier pédestre de deux kilomètres qui longe l'océan du centre d'Ogunquit jusqu'à l'idyllique Perkins Cove. Ça s'appelle Marginal parce que le premier proprio de ce vaste terrain avait prévu qu'une « marge » de trois mètres de large en bordure de la falaise serait commune à tous les futurs acheteurs de ses lots. Contre toute attente, il en fit néanmoins cadeau à la Ville d'Ogunquit en 1923.

- À York Beach, Goldenrod est un resto rétro (il a plus de 100 ans), renommé surtout pour sa production de saltwater taffy. Nez rivé aux vitrines, les enfants sont littéralement hypnotisés par les grosses machines d'une autre époque qui barattent la tire et l'étirent en tous sens.

- À York Beach, le Nubble Lighthouse. Construit en 1879 sur un îlot, « ce phare est l'un des plus photographiés et peints dans le monde ». Nonobstant l'hyperbole tout américaine, l'endroit est vraiment chouette.