Mexico en kaléidoscope

La pyramide de la cité de Teotihuacán.
Photo: La pyramide de la cité de Teotihuacán.

Mexico — À 2250 mètres d'altitude, construite au fond d'une cuvette molle dangereusement asséchée au XVIe siècle par les conquistadors barbus, Mexico s'apparente pour le visiteur à un très ambitieux projet de découvertes. Elle est un kaléidoscope urbain sans commune mesure avec aucune autre grande ville du monde.

Ici, l'histoire se fait et se refait sans cesse depuis les origines de Tenochtitlan, la grande cité aztèque conquise par les hommes de Cortèz, jusqu'aux hauteurs des immeubles de taille moyenne qu'un éventuel tremblement de terre n'épargnerait peut-être pas. Entre hier et aujourd'hui, tout bouge, tout le temps, jour et nuit.

Même si nombre de touristes enduits de crème solaire se contentent d'un circuit qui les conforte dans d'agréables certitudes à l'égard de cette merveilleuse ville, les possibilités de découverte sont ici quasi infinies.

Bien sûr, on peut voir, en trois ou quatre jours, la maison bleue azur de Frida Kahlo, le Palais des beaux-arts, les fresques du Palais national, l'immense cathédrale bringuebalante du Zocalo, les ruines du Templo Mayor et quelques autres monuments qui appartiennent désormais au moins autant à l'humanité qu'à Mexico. Mais a-t-on alors vraiment vu Mexico?

L'histoire de cette ville est parfois muette et se contente de montrer une cité défaite où tous les récits du passé semblent s'oublier au profit des ruines du présent. Certains secteurs, avec leurs hôtels modernes, s'étirent volontiers dans le confort d'une modernité anonyme. Selon la direction qu'on prend, on trouve aussi la lourde misère d'une humanité disloquée par les affres du capitalisme.

En terme d'espace urbain, Mexico compte un peu plus de 20 millions d'habitants, ce qui la situe dans la lignée de Tokyo, voire de New York. Tant de monde en un même endroit offre sans cesse un doute permanent sur le monde lui-même: Mexico est une jungle urbaine où tout existe mais où tout se perd aussi, selon qui vous êtes et ce que vous souhaitez voir ou ne pas voir.

Ici, la carte du métro est celle de votre Nouveau-Monde à découvrir: un enchevêtrement de lignes dont les trains, très semblables à ceux de Montréal, vont dans toutes les directions.

Suivre une seule ligne de métro, sortir à chaque station, ce serait déjà en arriver à visiter plusieurs pays, tant Mexico est composée de petits ensembles, plus ou moins intégrés les uns aux autres, qui permettent de goûter plusieurs aspects d'un même monde.

Si vous aimez les musées, Mexico en compte plusieurs dizaines. Incontournable, le Musée d'anthropologie, ce véritable Louvre d'Amérique, est dédié aux grandes cultures autochtones du sud. Situé au coeur du grand parc de Chapultepek, le musée se trouve à proximité d'autres institutions du genre, le Musée d'arts contemporains et un musée d'histoire, installé dans le château situé près du grand lac. Là, vous pouvez profiter de la fraîcheur que conservent les arbres du parc.

Vous reste aussi, toujours du côté des musées, celui consacré à la caricature, le musée de la cité, de Franz Mayer, de Diego Rivera, de Rufino Ramayo, de Léon Trotski, pour ne nommer que ceux-là. Au dernier étage de l'hôtel où je loge cette fois-ci, le Fiesta Americana Gran Chapultepec, un immeuble très moderne situé près du bois de Chapultepec, la vue sur la ville est imprenable. Un responsable de l'étage où je me trouve, crâne lisse, regard sévère, très digne, me voit m'installer à la fenêtre avec mon petit appareil Leica à la main, prêt à faire une photo. «Vous ne pouvez pas prendre de photo ici», me dit-il... Pourquoi donc? Êtes-vous, señor, le propriétaire de la lumière de la ville? «Bien sûr que non...»

Alors, lui dis-je, vous êtes sûrement propriétaire des fenêtres par lesquelles je la regarde... Pas davantage, me dit-il. Donc, j'ai bien le droit de saisir la lumière du dehors, si je comprends bien... Vexé, le monsieur finit par me laisser faire. Je fais semblant de prendre beaucoup de photos, mais il n'y a pas de carte-mémoire dans mon appareil... En sortant, je m'arrête voir l'hôtel Camino Real, un des chefs-d'oeuvre froids de l'architecte Ricardo Legorreta.

Du haut des airs, depuis un hôtel ou, mieux, depuis la haute tour de Las Americas, on se rend compte à quel point cette ville n'arrête jamais. Les boulevards, partout immenses, charrient de véritables marées d'automobiles. Les voitures coulent ainsi sur les grandes artères comme l'eau du robinet, jamais les mêmes mais toujours semblables.

Au petit matin, de si haut, lorsque le soleil irradie de jaune et de rouge l'air encore frais, on peut presque toujours apercevoir les montagnes immenses qui ceinturent la ville. Cela dure quelques minutes tout au plus, juste le temps pour que l'air laiteux qui fait si mauvaise réputation à la capitale du Mexique s'installe comme un voile de tulle qui se poserait doucement sur la vie autant que sur la ville.

Le smog est une présence constante à Mexico. Mais contrairement à ce que l'on radote souvent, ce n'est quand même pas la fin du monde. Bien sûr, il vaut mieux éviter d'être coincé dans des embouteillages en plein jour. Mais sinon, tout va. Le métro est votre ami. Tiens, ce jour-là, samedi, je vais voir le grand marché public des antiquaires...