Le Virunga: très belles assiettes africaines rue Rachel

Un joli petit restaurant que deux Congolaises ont ouvert sur la rue Rachel à Montréal.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un joli petit restaurant que deux Congolaises ont ouvert sur la rue Rachel à Montréal.

Les gens derrière cette maison sont formidables.

Vous les trouverez encore plus formidables lorsque vous sortirez du Virunga, ce joli petit restaurant que deux Congolaises ont ouvert rue Rachel à côté d’un gros concessionnaire automobile.

Vous les trouverez particulièrement formidables si vous aimez les bonnes assiettes et les découvertes. Maria Josée de Frias, cheffe du Virunga, aime le Québec autant que son Afrique natale et ça se voit ; ça se voit sur son menu et surtout ça se goûte dans ses assiettes. Elle marie habilement et avec délicatesse divers produits locaux à des plats que l’on trouve plus communément au Congo. Et elle manie ses casseroles avec tant de talent qu’elle interprète magistralement certaines recettes venues de Tanzanie, du Kenya ou d’autres pays africains. Rien de prétentieux, que du bonheur. Simple.

Au sortir du Virunga, cinq plats plus loin, je savais que j’aurais autant de plaisir à vous parler de cette adresse que nous en avions eu à découvrir les créations de la cheffe : une entrée de crevettes et une autre de légumineuses, un poisson, un carré de chèvre et une assiette végétarienne.

La première entrée s’appelle « La rencontre », des crevettes marinées à l’africaine (« piment, paprika fumé, soupçon de muscade et feuilles de laurier », a dit la cheffe), saisies délicatement et déposées sur un écrasé de patates douces venues de Sainte-Anne-de-Bellevue. En fond d’assiette, une sauce tomate additionnée d’un mélange de lait de coco, de curry, d’oignon et de fines herbes, le tout légèrement pimenté. Nous étions trois, les crevettes aussi, la rencontre s’est bien passée ; surtout pour nous.

La seconde entrée porte le joli nom de « Une bouchée à la fois ». C’était une généreuse bouchée et les trois convives ont pu goûter. Une grosse boule de beignet frit constitué de cresson, de tomate et d’échalote, relevé de curcuma et de curry que les Malgaches appellent mofo sakay. Pour que le beignet se sente moins seul, la cheffe lui adjoint une portion de haricots « à la congolaise », des haricots rouges enjolivés ici aussi d’un mélange de sauce tomate avec oignon, échalotes, origan, paprika fumé, persil et une pointe de piment.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La première entrée s’appelle «La rencontre», des crevettes marinées à l’africaine («piment, paprika fumé, soupçon de muscade et feuilles de laurier», a dit la cheffe), saisies délicatement et déposées sur un écrasé de patates douces venues de Sainte-Anne-de-Bellevue.

Au moment des plats principaux, après avoir pris la commande, Fatima est revenue nous dire qu’elle était désolée mais qu’il n’y avait plus de « Fondant de légumes soleil à l’africaine ». Pierre ne s’en est pas offusqué outre mesure. « Dites en cuisine que je serai content de l’assiette végétarienne que vous m’apporterez. » Après avoir consciencieusement nettoyé son assiette d’épinards au beurre d’arachide, servis avec du fufu (semoule d’igname et de maïs) et des haricots rouges à la congolaise, il affichait ce sourire un peu béat que nous avons toutes et tous lorsque la pitance est parfaite.

Le poisson ce soir-là était de la lotte, un beau filet poêlé, accompagné d’une demi-carotte et d’une demi-aubergine africaine ; ça pourrait paraître mesquin, mais ça ne l’est pas, un accompagnement doit se contenter d’accompagner et ici la portion de poisson était plus que généreuse. Elle était présentée sur un lit de purée de pomme de terre, de pois vert et de maïs, bordé d’un succulent jus d’anis vert et de citronnelle du Cameroun.

Le troisième plat principal s’appelle « Sukisa », un petit carré de chèvre braisé, venu de Saint-Sylvestre, Québec. La viande est d’une grande tendreté et pleine de saveurs de céleri, d’anis vert, de muscade, de clou de girofle et de thym. En accompagnement, une portion d’une sorte de couscous, mais à partir de semoule de manioc, appelée attiéké que la cheffe parfume d’un nuage de lait de coco. Sur ce couscous, une petite louche de sukuma wiki, un délicieux hachis de bette à carde.

Si vous voulez vivre l’expérience africaine comme lors d’un voyage dans l’époustouflant parc national des Virunga (inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO) au plus chaud de l’été, la cheffe concocte un petit condiment à base de pili-pili parfait.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le troisième plat principal s’appelle «Sukisa», un petit carré de chèvre braisée, venu de Saint-Sylvestre. La viande est d’une grande tendreté et pleine de saveurs de céleri, d’anis vert, de muscade, de clou de girofle et de thym.

Bien sûr, le passage ici peut parfois être un peu déstabilisant dans le sens où ce que vous voyez sur le menu n’est pas nécessairement ce que vous entendrez la personne au service vous annoncer. Le soir de notre visite par exemple, pas de cocktail ni de desserts et quelques plats salés n’étaient pas non plus offerts. Par contre, comme les cinq plats dégustés ont tous été source d’une telle félicité que mes papilles en frétillent encore, on a pris ces lacunes avec le sourire.

La grande amabilité du service maintenu d’un bout à l’autre du souper par Fatima aura également contribué à notre plaisir de manger chez mesdames de Frias, mère et fille. À propos de la fille de la maison, Zoya, elle a eu l’intelligence de monter une carte de vins exclusivement africains, des crus d’Afrique du Sud choisis avec goût. Je l’en ai remercié à l’avance de votre part.

À la table voisine, les quatre solides messieurs africains ont passé une soirée très gourmande et leur plaisir évident à se régaler des plats de la maison a amplifié le nôtre.

Ouvert en soirée, du mardi au samedi. La maison propose une table d’hôte de quatre services (pour des tablées de huit personnes) à 41 $. Accord mets et vins pour 34 $ supplémentaires. Le soir de notre passage, avant boissons, taxes et pourboire, tous ces délices africains ont coûté 102 $. Quand c’est aussi distrayant et savoureux, manger à trois personnes pour 102 $, ça donne le goût de revenir. Je reviendrai.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Le Virunga

★★★ 1/2

$$ 1/2, 851, rue Rachel Est ☎ 514 504-8642