Des nouvelles du Rhône en temps de pandémie

Outre le plan humain, l’activité touristique et économique a aussi été perturbée.
Photo: Facebook Domaine&Château Pégau Outre le plan humain, l’activité touristique et économique a aussi été perturbée.

Temps de lecture, avec un verre de châteauneuf-du-pape 2015 du Domaine du Pégau (117,50 $ – 12966785 – (10+) ★★★★ ©, à peine rafraîchi en carafe : 2 minutes 23 secondes.

Laurence Feraud n’est pas du genre à se laisser abattre, surtout lorsque l’on gère quelque 72 hectares de vignoble dans le Rhône, dont 23 en appellation Châteauneuf-du-Pape. Celles et ceux qui la côtoient lui reconnaissent une énergie à clouer le bec à n’importe quel virus qui croiserait son chemin. Mais voilà, à l’instar de ses collègues, elle a dû faire des choix, pas toujours faciles pour faire face à la pandémie actuelle.

« Lorsque nous avons rapidement appris que les agriculteurs ne seraient pas indemnisés, j’ai fait comprendre aux membres de mon équipe que, s’ils ne se rendaient pas au travail, il n’y aurait aucun salaire. Je les avais appelés individuellement pour mettre à leur disposition un véhicule par personne, des masques (envoyés par mes clients chinois) et du gel fabriqué maison (à cause de la pénurie) en les faisant travailler en plein air dans des parcelles séparées. »

Il semble difficile d’imaginer que le stress soit palpable jusque dans ce beau coin de pays. Et pourtant il l’est, confirme la femme d’affaires. « Après 10 jours, on a commencé à former des binômes. La peur était redescendue, le temps avait fait ses preuves et mes gens avaient besoin de se retrouver. Nous avons, sans changement fondamental, poursuivi nos travaux viticoles. »

La nature, à cet égard, fut un guide, le printemps rappelant les belles choses que cette dernière peut offrir, poursuit Laurence Feraud. « Les parfums de la garrigue, les jeunets, les coquelicots, la vigne en fleurs et une récolte prometteuse. Le mois de juillet a été très chaud avec des nuits un peu plus fraîches que de coutume, ce qui laisse prévoir de belles acidités. »

Mieux, le raisin a passé la véraison et la récolte reste toujours généreuse, assure-t-elle. Non sans prudence. « Nous ne pouvons pas nous réjouir tant que la récolte n’est pas à l’abri en cave de vinification. »

Outre le plan humain, l’activité touristique et économique a aussi été perturbée. « Ma fille Justine est arrivée au domaine Pégau pour me seconder dans notre activité à l’export. Nous vendons 96 % à l’étranger et, depuis 32 ans, je parcourais le monde seule. J’étais enfin soulagée d’avoir la relève ! » Mais l’entièreté de leur programme États-Unis–Canada de mai 2020 a été annulée. Le dernier événement fut le salon Wine Paris en février dernier.

« Nous pensions nous rendre dans beaucoup de pays pour présenter nos vins, instruire, éduquer, partager notre passion avec les professionnels, les amateurs, les amoureux du vin, raconte Mme Feraud. Sur le plan humain, les relations, les contacts avec le public et les amis me manquent. Les touristes arrivent dans la région depuis le 10 juillet. Ce sont principalement des Belges, des Allemands, des Suisses. Le fait est que notre région, Provence-Alpes-Côte d’Azur, passe en zone rouge, alors que nous étions les plus épargnés de France. Les commerces, restaurants et caveaux de vente de vins sont ouverts. Ils essaient de rattraper le manque à gagner des mois de confinement. »

Malheureusement, les gens, les touristes, le soleil, l’été, les vacances… tout cela fait oublier les gestes barrières, note-t-elle. « Je pense que septembre sera le verdict d’une situation économique proche de la catastrophe. »

Comme ici, au Québec, le recrutement du personnel pour les vendanges s’annonce déjà difficile. « Nous aurons besoin de main-d’œuvre pour la cueillette manuelle. Habituellement, nous avons des Espagnols, des Polonais, des Marocains, des Tchèques. Les frontières sont plus ou moins fermées. Cette année, nous comptons sur la main-d’œuvre locale. Il nous faut 35 coupeurs, nous en avons à ce jour 22. Je pense que nous atteindrons le quota, mais les vendangeurs devront être assidus, performants, et moi, indulgente, car nous n’aurons pas l’occasion d’en changer si leur travail n’est pas satisfaisant. »

À grapiller pendant qu’il en reste!

Influence 2018, Jurançon sec, Sud-Ouest, France (16 $ – 14397301). S’il n’est pas très bavard à l’olfactif, la bouche, elle, crée cette dynamique unique du gros manseng, alternant acidité et amertume sur une base de citron Meyer et de pomme verte. Une initiation au cépage, par ailleurs encore trop méconnu. (5) ★★ 1/2

Miranius 2018, Celler Credo, Espagne (19,15 $ – 12866557). La chic maison Recaredo, célèbre pour ses ambitieux Cava, propose ici une version en monocépage du xarel-lo dans une version bio des plus pertinentes. Les nuances de citron, d’amande blanche et de levures sèches tracent un profil singulier sur un ensemble bien sec, léger, au goût de pomme verte en finale. À découvrir ! (5) ★★★

Alvarhino 2018, Arca Nova, Quinta das Arcas, Minho, Portugal (21,80 $ – 14375348). Ce que votre été au sommet de sa beauté semble vous dire ici est : grillez ce gros poisson farci à l’estragon, arrosez-le d’une giclée de jus de citron frais et laissez la salinité fine de cet alvarinho bien sec faire le reste. À saveurs franches, sapidités décuplées. Un mariage de bord de mer et de raison à donner le frisson. (5) ★★★

Prime 2017, Albarino Lias, Paco & Lola, Rias Baixas, Espagne (22,55 $ – 14432613). Un albarino différent de la version portugaise précédente, plus tendu, plus sapide, moins puissant en sève, mais dans l’ensemble sans doute plus rafraîchissant. Petites fritures et ceviches s’en trouveront comblés. Vous aussi ! (5) ★★★

Kloof Street Swartland Rouge 2018, C. & A. Mullineux, Afrique du Sud (23 $ – 12483924). Cette cuvée donne toujours à boire et à manger. Elle le fait avec générosité, verve, authenticité, ainsi qu’avec cette conviction de vous présenter un coin de pays lointain pour mieux le rapprocher de vous. Des cépages de caractère, une sève fruitée immense comme un raz de marée, une longue et cohérente finale épicée. Côtes levées fumées ? (5+) ★★★ ©

Boschendal Brut, Méthode Cap Classique, Afrique du Sud (25 $ – 13631864). Une année d’affinage en bouteille après un séjour sur lie conséquent ne semble pas calmer les ardeurs de cet assemblage de chardonnay et de pinot noir qui rebondit avec une tonicité exemplaire malgré un dosage généreux. Notes maliques de pomme sur des nuances de foin coupé. Ensemble précis, de belle longueur. (5) ★★★


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles