Déconfinons le rosé!

Saumonée, abricotée, pêche ou cerise: des nuances quatre saisons
Photo: Jean Aubry Saumonée, abricotée, pêche ou cerise: des nuances quatre saisons

Le retour des bernaches annonce invariablement la saison du rosé. Et leur départ remet à l’heure les pendules de la blancheur annoncée. Le métronome humain s’en accommode, dans cette espèce de bizarrerie incompréhensible consistant à lui interdire l’accès aux autres saisons. Si je vous comprends bien, vous êtes programmé pour du vin blanc au printemps, du rosé en été, de l’orange en automne et du rouge en hiver ? Un code de couleurs du déconfinement s’impose !

J’ai passé en revue une vingtaine de candidats, soit issus de pressurage direct — couleur diffusée par l’action du pressoir sur les peaux qui en infusent la robe — ou de la méthode dite « de saignée », consistant à permettre au jus des baies de se rosir au contact des peaux en cuve pendant quelque temps pour être ensuite décuvé selon la nuance désirée. Ma définition du bon rosé ? Netteté, personnalité, fraîcheur, légèreté et haute buvabilité. Et merci aux bernaches pour leur soutien logistique !

Cazal Viel 2020, Sud de France, France (12,70 $ – 10510354). Pas cher, mais pas pire ! Clarté, vitalité et joli fruité (orange sanguine), surtout, un petit bonheur à boire. (5) ★★ 1/2

Le Petit Gascoûn 2020, les Frères Laffitte, Côtes de Gascogne, France (14,45 $ – 14681388). Touche de melon/rhubarbe sur ensemble frais et friand. (5) ★★

Cherub 2020, Montes, Colchagua, Chili (14,95 $ – 14676191). Un rosé rassembleur où la syrah se fait belle, fraîche et ronde avec ses notes balsamiques fines. (5) ★★ 1/2

Piedra Negra 2020, François Lurton, Argentine (15 $ – 13964503 – bio). Un pinot gris bien maîtrisé, vivant et substantiel, au goût de pêche épicée. Une belle leçon de rosé ! (5) © ★★★

Le Pive 2020, Sable de Camargues, France (15,80 $ – 11372766 – bio). Une folle envie de bord de mer avec des embruns dans l’toupet et un fruité net, iodé, suave et de haute palatabilité dans le verre ! (5) ★★ 1/2

Gabrielle 2020, IGP Québec (15,75 $ – 10817090). On mord dans ce rosé au goût de fraise/groseille avec cette sensation de soif inassouvie. Bien joué ! (5) ★★ 1/2

Sangiovese rosé 2020, The Y Series, Yalumba, Australie (15,95 $ – 14676554). La cuisine thaïe se régalera de ce rosé généreux, plein, vivace où subsiste une pointe de douceur. (5) © ★★ 1/2

L’Orpailleur rosé 2020, Québec (16,45 $ – 14721950).Voilà un gamin en vacances, à la fois turbulent et attachant, croquant dans un été au goût du pays. Et original avec ça ! (5) ★★ 1/2

Villa d’Orta Rosato 2020, Somontano, Espagne (16,95 $ – 13211851 – bio). Caractère, richesse, vigueur et vinosité à défaut d’élégance. (5) ★★ 1/2

Planeta 2020, Sicile, Italie (16,95 $ – 12818361). Apéritif percutant sur la bruschetta en raison de son mordant, de sa personnalité et de sa haute sapidité. (5) ★★ 1/2

Centovie 2020, Umano Ronchi, Abbruzes, Italie (18,95 $ – 14676079 – bio). Bouche friande, simple et tonique au goût de canneberge. Finale saline. (5) ★★ 1/2

Le Loup blanc « Le régal du loup » 2020, Minervois, France (20,35 $ – 12883429 – bio). Alain Rochard persiste et signe avec franchise et conviction pour un rosé qui ne manque ni de caractère ni de dimension. À table ! (5) ★★★

Vin gris de Cigare 2020, Bonny Doon Vineyard, États-Unis (22,95 $ – 10262979). Des grenaches (noirs et gris) vinifiés avec précision, déclinant une bouche vineuse et épicée, équilibrée en fraîcheur. Sur un tajine, un couscous, des plats libanais ou, pourquoi pas, une bonne poutine de Warwick ! (5) © ★★★

