Genièvre et compagnie

Près de 250 distillats de genièvre infusés d’herbes sont d’ailleurs, tous formats confondus, proposés actuellement à la SAQ.
Photo: Jean Aubry Près de 250 distillats de genièvre infusés d’herbes sont d’ailleurs, tous formats confondus, proposés actuellement à la SAQ.

Ringard, le whisky ? Je le troque de plus en plus en fin de soirée par un gin mouillé d’eau tonique et de son croissant de citron vert pour rafraîchir un palais parfois alourdi de libations mineures ou, quand ma belle-mère, Sylvia, s’invite à l’apéritif avec une émotion non dissimulée. Un brumisateur particulièrement tonique que ce cocktail dont les origines remontent à l’époque de l’empire des Indes (la quinine faisant alors office de traitement contre la malaria), mais, surtout, une concoction qui a le vent dans le toupet tant elle hydrate un nombre croissant de consommateurs.

Près de 250 distillats de genièvre infusés d’herbes sont d’ailleurs, tous formats confondus, proposés actuellement à la SAQ, dont un nombre grandissant de produits qui trouvent avantageusement leur place dans le fameux Panier bleu, bien que ces derniers ne soient pas tous distillés au Québec. Sans être un expert de la fameuse baie de genièvre et des possibilités inouïes que lui déroule le tapis vibrant de la mixologie, j’aime régulièrement revisiter mes classiques et me faire de nouveaux petits amis. Quelques propositions récemment dégustées.

London Dry Gin

Bombay Sapphire, Royaume-Uni (28 $ – 316844). Le parfait martini, surtout « effleuré » d’un doigt de Noilly Prat. Grande fraîcheur (poivre rose) et délicatesse, vertigineusement aromatique. À ce prix, une affaire ! ★★★1/2

Tanqueray, Royaume-Uni (26,95 $ – 2691). Capiteux, entier, vigoureux, viril, très zeste de citron. Les hommes de la série Mad Men l’adorent déjà ! ★★★

Gordon’s, Canada (21,95 $ – 1040). Véritable brumisateur baptisé aux effluves de pulpe de concombre, frais, mais aussi indolent et vaporeux. Parfaite base de cocktail. ★★★

Beefeater, Royaume-Uni (23,95 $ – 570). Un classique qui, sous ses airs stoïques, offre sève, puissance et caractère. Touche saline qui n’est pas sans évoquer la sudation fine du beefeater en poste à la Tour de Londres. ★★★

Monde

Citadelle, Pierre Ferrand, France (30,25 $ – 12039682). Accents de muscade râpée et de cardamome pour une texture fine, élégante, stylée. Ajoutez ici deux parts de tonique Fever-Tree pour être aux anges. ★★★1 / 2

Drumshanbo Gunpowder, Irlande (49,50 $ – 14005072). L’aventurier se veut être aussi sophistiqué, dépaysant et intrigant. L’anis étoilé y domine sur des notes salines de crachin et de fumée. Texture profonde, longue et opulente. ★★★1/2

Bols Genever, Pays-Bas (45,75 $ – 12529489). Imaginez la voix de Sade sur Smooth Operator et voilà à la fois l’ambiance et le grain de texture de ce gin nuancé, sensuel, rond, un rien kirsché. Redoutable martini en puissance. ★★★ 1/2

The Botanist, Islay, Écosse (50,50 $ – 11898397). S’il n’y en avait qu’un ! Intégration subliminale ici des « botaniques », avec cette luminosité, cette maîtrise d’exécution, ce ressac salin à faire rêvasser une palourde ivre du grand large. Une discrétion toute évocatrice. ★★★★

Hendrick’s, Royaume-Uni (50,75 $ – 10254012). Notes d’orange fraîche qui évoque le Grand Marnier par sa liqueur, sa vinosité de caractère, sa densité. ★★★

Québec

Royalmount (49,25 $ – 14392607). Nuances florales et de concombre frais, un chouïa trop voyant à mon goût, mais qui a ses adeptes. Pas donné. ★★1/2

km12 Monts-Valin (46,50 $ – 13394918). Poussez la porte du chalet en bois rond et voilà le cèdre, le citron, la bergamote et le sapinage qui claironnent de fraîcheur. Fine texture, avec impression de chaleur capiteuse. ★★★

Noroi (51,75 $ – 14475066). Pas très loin d’une vodka de grain ; plus substantielle en bouche avec sa touche genièvre et sa fraîcheur pomme verte. Une solide base de cocktail. ★★★

Mugo (46,50 $ – 14235960). L’impression d’embrasser tout l’estuaire du Saint-Laurent tant il balaie large ! Intense, détaillé, mais surtout magistralement maîtrisé et intégré avec sa touche balsamique citronné. Un gin qui chante à la lune et danse avec les loups ! Top ! ★★★1/2

Menaud (65,25 $ – 14108709). Quel souffle, ici. Onctuosité, gras, richesse, amplitude, profondeur. Éloge d’une puissance maîtrisée. D’une classe à part. ★★★1/2  

Le parfait gin tonic?

Je vous laisse le choix du gin en question. Si j’ai un faible pour les gins de type London Dry, dont le fameux Plymouth (46 $ — 12307712 – ★★★1 / 2), en raison de son goût alternant les types anglais et hollandais (double gin ou trois distillations), toutes les permutations sont permises. En ce sens, les amers, toniques et autres gins infusés avec 4, 8, 12, 22 ou 54 herbes ou plantes feront aussi l’affaire, selon votre goût pour l’aventure que vous seriez tenté de poursuivre. Le but est que le tout soit ra-fraî-chis-sant ! Pour le soda tonique, optez pour les marques Fever Tree ou encore Fentiman’s, en raison des amers et des taux de sucre raisonnables. Vous pouvez aussi préparer vous-même les vôtres, c’est selon. Le reste est un jeu d’enfant… pour adulte.

Verre : Optez pour un gros ballon que vous remplirez d’abord de substantiels morceaux de glace à ras bord pour lui donner la chair de poule. Videz le tout ensuite, pour refaire le plein de gros morceaux de glace, histoire de ralentir la dilution ultérieure.

Proportions : Une part de gin pour deux de soda tonique est en général la norme. Faites gaffe de ne pas fausser l’équilibre de l’ensemble et… altérer le vôtre. Un bon gin tonic donne en effet cette insidieuse impression de se boire comme de l’eau.

Garniture(s) : Zeste de citron, de menthe, de gingembre, de concombre ou autre au choix. Pour ma part, un quartier de citron vert à demi pressé puis incorporé au verre suffit pour graver plus avant le sillon du goût. Complétez avec le soda tonique et touillez.

Un gin tonic sans alcool ? La tendance est là et se développe, comme en témoigne la mise en marché par Pernod Ricard du Gin Ceder’s, qui n’est pas encore, à moins d’avis contraire, disponible chez nous. Je ne l’ai pas dégusté, mais, pourquoi pas ? On n’arrête pas le progrès ! Au Québec, Noroi élabore pour sa part un gin tonic prêt à boire, à 0,5 % alc. / vol., en cannette de 355 ml (9,80 $ les 4 – 14404719).

À grappiller pendant qu’il en reste!

Mas Las Cabes 2018, Côtes du Roussillon, France (16,95 $ — 11096159) : Ce bio de Jean Gardiés, c’est à la fois du génie et de l’humilité en bouteille. En plus d’une assurance authenticité à chaque millésime, dans chacune des bouteilles produites. Je suis un fan de la première heure. Non seulement parce que syrah et grenache s’entendent à merveille, mais parce qu’ils livrent cette sève si riche et salivante des terroirs locaux, sans trop s’éparpiller dans les nuances. Bref, un rouge qui a du corps, une âme et un besoin de vous l’exprimer. (5) ★★★ ©

Dorrance Rouge 2018, Afrique du Sud (17 $ — 13928078) : Voilà un passe-partout pour les tables estivales végétariennes, tout comme celles nettement plus carnées. Car ce cinsault pur jus sait faire, derrière son fruité frais et croquant qui ne manque tout de même pas de structure derrière pour s’affirmer sur des plats plus épicés. Servir frais. (5) ★★1 / 2 ©

