Vin: mort aux pesticides!

Il serait tout de même un peu court de prétendre que l’emphysème, les troubles thyroïdiens et autres cancers à la carte qui affectent les paysans dans leur vignoble soient liés aux épandages de pesticides et de fongicides dont fait usage l’agriculture dite «conventionnelle». Mais tout de même.
Photo: Mehdi Fedouach Agence France-Presse Il serait tout de même un peu court de prétendre que l’emphysème, les troubles thyroïdiens et autres cancers à la carte qui affectent les paysans dans leur vignoble soient liés aux épandages de pesticides et de fongicides dont fait usage l’agriculture dite «conventionnelle». Mais tout de même.

De nombreux vignerons visités chez eux, au cours des dernières décennies, me faisaient part de la disparition d’un de leurs proches ou d’un employé parti à la retraite et qui n’en est jamais revenu. Mort au champ de bataille ? Trop héroïque. C’est plus insidieux que ça, en réalité : plutôt dans les rangs de vigne.

Il serait tout de même un peu court de prétendre que l’emphysème, les troubles thyroïdiens et autres cancers à la carte qui affectent les paysans dans leur vignoble soient liés aux épandages de pesticides et de fongicides dont fait usage l’agriculture dite « conventionnelle ». Mais tout de même. L’engouement pour le productivisme de l’après-guerre par l’industrie, dont celle de l’agrochimie, ne saurait être ignoré. Il fallait après tout du rendement pour relever une économie alors moribonde.

Et la santé humaine dans tout cela ? À l’image de la santé des sols qui, au fil des ans, vident les vignes de leur sang en appauvrissant non seulement la matière organique et ses oligoéléments, mais en stérilisant aussi toute forme de biodiversité susceptible de maintenir les équilibres de vie. Combien de « champs de bataille », qu’ils soient de champagne, de bourgogne, de bordeaux ou d’ailleurs, ai-je ainsi foulés, naïvement convaincu que l’impeccable propreté des lieux (pas un grain d’herbe à l’horizon) était garante de la salubrité des vins que l’on en tirait ?

« Après avoir vu mon père et un ouvrier agricole partir d’un cancer, il n’était pas question pour moi d’exposer qui que ce soit à la nocivité des traitements phytosanitaires », m’avait dit un jour Pascal Verhaeghe lors d’une visite au Château du Cèdre en appellation Cahors. Même son de cloche avec Mathieu Ledogar, rencontré tout récemment chez lui, à Ferrals-les-Corbières, dont le père, André, disparaissait il y a peu, à 72 ans, de complications de mutations génétiques liées aux épandages massifs. Des témoignages comme ça, j’en ai à la pelle depuis quelques années.

Chez nous ? Le laxisme — c’est un euphémisme — de notre gouvernement, visiblement assujetti aux lobbys de l’industrie responsables de ces molécules toxiques qui attaquent la santé de nos producteurs maraîchers (et, par la bande, des consommateurs québécois), sous prétexte de maintenir une production et de préserver des emplois, n’est plus à démontrer. Il faudra choisir et opérer un coup de barre, car le cul-de-sac écologique est plus que réel (pardonnez cet autre euphémisme).

Mettre le cap sur la revitalisation naturelle des sols et de la biodiversité qu’elle sous-tend est possible, encore faut-il y mettre la volonté, le temps et le prix. La nouvelle génération de vignerons rencontrée — dont quelques languedociens en début d’octobre, dont je vous parlerai ici même la semaine prochaine — sait très bien qu’elle n’a pas le choix, mais qu’il y a aussi un prix à payer. Les attaques de mildiou qui ont fait perdre jusqu’à 50 % de la récolte pour quelques-uns en 2017 ne sont pas pour remonter le moral des troupes. Mais il faut se serrer les coudes, être solidaire. Acheter bio devrait être une profession de foi qui fait fi de toutes chapelles de pensée sinon celle de la vie toute simple. Fin de l’éditorial.

