Apprendre le vin

Après avoir regardé la robe du vin, humé ses arômes, dégusté et dégusté encore, que fait-on? On en parle, en long et en large! Et le vote pour élire le meilleur vin peut être serré!
Photo: Eva Blue Après avoir regardé la robe du vin, humé ses arômes, dégusté et dégusté encore, que fait-on? On en parle, en long et en large! Et le vote pour élire le meilleur vin peut être serré!

La question pourrait être posée ainsi : pourquoi apprendre le vin ? Pour ne plus se fier aux critiques, pardi ! Une réponse qui semblera un peu courte pour certains, mais qui a le mérite de proposer à tout un chacun de se prendre en main, pour ne pas dire prendre en main son palais et gagner ainsi en autonomie. Mais au fait, est-ce que ça s’apprend, le vin ? « Eau chaude, eau froide, eau mitigée », répondrait le grand Bobby Lapointe du sommet de ses brillants calembours.

Histoire de plonger, je répondrais oui et non. Oui, car, comme pour la plomberie ou le génie électrique, il y a des règles de base à suivre, sinon c’est le dégât d’eau assuré et les plombs qui sautent. Sans compter les pieds dans l’eau pour tonifier la situation. Bref, l’apprentissage élémentaire de base de la dégustation de vin vous empêche déjà de court-circuiter un avenir qui sinon semblerait bouché, pour ne pas dire bouchonné.

Il apparaîtra aussi juste d’avancer que non, on n’apprend pas le vin. On le vit. Avec ses sens, ses tripes, son gros bon sens et ces autres délicieux abats servis à table, par exemple avec un juteux Côtes du Marmandais d’Elian da Ros ou un généreux Vin noir des Vignerons du Brulhois. Le réflexe est tout aussi valable, surtout si l’on partage la bouteille. On en apprend alors autant sur les gens qui trinquent avec nous que sur son propre goût, mais surtout, tous, de façon consensuelle, admettront d’office qu’une belle bouteille est une bouteille… vidée de son contenu !

Alors, eau mitigée ?

Idéalement, le juste milieu se retrouverait entre les deux. Dans son livre Le vin et les jours (Dunod, 1988), l’incontournable chercheur-oenologue Émile Peynaud cite Jean-Jacques Rousseau en ces termes : « Tout ce qui entre dans l’entendement humain y vient par les messages de nos sens et par l’adaptation qu’en fait notre intelligence. »

Vivre le vin, donc, pour ensuite utiliser les outils cognitifs pour l’expliquer apparaît juste. En ce sens, la science — « cette forme la plus pure de la pensée » —, qui n’est d’ailleurs pas innée, assure alors au goûteur « ce triple effort d’observation, de raisonnement et d’expérimentation » qui balise sa première impression pour ensuite l’étoffer par des mots justes, simples, clairs et précis. Ce sont ces termes, intelligibles par tous et qui correspondent à la réalité « physique » du vin, qui ajoutent au plaisir d’astiquer la bouteille pour en voir s’y échapper le génie.

Ainsi mieux outillé avec ces mots, ces codes élémentaires inhérents à la dégustation, le dégustateur prend de la hauteur avec cette science du vin qui, comme mentionnée par Peynaud, devient l’objet d’une philosophie. « Passer de la science à la philosophie, ce n’est pas enrichir ses connaissances de base ; c’est élargir sa pensée, approfondir ses idées, en somme dominer le sujet. » Après avoir regardé la robe du vin, humé ses arômes, dégusté, puis dégusté et… dégusté encore… que fait-on ? Eh bien, par tous les diables, on en parle, en long et en large ! À ce stade, boire le vin devient presque superflu, comme s’il relevait de l’excentricité.

Apprenti cherche son maître

En cette rentrée scolaire, où tout est permis sur le plan de l’apprentissage, j’ai colligé pour vous quelques offres susceptibles d’intéresser néophytes et autres amateurs de vin qui font sans cesse reculer les frontières du plaisir et, comme le dit si bien l’auteur-sommelier et ex-enseignant Jacques Orhon, de la convivialité !

Les Conseillers du vin, Nick Hamilton, 514 271-4172
Allan Laforest, 514 388-5164
Soif Bar à vin, Véronique Rivest, 819 600-7643
L’Amicale des sommeliers du Québec, 819 893-4910
Club des dégustateurs de grands vins, Yves Mailloux
Des mots et des vins, Pierrick Lhotellier, 514 742-3260
Studio Vin, Jean Aubry, 514 932-6516


À grappiller pendant qu’il en reste!

Lucido 2018, Marco de Bartoli, Sicile, Italie (22,10 $ — 12640603) Nous avons déjà longuement parlé de cette merveille de blanc sec à base de catarratto du maître De Bartoli déjà reconnu pour ses époustouflants marsala. Il y a des tonalités pastelles dans ce Lucido qui respire le vent du large, s’éloigne des côtes pour mieux y revenir, avec l’agilité d’un coup d’ailes nourrit à même une sève fruitée ronde, fraîche et passablement aérodynamique. Bref, ça plane pour nous ! Un bijou de vin (5) ★★★

Château Moulin-Borie 2015, Listrac-Médoc, Bordeaux, France (28,30 $ — 14029736) Les merlots dominants sont ici si suaves dans ce millésime de réjouissance qu’ils élèvent à eux seuls le vin de bordeaux, pourtant réputé fin, mais aussi droit et réservé, au niveau du bourgogne, dont le profil sensuel et apollinien respire ce bonheur immédiat dont il est difficile de s’arracher. Tout y est juste, sans le moindre débordement. Aux parfums lisses de moka, de grillé et de fruits frais se greffe une bouche d’un fondu des plus subtils. À ce prix, aucunes hésitations ! (5 +) ★★★ 1 / 2

Rully 2016, Jaffelin, Bourgogne, France (32,75 $ — 14018720) Vous voulez un bon bourgogne bien étoffé côté fruit, structurant côté sève et parfaitement cohérent et harmonieux de l’entrée de bouche jusqu’en finale ? Ce Rully est taillé pour vous ! C’est ici net, intègre et bien élevé, avec cette impression de jouir sans cesse du fruité qui jamais ne s’esquive au palais. La maison sait ici faire plaisir à celles et ceux qui affectionnent le beau pinot (5 +) ★★★ 1 / 2 ©

Jean Aubry

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles