La face cachée des «superaliments»

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Le curcuma, les bleuets, le kale ont été élevés au rang de «superaliments». Qu'en est-il réellement?
Illustration: iStock Le curcuma, les bleuets, le kale ont été élevés au rang de «superaliments». Qu'en est-il réellement?

Ce texte fait partie du cahier spécial Vieillir mieux

Le curcuma, les bleuets, le kale… Certains aliments ont été élevés au rang de « superaliments », ces dernières années, pour leurs propriétés prétendument miracles qui amélioreraient le système immunitaire, préviendraient des maladies ou ralentiraient le vieillissement. Comment départager le vrai du faux ?

« Il n’existe pas d’aliments santé, de superaliments ou toute autre appellation qu’on voudrait donner aux aliments pour leur attribuer des vertus extraordinaires, dit d’emblée Bernard Lavallée, nutritionniste. Au fil des modes et du temps, différents aliments ont été mis sur un piédestal. »

La nutrition est en effet une science très jeune et complexe. À l’heure actuelle, il est impossible de dire que manger un aliment en particulier aura tel ou tel effet.

« Si ça semble trop beau pour être vrai, par exemple si on vous promet que vous ne vieillirez pas, que vous allez perdre du poids, que vous n’aurez jamais le cancer ou le diabète, ça veut dire que quelqu’un l’a inventé », souligne-t-il.

Le pouvoir des aliments se situe davantage dans la prévention, mais de façon beaucoup plus large qu’un seul nutriment, un seul ingrédient. « On sait que manger beaucoup de fruits et de légumes, de végétaux — légumineuses, grains entiers —, manger le moins d’aliments transformés possible, boire en majorité de l’eau, ce sont tous des conseils qui, oui, peuvent amener des bienfaits à la santé. Mais, malgré tout, jamais aussi précisément que les promesses qu’on entend », soutient-il.

Ces mythes qui se sont propagés dans la population au fil du temps sont, de son avis, le symptôme d’un désir universel : celui de ne pas vieillir.

« Chaque fois qu’on a un problème de santé, on cherche des solutions et, si on n’en trouve pas, quelqu’un en inventera pour répondre à ce désir, affirme-t-il. C’est essentiellement du marketing. »

Une étude dit que…

Certaines études scientifiques se penchent pourtant sur les bienfaits de certains aliments. Ces études ont-elles tort ?

« Ce n’est pas parce qu’une étude montre que le curcuma ayant été donné à des souris leur a permis de vivre un mois de plus que cela signifie que les humains peuvent vivre plus vieux grâce au curcuma, illustre de façon fictive Bernard Lavallée. Outre les médias qui extrapolent parfois ce genre de résultats pour l’appliquer à nous, cela dépend de la quantité qui a été fournie, si c’est réaliste dans notre vie de tous les jours, etc. »

Ce type d’extrapolation se voit aussi avec les fameuses « blue zones », ces endroits dans le monde reconnus pour compter une plus grande concentration d’habitants qui vivent plus longtemps.

« Pour comprendre le phénomène, on analyse ce que ces personnes centenaires mangent et on arrive à la conclusion qu’un aliment est à la base de leur alimentation, explique-t-il. Or, en réalité, l’impact de cet aliment n’est pas le même si on l’intègre dans notre alimentation ; c’est peut-être notamment le fait qu’il soit mélangé avec d’autres saines habitudes de vie qui joue sur la longévité. »

Ainsi, ce n’est pas seulement l’alimentation qui contribue à une bonne santé, mais aussi le degré activité physique, les habitudes de vie en général. « On ne peut pas cibler une seule bonne habitude et la rendre meilleure que d’autres, au même titre qu’on ne trouvera jamais un aliment miracle qui assurera notre longévité : notre corps a besoin de manger des alimentsvariés pour être en santé », ajoute-t-il.

Le vrai danger, c’est lorsqu’une personne croit qu’un aliment est tellement puissant qu’il peut, par exemple, remplacer des traitements médicaux

 

En revanche, manger beaucoup de bleuets, de canneberges, ou encore saupoudrer tous nos aliments de curcuma, est-ce vraiment risqué ?

« Il n’y a pas de problème à manger des bleuets ou tout autre fruit, c’est même très bon de consommer des fruits, précise le nutritionniste. Le vrai danger, c’est lorsqu’une personne croit qu’un aliment est tellement puissant qu’il peut, par exemple, remplacer des traitements médicaux. »

Et c’est sans compter toute l’industrie agroalimentaire qui se crée autourde ce « buzz », comme celle des jus, des extraits en poudre ou des suppléments d’une des molécules de l’aliment en question.

« C’est arrivé avec les canneberges : on a vu apparaître des biscuits à la canneberge qui nous promettent lesmêmes bénéfices sur la santé du cœurque des canneberges fraîches, alors que c’est faux », illustre-t-il.

Outre ces risques, si on se met à ne manger qu’un seul fruit et qu’on délaisse les autres, cela diminue la diversité alimentaire, laquelle est essentielle à notre santé.

À retenir

Bernard Lavallée est clair : il n’est pas possible de proposer une solution toute faite, comme trois ou quatre aliments à absolument intégrer dans son alimentation quand on vieillit. « Ce n’est pas pour rien que le Guide alimentaire canadien propose des groupes d’aliments et non des aliments précis, souligne-t-il. La moitié de l’assiette doit être constituée de fruits et légumes, le quart des aliments à grains entiers et l’autre quart d’aliments protéinés. »

Il insiste toutefois pour dire que l’alimentation doit être pensée au cas par cas. Plusieurs facteurs peuvent influer sur les choix alimentaires, par exemple, la perte d’appétit, le niveau d’autonomie, la condition physique, l’âge et l’état de santé. Il est préférable de consulter un professionnel de la santé pour s’assurer de faire un choix adapté à ses besoins et selon ses carences.