L’édifice Caron obtient la certification LEED Or

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’édifice de la rue Bleury abrite les bureaux du <em>Devoir</em> depuis 1992.
Photo: Loic Hamon L’édifice de la rue Bleury abrite les bureaux du Devoir depuis 1992.

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation

L’immeuble qui abrite la rédaction du journal Le Devoir a obtenu en septembre la certification LEED Or pour bâtiments existants : exploitation et entretien (BE : E E 2009), gage de l’engagement de son propriétaire en faveur du développement durable. Une première au Canada pour un édifice construit avant 1920.

Un peu moins de cinq cents édifices au Québec peuvent se prévaloir de la certification LEED. Et cinq cents autres projets sont inscrits et sont dans l’attente du verdict. Mille bâtiments environ, toutes catégories confondues — neuf ou existant, habitation ou immeuble de bureaux, bâtisse ou aménagement intérieur, quartier —, qui s’engagent en faveur du développement durable.

Et parmi eux, l’édifice Caron, détenteur de la certification LEED Or depuis le 9 septembre dernier.

« Ça nous a pris quatre ans, explique David Gold, directeur général de Gold Castle Holdings Ltd., propriétaire de l’édifice dont la rédaction du Devoir occupe le dernier étage. En fait, c’est parti d’une suggestion d’un de nos locataires. Nous nous sommes dit que ce n’était pas une mauvaise idée et nous avons démarré les démarches. »

Des démarches de longue haleine tant les critères sont nombreux et stricts. Première étape, un audit des systèmes existants qui a permis de lister tout ce qui devait être modifié, tant du point de vue des installations que de celui des comportements des locataires, afin de pouvoir envisager l’obtention d’une des certifications. Le dossier est alors confié à la firme d’ingénierie TST Systèmes Énergie inc.

« Ça a été un travail complètement fou, commente M. Gold. Notre consultant y a passé 2000 heures environ ! Il a fallu changer beaucoup de choses, comme notre système de ventilation par exemple, afin d’améliorer la qualité de l’air. Sur de nombreux éléments, nous nous étions calés sur les normes du gouvernement. Mais la certification LEED est bien plus exigeante. »

Exigeante et complète. Qu’il s’agisse de bâtiments existants ou de constructions neuves, les dossiers sont jugés sur leur capacité à intégrer des pratiques et des techniques écologiques qui vont au-delà des normes de construction traditionnelle. Le système d’évaluation LEED Canada exige un seuil minimal de performance déterminé par des conditions préalables et attribue des points dans chacune des catégories pour les performances supérieures à la norme minimale. Le nombre total de points obtenus détermine l’un des quatre niveaux de certification, à savoir Platine, Or, Argent ou Certifié.

Ainsi, pour obtenir la certification LEED Or, le propriétaire de l’édifice Caron a dû faire toute une série de modifications, et pas des moindres.

« Les consommations d’énergie et d’eau sont désormais contrôlées par informatique en fonction notamment des heures de présence au bureau des différents locataires, explique-t-il. L’installation d’équipements durables, le système de recyclage, l’usage de produits respectueux de l’environnement et l’installation de la toiture blanche nous ont également permis de marquer des points. Le fait que nous nous situions en plein centre-ville et que nous soyons très accessibles en transport en commun également », ajoute le propriétaire, qui précise que si les différentes mises à niveau ont été complexes, ce qui l’a sans doute été encore plus, c’est de faire consensus et d’arriver à convaincre tous les locataires du bien-fondé de cette initiative.

David Gold explique notamment que le nouveau système de gestion de l’eau fait perdre « cinq petites secondes » à qui se lave les mains au robinet. Et que pour certains, ce délai était, a priori, intolérable.

« Aujourd’hui, tout le monde a compris l’intérêt et plus personne ne voit vraiment la différence à la salle de bain », rassure-t-il.

« Pour parvenir à obtenir la certification, il faut que le propriétaire du bâtiment soit très, très motivé, confirme Robert Ladouceur, directeur général de la section Québec du Conseil du bâtiment durable du Canada, organisme qui délivre la certification. Alors, oui, c’est du travail, mais les atouts sont importants. Pour lui, ce sont des économies d’énergie, donc des économies en argent aussi. C’est aussi la satisfaction d’apporter sa contribution en matière de sauvegarde de la planète, car il lutte contre les îlots de chaleur et plus globalement génère moins de gaz à effet de serre. Pour ses locataires, c’est l’assurance de travailler au quotidien dans un environnement sain, ce qui contribue à réduire l’absentéisme dû au stress ou à la maladie. »

Parmi le millier de bâtiments qui, au Québec, ont reçu ou déposé un dossier afin d’obtenir une certification LEED, seule une trentaine se classe dans le bâti existant. L’édifice Caron est d’ailleurs le premier bâtiment canadien construit avant 1920 et le premier édifice de bureaux construit avant 1980 au Québec à recevoir une telle distinction.

« C’est bien plus facile de l’obtenir lorsque l’on part de rien, indique M. Ladouceur. Lorsque tout est pensé en amont, que les plans sont conçus de manière durable, c’est assez simple à obtenir et les coûts sont aussi bien moindres. À ce moment-là, ça demande surtout du leadership. »

Un leadership qui semble avoir été pris tant à Ottawa qu’à Québec, M. Ladouceur affirmant que le Canada est le pays qui certifie le plus ces derniers temps et qu’avec 20 % environ du total, la belle province tient bien son rang.

« Il faut dire que certaines municipalités comme Montréal sont très proactives, explique-t-il. L’administration municipale souhaite en effet, par exemple, que tous ses bâtiments obtiennent la certification. D’une part, ça montre l’exemple pour le privé, mais d’autre part, ça permet également de développer toute une expertise au sein de firmes de consulting. C’est tout le monde qui en profite au bout du compte. »

La certification a été attribuée à l’édifice Caron pour une période de cinq ans. Il ne s’agit donc pas de se reposer sur ses lauriers, mais bien de continuer à démontrer la volonté de faire de ce bâtiment un exemple à suivre en matière de développement durable.