Domaine Lafond « Roc-Épine » 2019, Tavel, France (23,45 $ – 13963762 – bio). Robe cerise/corail avec, derrière, présence et volume fruité/épicé, sève et plénitude. Grillades et ratatouille ! (5+) © ★★★

Château Vignelaure 2020, Coteaux d’Aix-en-Provence, France (25,90 $ – 12374149 – bio). Avec le Pétale de rose de Régine Sumeire (21,35 $ – 425496 – bio), parmi mes rosés préférés ! Détail et expression fine, élégance, dynamisme et suavité de bouche exquise. Rosé de gastronomie. (5) ★★★ 1/2

Marsannay Rosé 2020 « Le Centenaire », Bruno Clair, Bourgogne, France (36 $ – 10916485). Un pinot noir glorieux, sphérique et détaillé, au goût franc de fraise des bois et de zeste d’orange, superposant les épaisseurs avec finesse et longueur. Un bijou ! (5+) © ★★★ 1/2

 

À grappiller pendant qu’il en reste!

Studio blanc 2020 By Miraval, VDP, France (17,45 $ – 14729134). Méditerranéen, tout simplement. Mais aussi simplement rafraîchissant. Telle est cette cuvée à base de rolle (le vermentino local) qui sent l’huître venir lui chatouiller l’entrée de bouche par sa salinité et cet éclat solaire des beaux jours. Un blanc sec, net, léger, bien vinifié, pas compliqué. (5) ★★1/2

DMZ 2019, De Morgenzon, Afrique du Sud (18,15 $ – 12986621). J’aime le style, voire la précision, qu’offre ce chardonnay qui, s’il ne bombe pas le torse, joue discrètement de vitalité, de tension, avec un profil élancé, non boisé. Haute digestibilité ! (5) ★★1/2

Blaufränkisch 2019, Weingut Krutzler, Autriche (21,65 $ – 12411042). Le blaufränkisch possède cette capacité de livrer une solide mâche fruitée livrée sans toutefois forcer la note sur le plan de la structure. Une impression à la fois de corps — ici, moyen — combiné à une densité manifeste qui régale par sa légèreté. Celui-ci ne fait pas exception. Joli mordant pour mordre dans la vie… et la rondelle de saucisson ! (5) ★★1/2

Les Galets 2019, Château de la Bonnelière, Chinon, Loire, France (22,50 $ – 14044240). Un bio bien habillé dans son taffetas bien étoffé, juste assez rafraîchissant sur le plan de la buvabilité sans pour autant nuire à la densité de l’ensemble. Un cabernet franc bien frais et franc de goût, suffisamment corsé pour s’associer à une belle bavette grillée. (5) © ★★★

Muni Bianco Veneto 2019, Daniele Piccinin, Vénétie, Italie (23,55 $ – 14491091). Ce blanc sec nature a l’effet d’une pointe de flèche visant le coeur d’un brugnon déposé sur la tête d’un individu qui, visiblement, ne s’en fait pas pour sa vie ! Car cet assemblage où le chardonnay domine (complété de durella et de pinot grigio) vise juste, avec célérité, tension et précision. C’est léger, intense, vibrant et salivant en raison de sa touche iodée. Voilà une belle maison que je ne connaissais pas. Petits coquillages ? (5) © ★★★

Poggio ai Ginepri 2019, Tenuta Argentiera, Toscane, Italie (23,80 $ – 11161299). Vrai que le cabernet sauvignon trouve du côté de Borgheri cette expression fraîche, détaillée et élégante des climats bien ventilés, à l’image des bordeaux dont il possède le même assemblage en complément de la syrah. Il préserve ici (à hauteur de 50 % de ce même assemblage) ce caractère cassis-végétal-fumé typique de jeunes vignes complété d’une réelle fraîcheur qui renforce la trame tannique. Un beau rouge de caractère, cadré avec conviction et franchise. (5) © ★★★

Chamodère 2019, Domaine de Chamodère, Régnié, Beaujolais, France (25,45 $ – 14332276). Le « bonjolais » n’est pas loin. Je pense même que ce bio de bonjolais coule de source fruitée, sans le moindre effort, comme si sa sève florale mais surtout son éclat fruité de cerise bigarreau Napoléon parfumaient le tout avec une réelle délicatesse de texture. L’apport boisé est subtil et confère à l’assemblage une dimension supplémentaire. Volaille, charcuterie… qui dit mieux ? (5) ★★★



Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
© devrait séjourner en carafe


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