La Suisse par monts et par lacs

Fabuleusement beau, le site de Lavaux, lové au bord du lac Léman, est candidat à la liste des sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Photo: Sylvie Trépanier Fabuleusement beau, le site de Lavaux, lové au bord du lac Léman, est candidat à la liste des sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Lucerne-Montreux — Jadis, alors que la Suisse était fréquentée par l'aristocratie et la monarchie russes, le grand romancier Léon Tolstoï errait sur les quais de Montreux, au bord du lac Léman, à la recherche de l'inspiration et dans l'espoir d'améliorer une santé défaillante. Il n'était d'ailleurs pas le seul écrivain à fréquenter cette Riviera vaudoise, à se pavaner en contemplant les sommets enneigés des dents du Midi se reflétant dans les eaux claires du lac. Dans la Balade des poètes, un circuit aménagé par l'office de tourisme local, des enregistrements font parler les lieux et les époques où les Jean-Jacques Rousseau, lord Byron, Ernest Hemingway, Rilke, Hans Christian Andersen et autres Francis Scott Fitzgerald fréquentaient encore l'endroit.

Aujourd'hui, la ville exhale toujours ce charme suranné avec ses hôtels Belle Époque un peu désuets. Ici, un édifice rend hommage à Igor Stravinski, qui y avait commencé Le Sacre du printemps avant d'y mourir. Mais le site a aussi son histoire récente. En 1971, il a inspiré la chanson Smoke On The Water du groupe Deep Purple quand un incendie a détruit le casino et les studios d'enregistrement où le groupe devait se produire. Et aujourd'hui, la promenade des quais, qui mène notamment jusqu'au château de Chillon, d'où Byron écrivit le poème Le Prisonnier de Chillon, est peuplée de familles de toutes les nationalités qui plongent allégrement dans les eaux claires du lac.

À quelques minutes de Montreux, on peut prendre le train jusqu'à Cully pour visiter les vignobles de Lavaux. Car toute la Suisse se visite en train. On décourage même les touristes de louer une voiture. Le réseau ferroviaire est très efficace et, conformément à la légende, les trains sont rigoureusement à l'heure. «Le train arrive à dix heures deux minutes», nous annonce la guide, Ursula Beamish-Mader. Certaines grandes lignes offrent même des wagons conçus pour les enfants, avec des jeux pour occuper la marmaille pendant le trajet.

Fabuleusement beau, le site de Lavaux, lové au bord du lac Léman, est candidat à la liste des sites du Patrimoine mondial de l'UNESCO. Ses terrasses ont été construites à la main par les moines cisterciens au XIIe siècle. Le lac et les pierres qui reflètent le soleil y multiplient l'ensoleillement de la vigne. 300 familles y produisent 80 % d'un vin blanc qui sert essentiellement à la consommation locale, comme la majorité des bons vins suisses, peu disponibles à l'étranger. «Chaque domaine est marqué par la patte du vigneron.

Certains produisent du vin en vrac. D'autres bichonnent la présentation de leurs bouteilles», explique Jean-Daniel Porta, qui a hérité du vignoble de son père et qui nous reçoit chaleureusement dans son domaine de Villette.

Nous sommes en Suisse romande, francophone, moins rigoureusement organisée que l'allemande et dont la population et la superficie sont plus élevées que l'italienne.

«L'humour des Suisses francophones n'est pas le même que celui des Suisses allemands. Ils ne comprennent pas nos blagues», dit Charles Maurice Émery, citoyen de Montreux, qui trouve ses voisins du Nord plus sérieux que ceux du Sud. «Bien qu'à Zurich, ça bouge beaucoup», dit-il. Dans ce pays quadrilingue où l'anglais comme langue seconde a pris du galon comme ailleurs, les communications entre citoyens se compliquent. «C'est la première fois qu'une génération de Suisses germanophones et une génération de Suisses francophones doivent communiquer ensemble en anglais. Ils préfèrent apprendre l'anglais que la langue de l'autre communauté parce qu'ils croient que cela va leur être plus utile», explique Blandina Werren, responsable des communications au Musée suisse des transports de Lucerne. Environ 60 % des Suisses sont germanophones, 24 % sont francophones et 15 % italophones. Les Suisses parlant le romanche, une langue héritée de l'époque romaine, dans des enclaves de la région des Grisons, forment environ 1 % de la population.