La famille « Montirius »

Il aurait été proprement surréaliste pour Éric Saurel, vigneron dans le Rhône, de dire à son épouse, Christine, de rentrer les enfants, le chien, le chat et le canari dans la maison puisqu’il allait pulvériser le vignoble. Aux abris, camarades ! Alors que son père, Max, bannissait la chimie du domaine en 1980 et que le fiston, Éric, s’engageait dès 1996 sur la voie du bio et de la biodynamie (sous les conseils de François Bouchet), le domaine de 63 hectares est un véritable havre pour la biodiversité. Les vins ? Des modèles du genre. Je vous invite à les goûter pour en jouir pleinement, même s’ils peuvent être difficiles à dénicher. Des vins qui vivent et vibrent !

La Muse Papilles Rosé 2018, Côtes du Rhône (20,40 $ — 13711194) (5) ★★★. Le Village 2017, Vacqueyras (22,65 $ — 872796) (5) ★★★.  Sérine 2016, Côtes du Rhône (28,95 $ — 14019491) (5+) ★★★ 1/2. Le Clos 2016, Vacqueyras (49,75 $ — 14019440) (10+) ★★★★. Confidentiel 2016, Gigondas (69,75 $ — 14019474) (10+) ★★★★.

Les Amis du vin du «Devoir» se frottent au pinot noir!

Non seulement le pinot noir demeure l’un des plus capricieux cépages à avoir foulé le sol, pour ne pas dire à s’y être enraciné, mais il commande, en bouteille, un prix toujours au-dessus de la moyenne. Huit vins dégustés ici pour une moyenne par bouteille de 45,45 $. Est-ce mérité ? Selon la moyenne des notes attribuées par les participants qui les dégustaient à l’aveugle, la réponse semble affirmative. Les grands gagnants ? Pas nécessairement les plus chers ! Regardons-y de plus près.

Château D’Arlay 2010, Côtes du Jura, Jura, France (40 $ — 14032097) : Cet historique domaine jurassien propose ici un pinot noir qui, après huit ans de bouteille, a épuisé ses dernières cartouches, comme si la magie fruitée s’était dissipée pour laisser place à un profil tertiaire où des tanins secs rapetissent le palais en le dotant d’une pointe d’astringence. Dommage, oui, car le nez détaillé en valait la chandelle. Trop cher (5) ★★ 1 / 2. Moyenne du groupe : ★★★

Pinot noir Classic 2017, Malat, Niederösterreich, Autriche (25,55 $ — 13616710) : Voilà un pinot noir bien habillé, simplement certes, mais avec ce matelassé de tanins fruités à vous gonfler le palais de bonheur. Un bio intègre et bien nourri, d’un équilibre impeccable, mais aussi au charme indéniable. À découvrir ! (5) ★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★★ (et quelques ★★★ 1 / 2)

Yering Station Village 2015, Yara Glen, Victoria, Australie (24,95 $ — 13944414) : J’ai souvenir de pinots noirs aux réminiscences bourguignonnes des plus réalistes lors d’une visite dans cette Yara Valley du bout du monde il y a plus de 20 ans de cela. Il y a visiblement ici une adéquation parfaite des éléments cépage-terroir-climat. Seul hic, les meilleurs vins de la région ne sont pas offerts chez nous. Où sont d’ailleurs ces tops cuvées australiennes alors que ce pays continent brille plus que jamais sur le plan qualitatif ? Sans casser trois pattes à un canard, cette cuvée vaut le détour par la subtilité de ses flaveurs, sa souplesse et son caractère franc de pinot. À découvrir ! (5) ★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★★ 1 / 2

Vignoble des 2 Lunes 2015, Lune Noire, Amélie & Cécile Buecher, Alsace (28,95 $ — 13984601) : Déjà présenté dans le cadre de cette chronique, ce bio enchante encore une fois par sa sincérité fruitée, le moelleux de ses tanins ainsi que par le charme indéniable qu’il offre à qui sait s’en régaler. Un bijou de délicatesse, presque une huile essentielle de pinot noir tant la fragilité aromatique fait son chemin avec agilité et réalisme en bouche. Exquis, tout simplement. (5 +) ★★★ 1 / 2 ©. Moyenne du groupe : ★★★ 1 / 2 (voire ★★★★)

