Oxygénons nos vies en renforçant notre lien à la nature

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
Depuis quelques années, l’organisme Face aux Vents œuvre sur la relation entre santé mentale et plein air.
Photo: Pascal Picard Depuis quelques années, l’organisme Face aux Vents œuvre sur la relation entre santé mentale et plein air.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Mettre des arbres dans sa ligne de mire, écouter le crissement de ses pas sur le sentier croûté, traquer l’empreinte d’un lièvre ou d’un chevreuil sur la surface enneigée, embrasser le ciel du regard. Bien plus que l’activité physique extérieure, le plein air renvoie au jeu, au plaisir, aux sensations qui rendent heureux. Vous rentrez d’une randonnée en raquette ou en ski de fond, et voilà que votre humeur prend du mieux sous l’effet de la sérotonine produite par l’activité et la luminosité.

Morosité collective

Accroissement du nombre de jeunes en détresse psychologique, mise en place d’un service d’appel pour personnes isolées, d’un centre de prévention du suicide, d’une aide psychosociale gratuite 24 heures sur 24 : depuis mars dernier, le gouvernement Legault reconnaît les répercussions considérables de la pandémie sur notre état d’âme généralisé et multiplie les services aux citoyens, des outils bien utiles dans ce contexte. Reste que renforcer notre lien à la nature constitue aussi une partie de la solution.

Qu’on se réfère aux instances touristiques de la Finlande, pays dont on dit que ses citoyens comptent parmi les plus heureux du monde. Une campagne publicitaire prétend que les « six étapes pour être heureux comme un Finlandais » tournent autour du lien à la nature : marcher en forêt, fréquenter les grands espaces, apprécier les changements de luminosité, etc. En période de(re)confinement, sans doute est-il plus qu’utile de nous en inspirer. Car l’impact de la pandémie est réel, c’est entre autres le webzine Psychomédia, consacré à la science et à lasanté, qui le dit : « Selon une enquête réalisée par la firme Morneau Shepell, l’indice de santé mentale des Canadiens a diminué de 12 points en avril 2020 par rapport au score de référence de 2017 à 2019. » Qu’on pense surtout à l’enfance et à l’adolescence, ces moments de vie où tout est à apprendre, à expérimenter, à explorer.

La nature a du pouvoir

C’est précisément sur la relation entre santé mentale et plein air qu’œuvre l’organisme Face aux Vents depuis quelques années. Sa mission : amener des jeunes aux prises avec des problèmes de santé mentale (dépression, TDAH, psychose) à vivre des expériences marquantes en pleine nature, susceptibles de leur apporter des outils transférables dans leur quotidien : persévérance, confiance en soi, etc. Ces immersions en montagne ou en rivière sont encadrées par des intervenants cliniques (ergothérapeutes, psychiatres) et Face aux Vents travaille étroitement avec des organismes communautaires.

Améliorer la santé mentale, notamment chez les jeunes, ne doit pas se limiter au travail des psychologues

 

Faute d’avoir organisé des expéditions en 2020, l’organisme a mis sur pied un programme de sensibilisation des élèves du secondaire aux bienfaits des activités de plein air sur le bien-être. Des ateliers ont été dispensés l’an dernier dans des écoles du Québec pour allumer chez les jeunes l’envie d’être dans la nature. « En classe, je me sers d’un brumisateur pour diffuser le parfum d’un sapin baumier, je projette des photos de rivière, de montagne, explique Jean-Philippe LeBlanc, fondateur de Face aux Vents et guide de montagne. Je leur demande ce qu’ils ressentent, ce que ça évoque chez eux ; la plupart du temps, ils me parlent d’un sentiment de liberté. Améliorer la santé mentale, notamment chez les jeunes, ne doit pas se limiter au travail des psychologues, ajoute-t-il. Il faut œuvrer en amont et miser sur la prévention. »

Ce programme mis sur pied avec l’aide de l’Association canadienne de la santé mentale comprend aussi des sorties encadrées de quelques heures à quelques jours (évidemment non dispensées présentement, pandémie oblige). « Pour toucher plus de jeunes, il faudrait le soutien et la collaboration du gouvernement, des établissements scolaires et des directions d’école, insiste Jean-Philippe LeBlanc. On le sent, il y a urgence de déployer ce programme auprès des jeunes. La structure décisionnelle ne facilite pas l’innovation rapide, il faut des mois pour traiter des demandes, et tout autant pour mettre en place des mesures. Or, il faut agir vite sur les conséquences de l’isolement des jeunes et sur la virtualisation de leur vie. »

Le plein air est, en effet, une autre façon de replacer les jeunes dans une expérience concrète, loin des écrans et du virtuel. Mais c’est aussi l’occasion d’entrer en contact avec les autres et de renforcer ses liens sociaux. Une affirmation d’autant plus vraie en ces temps qui nous contraignent à pratiquer nos activités bien souvent en solitaire. La distanciation physique a aussi sa part d’ombre.

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