Quand on n’a que l’Amour...

L’erreur du débutant consiste à vouloir payer le gros prix pour un vin ou un alcool qui ratera sa cible auprès de l’être aimé.
Photo: Jean Aubry L’erreur du débutant consiste à vouloir payer le gros prix pour un vin ou un alcool qui ratera sa cible auprès de l’être aimé.

Quand on n’a que l’Amour (air connu) avec un grand « A », eh bien… on le partage. Saint-Valentin ou pas. L’amour du bon vin va dans le même sens. Il n’est rien cependant s’il n’est pas partagé. Encore faut-il s’intéresser aux goûts de l’autre pour en magnifier la portée. Car oui, il serait trop facile d’imposer en quelque sorte ses propres goûts (et se faire plaisir au passage) alors que l’autre n’y est pas nécessairement sensible. Comment faire, alors ?

L’erreur du débutant consiste à vouloir payer le gros prix pour un vin ou un alcool qui ratera sa cible auprès de l’être aimé. « Je veux mettre entre 100 $ et 150 $ pour un cadeau, avez-vous quelque chose à me suggérer ? » Vous avez déjà entendu la rengaine. Moi aussi. Le montant payé sera toujours trop cher déboursé si, par exemple, vous suggérez un barolo à une personne qui ultimement déteste le nebbiolo alors qu’elle tangue pour les rondeurs sensuelles d’un merlot. Encore faut-il savoir que la personne choisie aime le merlot. S’il s’avérait que oui, lequel ?

Vous passerez outre les trois premiers vins du Château Angélus, soit les Angélus 2015 (790,50 $), Carillon d’Angélus 2016 (215 $) et N°3 d’Angélus 2018 (67,50 $) et opterez pour ce Tempo 2019 d’Angélus à 39,75 $ (14861362), un bordeaux ample et puissant de sève, torréfié, boisé et épicé d’expression, rondement mené sur le plan de la texture et de la longueur d’ensemble. Ne reste que le gigot d’agneau pour adouber le tout et régaler le valentin ou la valentine. (5) © ★★★

Peu lui chaut de même tous ces chenins blancs, malagousia, grüner veltliner et autres hárslevelű trop compliqués à décrire ou à boire car sa référence à elle, c’est, bien sûr, le… chardonnay. Pas de chablis (trop intense et minéral), plutôt la tendre accolade d’un bourgogne régional qui a de la gueule tout en sachant se faire aimer.

La maison familiale Roux Père & Fils du côté de Saint-Aubin en propose une version 2020 (22,85 $ – 14143230) de belle ampleur, au goût de châtaigne et de champignon de Paris, dotée d’une fraîcheur qui en ajuste les contours et en prolonge la finale. Un blanc de texture qui s’accommodera d’une volaille à la crème et aux morilles ou de ris de veau sautés. (5) © ★★★

Il existe des gens qui n’aiment pas les bulles. Ils ont l’impression de perdre à la fois l’équilibre et la tête, tout en se ménageant une petite gêne pour ces éructations dignes des plus glorieux borborygmes, ce qui, lors d’un baiser, même du bout des lèvres, contrevient à la bienséance la plus élémentaire.

Pour les autres qui vivent dangereusement, vous pourriez faire sauter le liège de cette Grande Cuvée Rosé Hungaria (13,05 $ – 12397130) fermentée en bouteille (eh oui !) au goût simple et fruité de pinot noir, passablement dosé, certes, mais pourvu d’équilibre (5) ★★ 1/2.