Givry 1er Cru Clos Salomon 2016, Ludovic du Gardin, Côte chalonnaise, Bourgogne, France (51,25 $ — 12212123) : J’ai toujours pensé que, quelle que soit la réputation ou la qualité intrinsèque d’un vin, il était inutile d’abouler plus de 50 $ pour une bouteille. Même pour un romanée-conti. Hélas, la rareté étant trop souvent le corollaire de l’offre et de la demande, les prix s’emballent et n’ont plus aucun rapport avec la réalité du terrain. En ce sens, ce givry est une affaire. Une délicieuse affaire, qui plus est. Une cuvée déjà émancipée, multipiste et complexe, offrant une bouche de belle densité tout en préservant une élégance, une finesse, une profondeur dignes des grands terroirs. Faites-vous plaisir pendant qu’il en reste ! (10 +) ★★★★ © Moyenne du groupe : ★★★★

Aloxe-Corton 2016, Louis Jadot, Bourgogne, France (74,25 $ — 13886218) : Les deux bouteilles semblaient en dormance lors de la dégustation. Une espèce de sommeil en apnée, suggérant, au nez comme en bouche, un boisé présent, mais dissimulant tout de même ce fruité de pinot que l’on devinait bien mûr derrière. Un rouge plein de vitalité, de corps moyen, aux nuances de zeste d’orange et d’épices. L’attendre. (5 +) ★★★ (?) ©. Moyenne du groupe : ★★★

Gevrey Chambertin « Mes Favorites » 2017, Jean-Luc et Éric Burguet, Bourgogne, France (83 $ — 11844971) : Jean-Luc et Éric ont repris l’affaire familiale en mettant visiblement à profit l’exigence de leur père, Alain, pour les choses bien faites. Et c’est drôlement bien livrer ici ! Une cuvée du niveau d’un premier cru où de vieilles vignes (plus de 70 ans) issues d’une trentaine de parcelles affichent des fruits non seulement d’une glorieuse maturité, mais aussi d’une précision exemplaire. Derrière la robe profonde et juvénile, des arômes denses et très purs de pinot qui valsent et valsent encore, avec cette sève friande, mais aussi sérieuse, qui n’en finit plus. Pas donné mais une rencontre au sommet avec le prince ! (10 +) ★★★★ © Moyenne du groupe : ★★★★ (avec quelques ★★★★ 1 / 2)

Pinot Noir 2015, Twill Cellars, Willamette Valley, Oregon, États-Unis (35,50 $ — 13913052) : Parler de pinot noir en oubliant l’Oregon relèverait à coup sûr de crime de lèse-majesté. Il se passe assurément quelque chose là-bas, dans ce coin de pays aux nuits fraîches et aux journées bien ventilées, aux expositions et aux altitudes variées. Si la cuvée syrah de la maison est top, celle-ci intrigue par sa finesse, son détail et ce caractère, disons, minéral, si je puis employer le mot. Harmonieux et de belle longueur. (5 +) ★★★ 1 / 2. Moyenne du groupe : ★★★ 1 / 2

À grappiller pendant qu’il en reste!

Bava Thou Bianc, Piémont, Italie (19,95 $ — 14070237) : Ce chardonnay pur fruit trouble par son caractère variétal, où les fruits blancs se lovent avec tension, mais aussi avec une densité inhabituelle. L’ensemble demeure sec et en souplesse, longuement soutenu au palais. (5) ★★ 1 / 2

Seresin 2017, Sauvignon Blanc, Marlborough, Nouvelle-Zélande (25,50 $ — 12055228) : La touche de sémillon transforme et arrondit ce blanc en adoucissant le caractère « colérique » du sauvignon, qui, par ailleurs, offre ici une présence fruitée des plus homogènes. Vin de caractère de belle densité, frais et d’une allonge appréciable. (5) ★★★

Serradinha 2012, Antonio Marques da Cruz, Portugal (25,55 $ — 13286861) : Ce 2012 est, si ma mémoire ne flanche pas, dans la foulée d’un 2011 dont le discours original et authentique se doublait, au palais, d’un indice de palatabilité des plus satisfaisants. Un quatuor intrigant de cépages locaux (dont le baga) porté par un souffle frais et précis, modulé en bouche par des tanins souples et délicieux. (5 +) ★★★ ©

Friulano 2017, Castello Di Buttrio, Friuli, Italie (27 $ — 14185085) : On entendrait vrombir un colibri en liesse tant la touche est délicate et le vol floral et fruité d’une stupéfiante précision ! Un blanc sec léger d’un charme contagieux, à la texture fine, de jolie longueur. (5) ★★★


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles