Une p’tite crème de menthe verte avec ça?

Eaux-de-vie, crèmes et liqueurs: de quoi vous étourdir un colibri!
Photo: Jean Aubry Eaux-de-vie, crèmes et liqueurs: de quoi vous étourdir un colibri!

Convenons qu’il n’y a pas que le vin dans la vie. Vrai que l’affirmation apparaît impensable à première vue, mais elle a tout de même le mérite de respecter celles et ceux pour qui il n’y a pas que le vin dans la vie. Surtout en ces temps troubles où il n’y a guère de paix pour la guerre. Que faire alors de ces liqueurs, crèmes de fruits et autres distillats infusés aux essences botaniques variées ? Un « monde parallèle » dont il faut tenir compte, car l’offre est vaste. Une p’tite crème de menthe verte avec ça pour vous convaincre ? « Sirop-t-on » donc quelques spécimens !

Comment résister à cette Crema di Cioccolato Gianduia de chez Sandro Bottega dans la Vénétie (22,55 $ – 500 ml – 11317185) ? Faudrait être vraiment tordu pour lever le nez sur ce velouté d’essence de chocolat-noisette dont le gras de flaveurs trouve ici, avec l’ajout d’une part de grappa, de quoi rebondir sagement mais aussi chaleureusement en bouche en raison de ses 17 % d’alcool par volume. Une tradition de l’Italie septentrionale où gourmandise et raffinement font bon ménage, surtout si cette crème chocolatée est servie bien froide accompagnée d’une part de tiramisu. ★★★

Baptisée celle-là avec un trait de whiskey irlandais, la crème fraîche des vaches visiblement heureuses du comté de Cork, dans le sud de la luxuriante Irlande, trouve, avec le Single Batch Irish Cream Liquor de Five Farms (39,75 $ – 14208523), un de ces plaisirs coupables à vous faire disparaître avec le flacon lors d’une soirée entre amis pour aller le siroter seul dans une autre pièce. Pur égoïsme peut-être, mais pas besoin de ruminer longtemps comme un bovidé pour s’amouracher de l’onctuosité sereine de cette crème caramel au beurre à vous dilater le trayon ! Glace vanille ? ★★★★

Elle arrive tout juste sur le marché tout en n’ayant rien à voir avec celle que ma tante Huguette servait à ses invités de passage au Carnaval de Québec en 1961. Ici, menthe et petit thé des bois du Québec se combinent dans une version où la douceur peine à équilibrer le caractère des deux ingrédients, que l’on aurait souhaité plus mordant, plus tonique sur le plan de la fraîcheur. De quoi dérouter ma tante Huguette, qui aimait bien marier sa p’tite crème de menthe verte avec un morceau de chocolat Laura Secord. La Mentherie, Menthe et petit thé des bois du Québec, Spiritueux Ungava (35,25 $ – 14682946 – ★★ 1/2).

L’Alsace est le berceau des meilleurs distillats de fruits de la planète, qu’ils soient sous forme d’eaux-de-vie (minimum de 40 % alc./vol.), de liqueurs (teneur en sucre minimale de 100 grammes par litre et un taux d’alcool compris entre 15 et 55 % alc./vol.), ou de crèmes (liqueurs qui ont plus de 250 grammes de sucre par litre, mais moins d’alcool que les liqueurs). La maison G.E. Massenez en propose une batterie à vous étourdir un colibri. Mise au point en 1870 avec des distillats dont les plus jeunes ont huit ans, la liqueur de Poire Williams Golden 8 (63 $ – 13631151) joue d’équilibre entre la tension mesurée de l’alcool (ici à 25 %/vol.) et la douceur fine évoquant les notes pâtissières de vanille et de caramel, le tout caressant le palais sans la moindre lourdeur. La finale fait longuement rêver. À servir sur glaçons ou en cocktail. ★★★★

Un doigt de la crème de framboise de cette maison G.E. Massenez (31,25 $ – 12721497) sur le bout de la langue ou dans votre flûte de champagne et voilà la délicatesse suprême du petit fruit rouge en question qui ouvre une voie royale à vos petits moments de décadence assumés. On y croque le fruit à s’y méprendre, tant le crémeux emporte, captant l’intensité fruitée sous une douceur qui n’altère en rien la dynamique… du péché. L’art de croquer les beaux jours de juillet à même son verre. ★★★ 1/2

Et il y a, avec la liqueur de fruits Saronia de la distillerie québécoise Stadaconé (47,50 $ – 14810848), de grandes possibilités de cocktails bénéficiant des essences de rose, de fraise et d’aronia (baies d’un arbuste rustique d’ici) pour enflammer l’imagination. Un nectar original pour ses flaveurs, enrobé, chaleureux et vivant sur la finale. ★★ 1/2

Cocktail spritz Golden Eight élaboré avec la Poire Williams Golden 8 de la maison G.E. Massenez (63 $ – 13631151)

Dans un verre piscine, déposer des glaçons et verser :

  • 4 cl de Poire Williams Golden 8
  • 3 cl de jus de canneberge
  • 1 trait d’eau gazeuse
  • Allonger de crémant d’Alsace
  • Pour la touche finale, ajouter une tranche d’orange
Jean Aubry

À grappiller pendant qu’il en reste!

