L’univers graphique de Benoit Tardif

Il y a un côté bon enfant, ludique et bon vivant chez Benoit Tardif.
Photo: Benoit Tardif Il y a un côté bon enfant, ludique et bon vivant chez Benoit Tardif.

Il ne vous viendrait pas à l’idée d’acheter une bouteille de vin dont l’habillage vous serait en tout point rébarbatif. Fureteur et baladeur, votre œil déclenche déjà une mécanique subtile où l’émotion foule aux pieds la raison pour mieux ouvrir les vannes d’une salivation commandée au niveau de votre tronc cérébral et exécutée par un système nerveux parasympathique que vous trouvez vous-même sympathique sans même savoir pourquoi. Bref, acheter un vin, c’est déjà le déguster du cerveau.

Ilustrateur depuis une dizaine d’années, le Québécois Benoit Tardif est également directeur artistique et copropriétaire des Éditions de Ta Mère, où il signe la plupart des couvertures de livres. Au fil des années, il a travaillé pour le New York Times, le Dogwood Coffee, The Walrus, Blue Q, Paperole mais aussi, plus particulièrement dans le monde du vin et du cidre, pour le compte de Club de Jus, Garneau Block, Oenopole, Hobo Wine Co., Cidrerie au Pied de Cochon, Vin Mon Lapin ou encore Bar à vin Liège. Le Devoir l’interrogeait cette semaine sur son métier.

Qu’est-ce qui amène un illustrateur à s’intéresser à l’habillage d’une étiquette de vin ? Faut-il soi-même être amateur de vin ?

J’aime beaucoup le vin, mais je ne suis pas un connaisseur. Je suis un grand gourmand et un grand curieux. Je crois que mes illustrations respirent la joie de vivre. Le côté « bon vivant » de mon travail m’a amené à travailler avec des restaurants comme Joe Beef, ce qui m’a apporté beaucoup de nouveaux clients dans le monde de la restauration et du vin. Depuis quelques années, j’illustre des articles pour Noble Rot Magazine. J’ai appris beaucoup de choses sur le vin en lisant les articles que je devais illustrer.

Quels sont les angles, les paramètres, qui définissent une étiquette de vin efficace ?

Je ne prétends pas connaître la formule magique. Pour ma part, en tant que consommateur, j’aime quand le vigneron fait le choix de mettre en avant le travail d’un artiste. C’est peut-être stupide, mais je me dis que, si j’ai les mêmes goûts que lui en matière d’arts visuels, les chances sont bonnes pour que j’aime son vin. Ça marche très souvent ! Les vins que je choisis pour leur étiquette sont souvent à mon goût.

Y a-t-il une petite révolution en matière d’habillage des bouteilles de vin dans l’industrie depuis quelques années ? Et, si oui, quelles en sont les incidences sur le consommateur ? 

Oui, effectivement. Il y a de plus en plus de bouteilles extrêmement intéressantes. Je trouve que l’illustration a le vent dans les voiles. On engage de plus en plus les illustrateurs pour toutes sortes de projets. Je fais également beaucoup de couvertures de livres pour les Éditions de Ta Mère où, il y a dix ans, nous étions à peu près les seuls à avoir des couvertures de livre illustrées au Québec. Maintenant, il y en a beaucoup plus. Je crois qu’on peut observer le même phénomène dans le monde du vin, du cidre et de la bière. Ça décoince, en plus, l’image du vin, lequel pouvait paraître un peu snob à mes yeux.

À grappiller pendant qu’il en reste!

El Enemigo 2019, Chardonnay, Mendoza, Argentine (24,20 $ – 14504699). La (trop ?) lourde bouteille annonce un blanc sec qui offre tout son poids en matière de fruité. Car il est ici substantiel, mais aussi parfaitement intégré aux nuances que nous offre une fermentation en barrique fort habile, avec ses notes grillées et de noix de coco râpée, de citron et de pêche au sirop. Bref, un chardonnay vivant, un rien exotique, fruit du tandem Adrianna Catena et Alejandro Vigil. (5) ★★★