Ou encore vous saisir de plus d’une bouteille de ce remarquable Cava Coquet 2015 de Mestres (25,95 $ – 13944529 – prévente en ligne à compter du 11 février) au fruité mûr enrichi d’un long séjour sur lattes qui ajoute à la profondeur. Un mousseux de haute tenue, à prix très amical, qui trouvera preneur à table sur une salade de calmars et de quinoa, par exemple. (5) ★★★ 1/2

Les irréductibles exigeront leur champagne ! Ce Cœur des Bars blanc de noirs brut, Veuve A. Devaux (53,50 $ – 14202543) sera un coup de cœur par sa large sève sur une tourte aux légumes, un spaghetti carbonara ou une tranche de jambon au jus tout comme sur un chausson aux pommes maison peu sucré au dessert. Bouquet ample, riche et plein avec des nuances de pomme compotée, de grillé et de crème brûlée, le tout généreusement dosé, mais parfaitement équilibré. (5) ★★★ 1/2

L’amour n’a pas de prix ? L’artiste Julien Colombier en décline l’essence sur trois éditions limitées du cognac Hennessy, dont ce multidimensionnel X.O. (325,50 $ – 11456863) satiné et moelleux, nourri de ces silences évocateurs d’eaux-de-vie dont les plus anciennes distillent quelque trois décennies de discrètes confidences. Un cognac sophistiqué, hors dimension, gros comme un cœur amoureux. ★★★★ 1/2

À grappiller pendant qu’il en reste!

Château Melin 2014, Cadillac Côtes de Bordeaux, Bordeaux, France (21,95 $ – 13989161). Le bon petit bordeaux de comptoir prêt à boire, sur une bavette-frites grillée ou pour simplement parler de tout sauf de la COVID-19. Une base de merlot finement granuleux de texture, frais et fondu, avec de jolies notes animales, de sous-bois, de cèdre et de tabac frais. (5) ★★ 1/2

Crémant du Jura Prestige, Domaine Grand, Jura, France (28,15 $ – 13408734). D’exceptionnels chardonnays composent ici la trame fruitée de fond de ce mousseux nourri à même la passion du tandem Nathalie et Emmanuel Grand. Bulles fines et abondantes, mais c’est surtout ce crémeux de bouche, fruit d’une savante autolyse qui ouvre en profondeur, sur fond de poire pochée, de brioche chaude et de citron Meyer. Un crémant généreux à savourer à table sur un comté ou autre coq aux morilles. (5) ★★★ 1/2

Refugio 2020, pinot noir, Montsecano, Vallée de la Casablanca, Chili (27,50 $ – 12184839). Fougue et caractère, surtout une extraordinaire lisibilité fruitée et épicée qui déborde ici bien au-delà de votre verre de vin. Serions-nous dans le « métaverre » ? Il faudra rédiger une chronique au complet sur le sujet. Je vous tiens au courant. J’aime personnellement cette approche en matière de pinot noir, la sève y est intense et soutenue, très fraîche et saline, pourvue de tanins mûrs et juteux qui étirent une finale éclatante. Un sandwich au porc fumé effiloché vous fera écluser le flacon en moins de deux. Je vous aurai prévenu. (5) ★★★

Arcese 2020, Bera Vittorio E Figli, Piémont, Italie (29,35 $ – 14039301). Cette petite bombe aromatique fruitée à base de sauvignon, de cortese, de vermentino et d’arneis a tout pour faire vibrer ces coeurs de tourtereaux qui auraient trouvé l’âme soeur. Un vin nature à peine frisant (légèrement carbonique), ample et empreint d’une pointe de douceur résiduelle, dans ce style enjoué et épuré des blancs d’Asti, mais avec nettement moins de CO2 à la clé. Un vin très original (apéritif ou dessert) qui sera du plus bel effet sur une croustade aux pommes ou un nougat glacé. (5) ★★★ 1/2

Saint-Joseph blanc 2020, Pierre Gaillard, Rhône, France (42,50 $ – 14861995). Des roussannes comme celle-ci nous donnent l’impression de savourer un grand meursault avec ce petit quelque chose de plus coquin, de plus bucolique, de plus gracieux. Pierre Gaillard en assume ici une version tendre, presque voluptueuse, en raison d’une acidité en retrait et d’un moelleux conquérant, déclinant des nuances abricotées, miellées et de massepain relevé d’une pointe de safran. Bref, finesse, charme, texture et longueur. Grand blanc de gastronomie. (5+) © ★★★★

 

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