Brolo Campofiorin « Oro » 2017, Masi, Vénétie, Italie (26,40 $ – 11836364). Le cépage autochtone oseleta « assaisonne » cette cuvée en complément des autres corvinas et rondinellas soumis à la dessiccation pour en concentrer les flaveurs. Pour dire les choses simplement, cette cuvée ample et parfumée offre à ce prix une aventure profonde, balisée par des chemins de traverse multiples, dégageant des perspectives habituellement proposées par des cuvées plus onéreuses. On pense rapidement à un vin rouge de la région des Graves, près de Bordeaux, par son caractère fumé, un rien minéral, mais ici plus épicé et chaleureux. À découvrir, si ce n’est déjà fait. (5) ★★★ 1/2 ©

Syrah 2019 « The Barnstormer », Alpha-Domus, Nouvelle-Zélande (26,55 $ – 13353251). Gracieuse, svelte et élancée, fraîche, suave et fort bien habillée, voilà qui ouvre déjà quelque perspective de perception pour une syrah, certes peu concentrée, mais d’un contact direct qui demeure courtois. Le fruité y est précis, avec ce petit côté tapenade un rien fumé à la clef. On y revient pour terminer rapidement la bouteille. (5) ★★★ 1/2 ©

1921, Garnacha 2018, Bodega Las Cepas, Rioja, Espagne (26,80 $ – 14013339). Essentiellement composée des fruits issus de pieds de grenache noir centenaires complantés, cette cuvée raconte une histoire du siècle passé dans un contexte contemporain de vinification. Robe dense, profonde et soutenue, arômes fumés et chocolatés où la mûre et la cerise tapissent un palais velouté, chaleureux, mais de grande fraîcheur. Une originalité à découvrir sur un osso buco, par exemple. (5+) ★★★ ©

Contino Reserva 2017, Rioja, Espagne (29,50 $ – 12347159). La patine du temps se fait ici sentir, rehaussée par un séjour en fût qui en affûte l’esprit tout en assagissant une trame fine et veloutée de tanins. Le fruité de prune y émerge pour mieux s’intégrer aux notes de cèdre, d’épices et de réglisse qu’une finale longue et bien fraîche vient habilement circonscrire. (5+) ★★★ 1/2 ©

Riesling « Les jardins » 2019, Domaine Ostertag, Alsace, France (31,25 $ – 11459984). Il me semble y avoir une dimension supplémentaire dans ce millésime 2019, un éclat, une sève mellifère et balsamique, mais, surtout, une onctuosité pleine et entière qui enveloppe pleinement, sereinement, le palais. Il faut l’attendre et replonger, car il y a bien plus. Mille autres subtiles informations jaillissent, comme si ce grand sec traité selon le principe biodynamique vibrait à l’image d’un bâton de sourcier au-dessus d’un point d’eau souterrain à découvrir. Quel beau vin, Madame, Monsieur ! (5) ★★★★ ©

Viré-Clessé « Les Vercherres » Vieilles Vignes 2020, Rijckaert, Bourgogne, France (33 $ – 12598011). Ce « beaujolais blanc du Nord » partage ce même grain de folie savoureux que les chardonnays de ce même beaujolais plus au sud, mais avec une expression plus sapide et moins riche, plus minérale en quelque sorte, en raison des argiles reposant ici sur un socle calcaire. Un blanc sec qui ne manque ni d’éclat ni de précision, à la fois vivant et articulé, subtilement infusé sous sa fermentation en fût qui ajoute ses nuances grillées et légèrement beurrée. Superbe bouteille, hélas en quantités trop limitées. (5+) ★★★ 1/2 ©

Morgon 2020, M. & C. Lapierre, Beaujolais, France (39,75 $ – 11305344). Avertissement : les vins de ce domaine emblématique disparaissent rapidement des tablettes. Donc, oeil de lynx et bons réflexes exigés. Je vous en cause tout de même, car on entre chez les Lapierre comme on entre en religion, avec ferveur, mais sans les dogmes asservissants qui plombent toute initiative personnelle. Voilà un gamay d’une grande liberté, qui souffle dans la voilure pour mieux gonfler l’émotion reliée au plaisir de boire bon, très bon même. Ce 2020 est un poème, ouvert sur le floral (pivoine) et sur le fruité (cerise), avec une sapidité saine, joyeuse et débridée qui vous bousille tout réflexe de laisser la bouteille pleine après boire. Finesse et intégrité d’ensemble, mais aussi cette « complexité dans la simplicité » qui fait le grand vin. Chapeau, l’artiste ! (5+) ★★★★ ©

Le Serre Nuove dell’Ornellaia 2019, Bolgheri, Toscane, Italie (73,75 $ – 14771535). Avec le dernier millésime de la grande cuvée Ornellaia présentée récemment à la presse spécialisée mondiale par visioconférence interposée, nous voilà devant un événement mondain où la haute couture vin est à l’honneur. Je ne puis, hélas, vous entretenir de l’Ornellaia en question, car l’échantillon prévu ne s’est jamais acheminé jusque dans l’écrin de mon verre, mais je vous parle de ce « second », qui n’est certes pas piqué des hannetons. Encépagement bordelais classique et savoir-faire éprouvé du vinificateur Axel Heinz dans cet esprit maîtrisé et palpable inspiré du consultant bordelais Michel Rolland. Ce qui étonne toujours ici réside à la fois dans cette fraîcheur des terroirs de Bolgheri et dans la sève riche, ample, toujours civilisée malgré la corpulence de l’ensemble. Rien de trop appuyé cependant, avec ce fondu fruité bien serré autour de tanins boisés fort bien harmonisés à l’ensemble. Grande table pour de beaux rêves ! (5+) ★★★★ ©

Jean Aubry


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