Expéditions au Mexique - À la recherche du couloir perdu

Ils cherchent dans le noir depuis 20 ans. Ils sont animés par l'ivresse de la découverte car ils seront les premiers à fouler des lieux complètement vierges. Ils partiront le 28 mars prochain à destination de la Sierra Negra, dans la jungle mexicaine. Spéléologues, ils participent à MEXPE 2007, une expédition visant à explorer les entrailles de cet ensemble montagneux qui ressemble à un véritable gruyère.

Recouverts d'une forêt tropicale, les contreforts de la Sierra Negra, situés à 300 kilomètres au sud-est de Mexico, reçoivent de deux à quatre mètres de précipitations chaque année. En traversant cette végétation foisonnante, l'eau de pluie s'acidifie et devient ainsi plus agressive pour dissoudre le calcaire dont est constitué ce massif rocheux de 3250 mètres d'altitude et pour y former des cavités souterraines.

Impressionné par l'immense potentiel géologique de la région de Tepepa, à la frontière des États de Puebla, d'Oaxaca et de Veracruz, l'ingénieur en géologie Marc Tremblay a organisé en décembre 1987 une première expédition québécoise qui a confirmé les espoirs des participants et attisé leur soif de découvertes.

Au cours des années suivantes, des Canadiens, des Français, des Britanniques, des États-Uniens, des Australiens, des Espagnols et aussi des Mexicains ont agrandi l'équipe de MEXPE, qui a poursuivi l'exploration de cet énorme réseau souterrain et a même établi un record.

En effet, le 12 janvier 1988, deux spéléologues québécois attachés à une corde s'élancent dans un immense vide complètement noir. La descente est interminable... Un caillou qu'ils avaient laissé tomber précédemment avait pris 13 secondes avant de percuter contre le fond du gouffre qui fait 329 mètres de profondeur et, de ce fait, est la plus longue verticale souterraine du monde jamais visitée par des humains. «Ce puits souterrain qu'on a baptisé Le P'tit Québec a toutefois perdu son titre quelques années plus tard», précise François Gélinas, qui participera à MEXPE 2007.

«Pour les Indiens de Tepepa, petit hameau isolé et situé à quelques heures de marche d'une route carrossable, nous étions de véritables extraterrestres avec nos combinaisons fluos et nos casques de mineur», poursuit le spéléologue François Gélinas, qui était de l'expédition en 1991. Tandis que les Nahuas, ces descendants des Aztèques, ont rapidement accepté ces étranges gringos, les Mazathèques sont demeurés plus sceptiques au sujet de leurs véritables desseins et les soupçonnent probablement encore de vouloir voler les richesses cachées au fond de ces sombres gouffres.

«D'autant que nous entrons dans les cavernes le jour et en ressortons très tard la nuit. Dans l'esprit de ces Indiens, nous avons donc des choses à cacher», fait remarquer François Gélinas.

Les spéléos — comme on surnomme ces hommes des cavernes — participent à ces expéditions au Mexique pour des raisons diverses. Certains y vont pour le défi sportif que cette «descente aux enfers» permet de vivre! Car l'exploration des cavernes n'est pas de tout repos. Les spéléologues sont appelés à faire des escalades périlleuses, à descendre puis à remonter des puits très profonds, à traverser des rivières souterraines et à se faufiler dans des passages si étroits qu'ils risquent d'y rester coincés.

D'autres spéléos sont mus avant tout par la curiosité scientifique, qui sera comblée par la beauté des formes géologiques et des paysages stalagmitiques, par l'observation d'une faune étrange et particulière ainsi que par la cartographie de ces endroits vierges qu'ils s'appliqueront à effectuer.

Un des doyens de MEXPE, l'informaticien Luc LeBlanc, a mis au point il y a quelques années un logiciel de saisie des données topographiques qui peut être intégré à un ordinateur de poche (assistant numérique personnel), qu'il est possible d'apporter sous terre.

À mesure que sont introduites de nouvelles données, le logiciel affiche le plan topographique de la caverne en temps réel et le met en perspective avec celui des autres grottes environnantes qui ont été préalablement cartographiées. «Ce système oriente l'exploration car il permet de détecter les jonctions possibles entre les différents réseaux souterrains», explique François Gélinas, géographe de formation.

À ce jour, les spéléologues parrainés par la Société québécoise de spéléologie ont mis sur la carte près de 55 kilomètres de galeries et près de 900 mètres de profondeur au sein de la Sierra Negra.

Durant le mois que durera MEXPE 2007, ils espèrent atteindre les 1000 mètres de dénivellation afin de se rapprocher un peu plus du réseau caucasien, qui détient le record du monde avec ses deux kilomètres de profondeur.

Ils tenteront aussi d'atteindre les 70 kilomètres de développement horizontal et de réaliser de nouvelles jonctions entre les différentes cavités.
1 commentaire
  • Rosemarie Séguin - Inscrite 24 mars 2007 11 h 53

    géniale, l'expédition!

    vraiment intéressant!

    au cours d'une petite recherche, j'ai trouvé leur site internet: www.mexpe.org

    il vaut le détour... superbe site qui donne envie du mexique souterrain... héhé... ;)