Le centre du Mexique et le ventre de ses mines

Guanajuato, en langue autochtone tarasque, signifie «endroit entouré de collines en forme de grenouilles». Il est vrai qu'avec un peu d'imagination, on discerne le profil batracien des montagnes entourant la ville, sillonnées autrefois par les seuls Indiens chichimèques. Après la découverte de filons d'argent en 1570, les conquistadors y ont pris racine. De fait, les montages en forme de grenouilles recelaient en leurs flancs des métaux précieux, or et argent, qui forgent depuis plus de quatre siècles le destin de la région.

Inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988, Guanajuato est une des plus jolies villes du Mexique, un brin assoupie, qui brille au coucher de soleil, quand les maisons aux façades colorées accrochées à flanc de montagnes se retrouvent illuminées par une lumière dorée. Drôle de localité, où les rues principales sont souterraines, creusées en voûtes comme des passages médiévaux. Le centre-ville, avec le dédale de ses ruelles entrelacées, son zocalo animé au jardin Union croulant sous les ficus, son vieux théâtre, ses étudiants habillés en troubadours qui chantent la nuit venue, se visite avec délectation.

Oui, le Mexique possède d'autres visages que celui des villes balnéaires champignons, ou même de Mexico, l'étouffante capitale. Au centre du pays, les voyageurs qui goûtent les bains d'histoire et de culture découvrent des villes superbes au climat tempéré, très peu fréquentées par les touristes québécois mais ô combien riches et fascinantes.

D'autant plus que la colonisation du Mexique par les Espagnols, puis son indépendance, se sont jouées beaucoup là-bas, en laissant des traces un peu partout. Les églises mêlent parfois les symboles précolombiens aux figures catholiques, racontant dans leurs autels et leurs façades le choc de deux civilisations. On arpente ces régions pour leur beauté, mais aussi pour consulter la mémoire du pays.

Précisons que Guanajuato abrite également la maison natale de Diego Ribera, transformée en musée à la mémoire du grand muraliste, époux de Frida Kahlo. Une exposition permanente de ses tableaux (moins connus que ses murales, surtout ceux de la période cubiste) mérite qu'on s'y attarde.

La ville est aussi le cadre, au mois d'octobre, du festival international Cervantino. Théâtre, danse et fêtes de rue transforment, à ce qu'on dit, l'endroit en cadre magique et animé où la fantasmagorie devient reine.

À Guanajuato, tout part des mines et nous y ramène. Un mineur autochtone, surnommé El Pipila (la dinde), est un héros national pour avoir incendié la porte de la Alhondiga de Granaditas (ancienne forteresse devenue musée), le 28 septembre 1810, permettant la prise de la ville aux insurgés. Cette bataille décisive contre les maîtres espagnols allait mener à l'indépendance mexicaine.

Aujourd'hui, visiter les mines des alentours en descendant des escaliers abrupts dans le coeur de la roche permet de comprendre à quel point les métaux précieux ont façonné l'histoire du Mexique. La ville dégageait au XVIIIe siècle 20 % de la production mondiale d'argent.

À cinq kilomètres de Guanajuato, dans la mine de la Valenciana, propriété au XVIIIe siècle du richissime comte de Rui, des mineurs d'origine chichimèque nous expliquent à quel point leurs ancêtres furent exploités sous le régime espagnol, presque réduits à l'esclavage dans ces galeries. Ils transportaient des poids énormes à travers les entrailles terrestres, en échange du gîte et du couvert, avec une espérance de vie de moins de trente ans: Les anciennes haciendas des grands propriétaires miniers (surtout celle de San Gabriel de la Barrera, à deux kilomètres du centre-ville), belles, opulentes, racontent la même histoire de pouvoir et d'asservissement.

Si Guanajuato est célèbre pour sa grâce, San Miguel de Allende, à une heure de distance, impressionne par son atmosphère. Autre ville coloniale du XVIe siècle dotée de sites architecturaux remarquables — dont l'église de San Rafael (1564) —, San Miguel constitue un centre d'artisanat à ciel ouvert (trop ostensible dans la vente à tous vents, quand même). Le lieu était baptisé San Miguel de Chichimecas jusqu'en 1826. On lui a adjoint le nom de Don Ignacio de Allende, héros de la guerre d'indépendance.

Le principal mérite de la ville réside dans un rare cachet d'élégance internationale et d'ouverture d'esprit. Depuis 1940, elle attire des artistes, américains et canadiens-anglais pour la plupart, souvent retraités, qu'on croise partout dans les rues. Ceux-ci ont initié des cours de danse, de peinture, d'apprentissage à l'espagnol, à tout ce qu'on voudra, et attiré d'autres visiteurs aux profils sophistiqués.

Des muralistes importants, dont David Siquieros, y ont séjourné et laissé des oeuvres remarquables. Toute une communauté gaie s'est installée à San Miguel de Allende alors qu'ailleurs au Mexique l'homosexualité se révèle plutôt brimée. La ville s'offre une vie de nuit aussi. Bref, les snowbirds à dégaine culturelle en ont fait un nid fort inspirant.

Les férus d'histoire feront d'ailleurs un détour par Dolores Hidalgo (à 45 minutes de San Miguel), ville qui fut le véritable berceau de l'indépendance mexicaine. C'est devant le parvis de son église que le père Miguel Hidalgo lança, le 16 septembre 1810, el grito de dolores, le cri de douleur, appel à l'insurrection contre le pouvoir colonial qui déclencha la révolte.

La quête de l'indépendance, d'abord matée dans le sang, devait s'accomplir en 1821. Dolores Hidalgo est aussi célèbre pour fabriquer les meilleures crèmes glacées du Mexique, avec des saveurs du cru vraiment délicieuses!

Il est fortement recommandé aux visiteurs de posséder des notions d'espagnol au Mexique, particulièrement dans les régions, comme celle du centre, qui ne sont pas grugées par le tourisme de masse.

Le Devoir
2 commentaires
  • Clément Gosselin - Inscrit 20 janvier 2007 09 h 00

    guanajuato

    comment on y accède?

    Clément Gosselin

  • Viviane Blais - Inscrite 27 janvier 2007 15 h 26

    Guanajuato

    Je ne manquerai certainement pas de visiter Guanajuato au mois mai de cette année, ainsi San Miguel et Querétaro, entre autres. À noter toutefois que le peintre auquel vous faites référence s'appelle Rivera et non Ribera (la prononciation est identique en espagnol).