Un jardin dans sa cuisine

Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale
Les modèles de culture en terre ou hors sol sont de plus en plus nombreux. Sur la photo, le jardin HIRTA offert par l'entreprise montréalaise Studio îlot. 
Photo: Katya Konioukhova Les modèles de culture en terre ou hors sol sont de plus en plus nombreux. Sur la photo, le jardin HIRTA offert par l'entreprise montréalaise Studio îlot. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

À cause de la pandémie et du confinement, le jardinage a connu une popularité extraordinaire au printemps dernier, et l’engouement ne semble pas devoir s’essouffler. En attendant le retour des jours plus chauds, il est possible de s’amuser avec un jardin intérieur. Un pas de plus vers l’autosuffisance, une salade à la fois.

Engouement ou tendance marginale, la culture de produits alimentaires à la maison compte de plus en plus d’adeptes et les modèles de culture en terre ou hors sol sont de plus en plus nombreux et populaires. Ici même, au Québec, quelques passionnés se sont lancés dans l’aventure en commercialisant leurs propres systèmes. Nicolas Ste-Marie, fondateur de La Shop agricole, une entreprise spécialisée en agriculture urbaine, fait partie de ceux-là. Il se garde bien cependant de parler de tendance à propos de la culture intérieure. « Ce n’est pas si nouveau, dit-il. Ça fait longtemps qu’on jardine fines herbes et autres plantes comestibles à l’intérieur. Il y a simplement aujourd’hui un retour aux bases. » Difficile en effet d’être plus local que lorsque la coriandre ou le persil proviennent du bout du comptoir !

De l’eau, et bien plus

« L’important, c’est d’y aller une étape à la fois, dit M. Ste-Marie. On commence par ce que l’on aime le plus, avec un projet à la hauteur de ses ambitions. » Mais peu importe l’envergure du projet, il ne faut surtout pas négliger les engrais, la lumière et les conditions atmosphériques, car c’est tout cela qui va envoyer la bonne information à la plante. « Une salade dans une eau qui n’a pas d’éléments nutritifs pousse quand même, parce qu’elle a un système et reçoit de l’eau, explique-t-il, mais il n’y a rien à l’intérieur. »

Dans la culture hydroponique — technique de production hors sol par laquelle les racines ne plongent pas dans leur environnement naturel (le sol), mais dans un liquide —, l’apport de nutriments est nécessaire pour donner à la plante saveur et odeur, tout en lui permettant d’être conservée longtemps après la récolte. Sans compter que c’est amusant, pour les enfants notamment, de voir ainsi la nature évoluer.

Tout comme les nutriments, la lumière contribue à la croissance d’une plante. Mais il faut bien plus qu’une fenêtre. Celles-ci sont en effet dotées d’une pellicule Low-E qui empêche certains rayons nocifs pour l’homme de traverser la vitre, mais qui coupe également une grande partie de l’énergie de la lumière extérieure dont la plante a besoin. L’apport en lumière synthétique est donc essentiel, et à haute intensité, puisque Nicolas Ste-Marie parle de 6500 lumens pour faire pousser une salade ou des fines herbes. Ce qui représente la même lumière que si on allumait 6500 chandelles !

Après les nutriments et la lumière, passons maintenant aux conditions atmosphériques. L’humidité relative et la température ambiante sont deux données à soigneusement surveiller. La croissance d’une plante placée sur un appui de fenêtre va se faire au ralenti parce que la température de la tablette — souvent froide — va se transférer aux racines. Par ailleurs, « la feuille a besoin d’humidité pour se développer et produire de la chlorophylle, affirme Nicolas Ste-Marie. Si le taux d’humidité est à 20 %, la feuille sera friable parce qu’elle n’aura pas réussi à se gorger d’éléments nutritifs. Au moment de la récolte, ce sera décevant. »

On trouve facilement sur le Web des chartes aidant à déterminer les conditions optimales pour qu’une plante se développe à sa pleine capacité et dans les meilleurs délais.

Les choix d’Antoine Sicotte

Depuis quelques années, Antoine Sicotte, alias le Cuisinier rebelle, cultive ses fines herbes et quelques légumes à l’intérieur pendant l’hiver. « J’ai essayé différents légumes pour voir ce qui fonctionne le mieux, et j’ai vite compris que la clé pour ne pas se démotiver est de trouver ce qui donne satisfaction relativement rapidement. Il est là, le défi : qu’est-ce qui fonctionne bien et en vaut la peine, en tenant compte du temps investi et de la dépense énergétique ? »

Inévitablement, il y a une période d’essais et d’erreurs lorsqu’on se lance dans une telle aventure. On débute par ce que l’on connaît, ce que l’on retrouve le plus souvent dans nos jardins extérieurs : tomates, concombres, piments, etc. Ce sont cependant des légumes qui ne sont pas toujours faciles à cultiver à l’intérieur. Prenons la tomate, par exemple. « C’est un fruit qui demande beaucoup de lumière et d’espace. Et il ne faut pas s’attendre à une récolte avant quatre mois. La tomate cerise Bush se cultive mieux que celles sur vigne, plus difficiles à éclairer. On peut aussi faire quelque chose de bien avec la tomate de Sibérie, plus basse que la tomate que l’on a l’habitude de voir », explique Antoine Sicotte. La culture d’intérieur oblige ainsi à s’intéresser davantage aux différentes variétés disponibles pour un même produit.

Antoine Sicotte conseille d’autre part la culture des haricots, qui germent rapidement et dont la récolte ne se fait pas attendre. Après quatre semaines, on peut déjà espérer les faire tourner dans un beurre chaud, à l’instar des légumes à feuilles, qui poussent bien à l’intérieur : épinards, salades, kale et même fenouil, si on est un peu plus patient. « La salade, on peut décider de la récolter très jeune. Je la cultive sous forme de tapis avec trois cabarets que je démarre à deux semaines d’intervalle. J’ai toujours de jeunes pousses prêtes à la récolte », raconte Antoine Sicotte. Avec quelques fines herbes fraîchement coupées et des tomates cerises, il y a là tout ce qu’il faut pour les bases d’une belle salade du jardin.

Le chef prévient cependant qu’on ne cultive pas dans la maison pour maximiser la quantité et la rapidité de croissance du produit. « Le but est d’obtenir un produit savoureux, affirme Antoine Sicotte. Le plus grand plaisir, c’est la qualité du produit. Si on fait bien son travail et qu’on donne à la plante tout ce qu’elle demande, on aura quelque chose de frais sur la table tous les soirs. »

Et la fraîcheur, n’est-ce pas l’ingrédient secret de toute recette réussie ? 



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