Cinq étoiles sous les étoiles

Une dégustation en plein air au Kirghizstan, durant une randonnée de deux semaines
Photo: Nathalie Schneider Une dégustation en plein air au Kirghizstan, durant une randonnée de deux semaines

Avez-vous déjà parcouru le rayon cuisine des boutiques de plein air ? Tout y est offert en version allégée et escamotable : vaisselle rétractable, chaudrons empilables, ustensiles polyvalents, réchauds poids plume. La cuisine de camping est devenue un genre à part entière, soutenu par la recherche et l’innovation de l’industrie spécialisée.

Amateur de cappuccino dès le réveil ? La mini-cafetière à espresso portative, avec système à piston, est ce qu’il vous faut. Le résultat est étonnant. Envie d’un petit plat mijoté ? L’autocuiseur à pression, version aluminium, est déjà sur le marché.

Oui, notre obsession collective pour l’alimentation déborde jusque dans nos loisirs de plein air. Qui s’en plaindrait ? Le repas, où qu’il soit pris, est souvent un moment privilégié. Devant un paysage grandiose, il acquiert encore plus de saveur.

Cuisine tout confort

En une trentaine d’années, la documentation sur la cuisine de camping s’est multipliée. Aujourd’hui, les nutritionnistes se penchent sur la question en prodiguant des conseils sur l’apport nutritionnel, la conservation, mais aussi le goût des recettes. Comme Alexandra Leduc, amatrice de camping et auteure de Cuisine camping plein air, chez Modus Vivendi. « Les conseils que je donne portent sur le camping sur terrain aménagé, du genre de celui offert dans les parcs nationaux, avec accès en auto », explique Alexandra Leduc. Dans ce cas-ci, la bonne vieille casserole en fonte et le poêle de type Coleman facilitent grandement la tâche.

Le trio gagnant pour la nutritionniste : des boules d’énergie faites avec des flocons d’avoine, du beurre d’arachide et des noix ; une salade de pâtes au jambon et aux légumes de saison ; en automne, pour les journées plus fraîches, une soupe d’orge ou de lentilles aux légumes. Le seul défi, c’est la conservation des aliments, surtout en été ; même dans une glacière, on privilégie les fromages à pâte ferme (cheddar, gouda, emmental) aux pâtes molles, et les viandes sous vide sont une excellente option.

« Dans les années 1990, il y avait deux ouvrages de référence pour cuisiner à l’extérieur, résume Nathalie Le Coz, pleinairiste accomplie et adepte de canot-camping. Il y avait Du pique-nique à l’expédition et La gastronomie en plein air, des ouvrages assez techniques avec un contenu nettement orienté vers la nutrition. Mon approche de l’alimentation est beaucoup plus épicurienne. »

Photo: Nathalie Schneider Une omelette au fromage de chèvre, un classique de la cuisine en camping

Reste que ces ouvrages ont lancé la tendance et varié l’ordinaire de plus d’un campeur de l’arrière-pays durant des années. Dans Gourmands de nature, que Nathalie Le Coz signe chez Fides, il est question d’une cuisine simple, mais sans compromis quant au goût. Surtout si on part en canot ou en kayak durant plusieurs semaines. Dans ce cas, on ne se prive de rien : l’embarcation peut contenir une grande quantité d’aliments. Le vin fait même souvent partie de l’expédition. « Même un gigot, déjà cuit et emballé sous vide, que j’apporte congelé et que je glisse dans mon baril, avec de la mousse pour l’isolation », dit-elle.

Que ce soit pour une fin de semaine ou pour plusieurs semaines, la pleinairiste évite soigneusement les aliments transformés et les boîtes de conserve ; mieux vaut, selon elle, apporter des légumineuses ou des céréales qu’on peut faire cuire sur place. Un incontournable pour Nathalie Le Coz ? Pêcher un poisson et le faire griller sur le feu, quand c’est permis, ou sur un réchaud. Sans oublier les herbes fraîches emballées dans un linge à vaisselle humide, qui ne pèsent rien et qui font des miracles gustatifs.

Quand le poids est un problème

Les randonneurs sérieux, surtout ceux qui aiment faire durer le plaisir durant plusieurs jours, savent bien que le poids du sac à dos est le défi numéro un du camping nomade. En randonnée, les aliments frais ne peuvent se garder que quelques jours, selon la température. La solution consiste à mélanger ces aliments frais à des aliments déshydratés. Les amateurs de plein air connaissent bien le procédé : laisser sécher légumes, fruits ou viandes dans un four traditionnel à très basse température durant environ quatre heures.

Le résultat est efficace, pour ce qui est de la légèreté, mais pas optimal pour ce qui est de l’apparence et de la consistance. Pour améliorer le résultat et donner plus de goût, on ne lésine ni sur les marinades, pour le poisson ou la viande, ni sur les épices. Le grand avantage de la déshydratation, c’est qu’elle peut s’appliquer à presque tous les aliments et qu’elle s’avère très économique.

Depuis la conquête spatiale, il existe une autre méthode de déshydratation, qui se fait à froid : la lyophilisation. Ce procédé, réalisé en laboratoire, permet de mieux conserver les propriétés nutritives des aliments (notamment les vitamines) ainsi que leurs saveurs. Le marché spécialisé propose une kyrielle de plats cuisinés lyophilisés — soupes-repas thaïes, chili, pâté chinois, pâtes en sauce, desserts — et d’aliments qu’on peut ajouter à une préparation : viande, poisson, œufs, légumes, flocons de pommes de terre, préparations pour gâteau, etc. Il suffit d’ajouter une dose d’eau chaude à même le sachet, qui sert aussi de contenant pour la dégustation. Foi de randonneuse, le résultat est souvent savoureux — surtout après plusieurs heures passées à marcher !

Une mise en garde cependant : surveillez la quantité de sel, souvent excessive dans certains produits cuisinés. Depuis peu sont aussi proposées des préparations sans gluten, sans lactose et végétariennes. Certes, au bout de plusieurs jours de ce régime, la fraîcheur peut venir à nous manquer. Combiner les aliments secs et frais est alors sans doute la meilleure solution, en prenant soin de commencer par ceux qui se conservent le moins bien. Le reste est affaire de moments partagés. Tout comme à la maison.

À consulter aussi

Cet ouvrage est une référence en matière de conseils pratiques et d’idées de recettes à concocter en plein air. Le livre se fonde sur une idée centrale : pour vivre ses activités pleinement, il est nécessaire de bien s’hydrater et de respecter ses besoins nutritionnels. Mais, surtout, l’ouvrage célèbre le plaisir de cuisiner et de manger même en pleine nature.

Du plein air, j'en mange 
Nathalie Lacombe, Vélo Québec
Éditions Montréal, 
2009, 240 pages.