Rosso di Montalcino 2019, Il Poggione, Toscane, Italie (27,30 $ – 12921974). Je connais cette maison depuis plus de quatre décennies et suis toujours un adepte inconditionnel du style, axé sur la profondeur de fruit, même au niveau de ce « second » qui rivalise haut la main avec d’autres chiantis plus prestigieux. La robe est riche et pleine, avec une touche évolutive. Les arômes de prune, de cerise, de cuir sont annonciateurs de saveurs élégantes, soutenues en tanins mûrs, mais aussi pourvus de finesse, alors que la finale s’annonce cohérente, longue, particulièrement racée. Bref, à ce prix, un beau morceau de sangiovese. (5+) ★★★ 1/2 ©

Tête-à-Tête 2012, Domaine de la Terre Rouge, Californie, États-Unis (29,20 $ – 10745989). Dix ans et toutes ses dents. Après un 2011 à point lors de sa mise en marché (mais avec quelques problèmes de bouchons « séchés »), voilà un 2012 qui, me semble-t-il, offre encore son fruité de jeunesse, mais agréablement fondu à la sève parfaitement intégrée de l’ensemble. Un trio rhodanien de cépage qui n’a rien à envier aux célèbres crus locaux, à la différence qu’il offre ce petit quelque chose de plus, ce grain de magie californien ici rendu avec tout le savoir-faire de Bill Easton, dans cet esprit de fraîcheur et d’harmonie digne des beaux flacons. À ce prix, aucune hésitation possible, surtout si quelques ragoûts fumants sont au programme. (5) ★★★ 1/2 ©

Barbera D’Alba « Tre Vigne » 2019, Vietti, Piémont, Italie (32,75 $ – 13826291). Le style s’inscrit entre la tradition et une approche plus moderne, avec une acuité de fruit et de terroir bien sentie. La barbera possède une bonne dose de panache, beaucoup de poids et de substance, le tout dynamisé par une belle amertume et des notes animales sur la longue finale. Le passer en carafe deux bonnes heures avant les cannellonis. (5+) ★★★ ©

Saumur 2020 « Collection RéZin », Château Yvonne, Loire, France (32,75 $ – 10689665). Les millésimes se suivent, les chenins de Mathieu Vallée demeurent, brillants, évocateurs, intègres, organiques et d’une saine vitalité. Un blanc sec bio découpé au scalpel pour sa précision, avec ses quartiers de citron Meyer et de poire révélés sous la lame tranchante d’une mandoline affûtée. Tout simplement bon, mais qui régale, surtout, sur un bar rayé au fenouil en papillotes. (5+) ★★★ 1/2

Domaine de la Taille aux Loups « Clos Michet » 2019, Montlouis sur Loire, Loire, France (37,50 $ – 12025281). L’arrivée de tels chenins, particulièrement ceux issus du Clos Michet, me procure toujours un petit frisson de grâce, surtout si la famille Blot en est l’instigatrice. Il y a ici du volume, une générosité de sève, mais surtout une acuité, un éclat, une transparence que vient rehausser un enrichissement sur lies fines et un élevage approprié. Foin coupé, coing confit, poire, citron Meyer, le tout fusionne à merveille sur une finale longue et bien maîtrisée. (5+) ★★★ 1/2 ©

Pinot Noir 2020, Hamilton Russell Vineyards, Hemel-en-AArde Valley, Afrique du Sud (57,25 $ – 11155737). L’expression fine et soutenue de ce pinot noir n’a rien, mais absolument rien à voir avec celle rencontrée aux États-Unis (Californie ou Oregon) ou en Bourgogne. Peut-être un rapprochement avec son cousin de Prince Edward County, et encore. Toujours est-il que, oui, c’est fin, et précis, avec ce dégagement subtil lié au terroir qui en personnalise le fruit tout en conférant ces nuances de roses fanées soutenues rencontrées dans les grands nebbiolo piémontais. L’ensemble demeure élégant, tout en fraîcheur, longuement épicé en finale. Pas donné, cependant. (5+) ★★★ 1/2 ©


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans

(5+) se conserve plus de cinq ans

(10+) se conserve dix ans ou plus

© devrait séjourner en carafe

★ appréciation en cinq étoiles



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