Par-delà les tendances, il y a l’art

Jessica Dostie
Collaboration spéciale
La créatrice Elisa C-Rossow, dans son nouvel atelier de Pointe-Saint-Charles, à Montréal
Photo: Gaëlle Leroyer La créatrice Elisa C-Rossow, dans son nouvel atelier de Pointe-Saint-Charles, à Montréal

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

« La mode se démode, l’allure est intemporelle », aimait à dire l’illustre créatrice Gabrielle Chanel. Et si les tendances se succèdent saison après saison dans l’industrie du prêt-à-porter, définissant ce qui est devenu notre norme, des stylistes contemporaines se sont donné pour mission de perpétuer la tradition des grandes maisons en créant des vêtements qui suscitent l’émotion. Des collections éternelles. Visite (virtuelle) des ateliers tout récemment inaugurés d’Elisa C-Rossow et de Noémiah, deux griffes d’ici qui militent pour une mode réfléchie, floutant les frontières entre art et couture.

Éloge de la lenteur. Privilégier le sur-mesure, un vêtement à la fois : voilà ce qui anime, entre autres, la créatrice de mode Elisa C-Rossow, connue pour ses pièces sobres dont les lignes architecturales et élégantes ne manquent toutefois pas d’audace.

« Je cherche d’abord et avant tout à créer de l’émotion chez la personne qui porte mes vêtements, confie-t-elle en entretien vidéo. Certaines de mes clientes me disent que même si elles se lèvent du pied gauche, il leur suffit d’enfiler leur manteau pour se sentir mieux. C’est ce que j’aime : savoir que mes vêtements font du bien au moral. »

Photo: Garrett Naccarato La robe Vivienne par Elisa C-Rossow (445 $, elisa-c-rossow.com)

Il y a près d’un siècle, Virginia Woolf a bien résumé la chose : « Vaines bagatelles qu’ils semblent être, les vêtements ont, disent-ils, un destin plus important que de nous tenir au chaud. Ils changent notre vision du monde et le point de vue du monde sur nous. » Tirés du roman Orlando, ces mots de l’autrice britannique trouvent assurément encore écho aujourd’hui.

La nature comme canevas

 

Noémie Vaillancourt, derrière la marque Noémiah, s’inscrit dans la même mouvance artistique : « Pour moi, la mode, c’est plus que de beaux motifs et de beaux tissus », fait valoir, en direct de son petit atelier des Laurentides, celle qui collabore régulièrement avec des artistes visuels locaux.

Résultat : des imprimés singuliers qui transcendent ses états d’âme et transforment les tissus luxueux qu’elle privilégie en canevas, littéralement. « Mes collections sont toujours très personnelles, acquiesce-t-elle. J’essaie de voir la mode comme un moyen d’expression. Quand je crée, je parle avec mon cœur. »

Sa plus récente collection, Fleurs coupées, met ainsi en vedette des illustrations exclusives aux couleurs du printemps signées Estée Preda. Les motifs de fleurs et d’animaux un brin naïfs de l’artiste québécoise sont reproduits tantôt sur de la soie, matière précieuse s’il en est, tantôt sur du voile de coton tout léger. « Les histoires qu’Estée raconte par ses dessins m’inspirent beaucoup », explique la créatrice de mode.

Photo: Kelly Jacob La blouse Constance par Noémiah, créée en collaboration avec l’artiste Estée Preda (260 $, noemiah.com)

Également diplômée en littérature — elle s’est mise à la couture au début des années 2010, à l’aube de ses 30 ans —, Noémie Vaillancourt se sert de plus en plus de son compte Instagram afin de mettre des mots sur son travail de designer. L’art y est omniprésent.

« J’ai commencé par écrire des textes sur mon métier, sur ce que je fais, qui sont mes sous-traitants et ça m’a aidée à parler de mes robes. » Un troisième personnage s’immisce davantage dans ses récits, dit-elle : sa « maison dans la forêt », où elle a déménagé son atelier auparavant situé dans Hochelaga. Le projet, qui s’est cristallisé durant la pandémie, semble porter ses fruits. « Je pense que le calme et la nature influencent mon travail », convient-elle.

Bien installée à Montréal, dans le quartier Pointe-Saint-Charles, dans un nouvel espace « plus lumineux », décrit-elle, Elisa C-Rossow se dit pour sa part toujours inspirée par les questions de développement durable.

Outre sa collection d’accessoires haut de gamme en cuir de pomme, un matériau végétal aussi écoresponsable que chic, la créatrice propose des vêtements zéro déchet. Ainsi, les patrons de ses robes Vivienne et June, de même que de sa veste Swan et de certains pantalons et jupes, notamment, ont été pensés dans le but de minimiser les chutes de tissu. Une démarche artistique à des lieues de l’idée qu’on se faisait, il y a quelques années à peine, du design écoresponsable !

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