Lucerne l'agréable

Dans Lucerne la germanophone, les terrasses sont pleines d'étudiants qui boivent un verre de bière le soir en regardant couler la Reuss. Avec ses clochers, ses façades ornées de peintures en trompe-l'oeil et sa vue sur le lac des Quatre-Cantons et sur les montagnes de Rigi et du Pilatus, cette ville est un havre paisible où il semble faire bon vivre. Tout, ici, est rigoureusement propre, comme le veut le cliché, et on se surprend à y prendre goût. «Les Suisses répondent à des règles d'ordre non écrites», confirme Ursula Beamish-Mader, qui dit qu'en comparaison, «au Canada, personne ne vous dit comment mettre les bas côte à côte sur la corde à linge»... Il reste que Zurich a été classée en 2007 ville du monde où la qualité de vie est la meilleure, avant Genève et Vancouver, qui arrivent respectivement aux deuxième et troisième rangs dans ce classement du Mercer Human Resource Consulting. Il faut dire que si le franc suisse est aujourd'hui presque à parité avec le dollar canadien, le revenu des Suisses demeure élevé. Dans l'ensemble du pays, les banques demeurent la principale industrie, avant le pharmaceutique, le tourisme et les nanotechnologies.

À Lucerne, le touriste en soif d'expériences culturelles n'est pas en reste de surprises. Sur la Furrengasse, le musée Picasso offre une impressionnante collection de tableaux de Picasso et de Paul Klee, sans parler des Chagall, Monet et autres grands noms européens de la peinture. Il s'agit de la collection privée d'Angela Rosengart, ouverte au public en 2002. Les toiles de Picasso y trônent comme autant de témoignages de la vie mouvementée du peintre. Ici, un portrait de sa maîtresse Dora Maar, là, un autre de Nusch Éluard. Femme et chien jouant est un des tableaux les plus impressionnants. Cette toile, où on voit une femme qui tient un chien au sol, est inspirée d'un épisode de la vie de Picasso où Françoise Gilot était sur le point de le quitter.

Plus loin, ce sont les oeuvres de Paul Klee qui retiennent l'attention. Cet Allemand né en Suisse mais qui n'en avait pas la nationalité est retourné y mourir après avoir refusé de prouver aux nazis qu'il n'était pas juif.

Mais les signes les plus distinctifs de Lucerne sont sans doute ces ponts de bois couverts et fleuris qui enjambent joliment la Reuss. Ils donnent un charme fou à la ville. Le plus gros, le Kapellbrucke, était décoré de 112 peintures sur bois illustrant la vie à Lucerne la catholique et de ses patrons, saint Léger et saint Maurice. Le pont original, construit en 1333, a été presque entièrement détruit par un incendie en 1993. Depuis, il a été reconstruit mais n'a pas encore la patine de son jumeau, le Streuerbrucke, ou pont des Moulins, plus petit, plus retiré mais tout aussi gracieux. Construit en 1404, il est orné de tableaux peints par Kaspar Meglinger entre 1626 et 1635 et représentant la Danse macabre.

À moins d'une heure de Lucerne, on atteint les sommets du mont Pilatus, sorte de géant dont on dit qu'il a abrité le célèbre Pilate qui avait laissé condamner le Christ. L'âme du préfet, avec quelques autres dragons, hanterait toujours les lieux. On en descend par un train à crémaillère prodigieusement abrupt. C'est pour ceux qui n'auront pas la chance de descendre à pied et de jouir, le temps d'un pique-nique parmi les fleurs et les vaches, des montagnes suisses dans toute leur splendeur.

En vrac

- La Suisse est particulièrement accueillante pour les familles. En plus d'être très bien organisée, elle compte plusieurs hôtels spécialement conçus pour accueillir des enfants de tout âge, activités comprises. Renseignements: http://www.myswitzerland.com/fr/page.cfm/93754.

- Les cyclistes sont choyés dans ce paradis du plein air, qui compte un vaste réseau de pistes cyclables. Plusieurs stations de train louent des vélos qu'on peut rendre à une station suivante. On peut aussi expédier ses bagages par train, qu'on récupère le lendemain ou le jour même moyennant un léger supplément.

- La Suisse offre des passes qui donnent un accès illimité au réseau ferroviaire ainsi qu'à des bateaux-navettes puisque, en Suisse, «on n'est jamais à plus de dix kilomètres d'un lac», dit notre guide, Ursula Beamish-Mader. Cette passe donne également droit à des rabais sur les transports publics urbains et certains téléphériques en montagne. Elle est gratuite pour les enfants de moins de 16 ans voyageant avec leurs parents.

- Montreux compte un festival de jazz d'envergure, qui se déroule cette année du 6 au 21 juin. Si l'entrée aux spectacles en salle est chère, le festival compte aussi une programmation gratuite.

- La compagnie aérienne Swiss offre un vol par jour entre Montréal et Zurich.

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L'auteur était l'invitée de Swiss et Switzerland Tourism