Zinfandel 2017, Bonterra, Mendocino County, Californie, États-Unis (19 $ — 530139) : Je vous avoue tout de suite que ce n’est pas mon style de vin. Bien qu’en revanche je doive convenir qu’il saura être du goût de plusieurs. Sur le plan qualité, car c’est de quoi il s’agit ici, rien à redire. Ce bio s’offre les proportions idéales derrière son fruité certes voyant, mais franc et intègre. C’est puissant, mais frais ; idéal sur vos BBQ. (5 +) ★★★ ©

Le Château Cluzeau 2016, Bergerac sec, Sud-Ouest, France (19,70 $ — 12115438) : Cette version précise et joliment aromatique du trio sémillon-muscadelle-sauvignon a de quoi réjouir. Le tout est articulé avec finesse, doublée d’une touche vanillée qui enlace et berce ce bio aux accents un rien exotique. Comment résister ? (5) ★★★

Grüner Veltliner 2019, Fritsch, Wagram, Autriche (20,35 $ — 11885203) : Je n’ai pas mis les pieds à Vienne ni foulé les vignobles environnants cet été à cause de ce foutu Corona-minus. Mais ce vignoble tout juste à l’ouest de la célèbre ville vient à moi et m’apporte ses fruits les plus éloquents, ses plus vivants et ses plus radicalement optimistes que l’on puisse concevoir. Fritsch : Une maison fiable à retenir, car elle porte cette vie du vignoble avec une éclatante lucidité jusque dans mon verre. Un bio brillant, d’une droiture, d’une lisibilité exemplaire, à la fois salin et citronné, frémissant de bonheur sous la dent. Encore ! (5) ★★★

Herencia Del Padri 2018, Bernard Magrez, Priorat, Espagne (23,65 $ — 11869625) : On dira ce que l’on voudra du propriétaire (entre autres) du Château Pape-Clément, mais son ambition est, à déguster ce solide rouge du priorat espagnol, proportionnelle à la qualité de ce dernier. Une définition précise du fruité se dégage pourtant de ce rouge puissant, d’une sève, d’une largeur hors normes. L’ensemble est encore un rien carré, mais trouvera avec quelques années de bouteilles à se polir. C’est frais, étoffé, structuré, équilibré, d’une allonge satisfaisante. (5 +) ★★★1 / 2 ©

La Demoiselle de Sigalas 2015, Bordeaux, France (28,10 $ — 14161243) : Le trajet parfait serait de servir ce blanc sec sur un poisson ou une volaille au cours du repas avant de poursuivre, de la même maison et du même terroir, avec le Lieutenant de Sigalas 2013 (21,20 $ — 13590425), le second du grand cru liquoreux maison. Pour ce sec, le passage du sémillon en fût donne le ton avec sa robe chaude et ses flaveurs de marmelade d’orange et de coing, son moelleux riche, de belle densité. Un passage en carafe de 30 minutes s’impose ici. (5) HHH1 / 2 © Quant à ce fameux « Lieutenant », composé lui aussi à majorité de sémillon, il faudra signaler l’initiative de proposer cette demi-bouteille à ce prix, car le bonheur y est. Richesse, oui, mais sans lourdeur ; douceur, mais aussi fraîcheur affirmée finement par une touche de cédrat confit qui le dynamise. Bref, un verre de sauternes de très bon niveau, à bon prix, pour étirer le repas et la conversation. (5) ★★★ ©

Amarone della Valpolicella « Cantina Privata del Fontatore » 2015, Giacomo Montresor, Vénétie, Italie (56,25 $ — 14321690) : Ce grand vin rouge vénitien, par ailleurs fort ancien de confection et d’histoire, envoûte, car libéré de ce qui, en jeunesse, le privait d’accéder à son réel potentiel. On y sent déjà ce « chant sombre » du boisé froid, tel ce mantra sonore que seuls les foudres savent ponctuer en y ajoutant leur souffle amer et épicé. Un rouge puissant, déjà fort épanoui, à siroter sur une table où dominent champignons sauvages, cerises, gibier et, bien sûr, le roi parmigiano reggiano. (5 +) ★★★1 / 2 ©


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles