Une plante qui frappe l’imaginaire

Les Victorias au Jardin aquatique du Jardin botanique de Montréal.
Photo: Mathieu Rivard Les Victorias au Jardin aquatique du Jardin botanique de Montréal.

La victoria fascine autant les horticulteurs aguerris que les amateurs par la grosseur de ses feuilles, par leur capacité à supporter du poids et parce que la fécondation de sa fleur subjugue. C’est un privilège de pouvoir la voir au Jardin botanique, dans le Jardin aquatique fraîchement restauré, car, difficile à cultiver, elle est rarement présentée dans de tels aménagements.

Aussi appelées nénuphars d’Amérique du Sud, les victorias sont les plus grosses des plantes aquatiques. Leurs feuilles circulaires flottantes peuvent atteindre jusqu’à 3,2 mètres de diamètre (dernier record enregistré). Leur rebord, qui leur donne un aspect tout à fait original évoquant une assiette à tarte, aurait pour fonction de repousser les autres plantes. Pouvant supporter le poids d’un enfant de 45 kilos, ces fleurs n’en finissent pas de surprendre les visiteurs.

D’ailleurs, certains jardins botaniques vont même jusqu’à organiser des séances photo pour les parents. Qu’est-ce qui permet cette flottaison ? Ce sont les immenses nervures remplies de trous d’air qui se trouvent sous sa feuille. Il semble qu’elles auraient inspiré des ingénieurs d’Airbus pour alléger les ailes des avions.

Photo: Bily Simard-De Guire Rose, la fleur pollinisée, maintenant devenue mâle. À droite, blanche, la fleur femelle.

Mais si la fleur de cette plante est magnifique, son cycle de fécondation est simplement fascinant. D’abord, elle éclôt en fleur femelle de couleur blanc crème au coucher du soleil. À ce moment, elle dégage un léger parfum sucré et sa température est de 11 degrés Celsius plus élevée que la température extérieure. Ce phénomène, qu’on nomme thermogenèse, sert à attirer le pollinisateur. Le matin, la fleur se referme sur ce dernier, qui n’est libéré qu’au coucher du soleil. Durant ce temps, la fleur devient rose rouge et se transforme en fleur mâle… en produisant du pollen. Cet hermaphrodisme séquentiel se nomme protogynie. Environ 24 heures plus tard, la fleur se referme et coule pour former un fruit globuleux.

Passion Victoria

« La victoria est la plante fétiche de ma vie », confie Julie De Guire, horticultrice à la multiplication au Jardin botanique, où elle est responsable de la culture de cette plante aquatique géante. Mandatée à l’été 2015 pour se rendre à Longwood Gardens, près de Philadelphie, en Pennsylvanie, elle s’est vu alors demander de tenter sa multiplication. « Après des années de travail pour maîtriser la culture, je suis presque émue de voir les gens admirer cette plante au Jardin aquatique », explique-t-elle.

Un bassin chauffé à 28 degrés Celsius a été spécialement aménagé pour présenter les victorias, lesquelles sont reproduites chaque année par semis. C’est le premier mois et demi qui est le plus difficile. Ensuite, les fleurs croissent à une vitesse folle. Le pollinisateur n’étant pas présent sous nos latitudes, Mme De Guire pollinise elle-même les fleurs la nuit venue en septembre afin d’obtenir des semences fraîches, ce qui est en grande partie la clé du succès. Chaque année, trois espèces sont présentées entre mai et septembre, Victoria cruziana, Victoria amazonica et la victoria « Longwood Hybrid », la plus spectaculaire des trois.

Parcours des phytotechnologies

Le réaménagement du Jardin aquatique a permis la réalisation de la première des stations du Parcours des phytotechnologies : les marais épurateurs. Deux types y sont présentés, soit le marais à flux horizontal, où l’eau s’écoule à l’horizontale sous la surface du marais, et le marais à flux vertical, où l’eau s’écoule à la verticale depuis la surface du marais.

Dans les deux cas, le gravier, le substrat et les racines permettent la filtration des particules organiques, tandis que des polluants, tels que le phosphore ou des métaux lourds, sont précipités ou adsorbés par le gravier. Ces marais permettront d’épurer l’eau des bassins des plantes de collection.

Dans la bibliothèque

La pollinisation au jardin. Les mains dans la terre.
Vincent Albouy, Éditions Ulmer, Paris, 2019, 64 pages

Ce petit guide donne les clés pour comprendre les enjeux et les réalités de la pollinisation des fruits et légumes, en spécifiant qui fait quoi. On y explique dans un langage accessible et avec une présentation claire les principes et les techniques simples à mettre en oeuvre pour attirer les pollinisateurs au potager afin qu’il soit plus productif.

 

Au jardin

C’est le temps de la plantation des caïeux d’ail au potager, et ce, jusqu’à la fin d’octobre. Choisissez-les fermes et de bon volume pour obtenir une belle production. Si votre terre est argileuse, surélevez le site de plantation afin d’en faciliter le drainage. Plantez les caïeux la pointe vers le haut à une profondeur de 4 cm, en laissant 15 cm entre les caïeux et 20 cm entre les rangs. La récolte de ce condiment sans pareil se fera en juillet prochain.