L’insidieux mal de dos, cet incontournable de l’hiver

Le quart des consultations médicales concernerait  un problème  lié au dos.
Catherine Legault Le Devoir Le quart des consultations médicales concernerait un problème lié au dos.

Cela nous surprend au moment où nous nous y attendons le moins : une douleur lancinante dans le bas du dos. Même si les maux de dos peuvent survenir tout au long de l’année, l’hiver génère son lot d’éclopés. Une chute sur la glace ou une bordée de neige particulièrement abondante peuvent laisser notre dos en compote.

« Le mal de dos, c’est un peu comme le rhume. C’est un problème de santé qui a toujours été là et qui semble incontournable dans nos vies. On peut mettre les chances de notre côté en diminuant les risques, mais rien ne prouve qu’on pourra s’en passer un jour », admet Clermont Dionne, professeur au Département de réadaptation de l’Université Laval.

Des gens incommodés par des douleurs au dos, il en a vu passer des centaines dans son bureau depuis 30 ans. Le chercheur est forcé de constater que les cas se multiplient au fil des années. Le quart des consultations médicales concernerait un problème lié au dos.

« On ne meurt pas d’une lombalgie. Mais, même s’il y a peu de mortalité, ça crée énormément de souffrance. C’est le problème de santé qui cause le plus d’incapacités au Canada », note M. Dionne. Aux États-Unis, on estime la perte de productivité liée aux maux de dos à 635 milliards de dollars.

Tout le monde debout !

S’il est difficile de déterminer avec précision les causes de cette hausse, les hypothèses tendent vers une coupable : notre chaise ! Les adultes nord-américains passeraient en moyenne entre six et huit heures de leur journée assis.

Or, une position assise prolongée n’est pas de tout repos pour le bas du dos. La pression est accrue sur nos muscles, nos ligaments et nos disques intervertébraux en plus de rendre la région lombaire plus rigide.

C’est notre réflexe de rester immobile quand nous avons mal, mais cela s’est révélé inutile dans bien des cas. [...] Quand on ne bouge pas pendant quelques jours, nos muscles commencent déjà à diminuer de volume.

Les études sont de plus en plus claires : le temps assis augmente significativement les risques de souffrir de maux de dos. La solution : se lever et bouger le plus souvent possible. Ce conseil ne s’applique pas seulement pour la prévention. Même ceux qui souffrent de maux de dos auraient intérêt à défier la gravité. Alors qu’on prescrivait souvent du repos, les recommandations tendent maintenant vers une reprise progressive des activités le plus rapidement possible.

« C’est notre réflexe de rester immobile quand nous avons mal, mais cela s’est révélé inutile dans bien des cas. Les patients alités n’ont pas nécessairement moins de douleur et, en plus, ils sont déconditionnés. Quand on ne bouge pas pendant quelques jours, nos muscles commencent déjà à diminuer de volume », constate M. Dionne.

Ne risque-t-on pas d’aggraver notre cas en reprenant ses activités quotidiennes ? « Notre dos est très fort et il a tout ce qu’il faut pour se réparer. Il ne va pas mieux guérir si on arrête complètement de bouger », assure-t-il. Si la douleur est particulièrement incommodante, il suggère de prendre deux ou trois jours de repos, sans plus.

Le tabagisme et l’obésité restent encore des facteurs de risque importants. De saines habitudes de vie — même si elles constituent des moyens de prévention efficaces — ne nous mettent pas à l’abri d’une déchirure ou d’une élongation d’un ligament du dos.

Dure vie de bipède

Il y a sept millions d’années, nos ancêtres ont adopté la position debout, nous faisant passer de quadrupède à bipède. Soumise à la gravité, la colonne vertébrale a dû s’habituer à supporter une plus grande charge.

Après des millions d’années d’adaptation, notre passage sur deux pieds est-il encore responsable de nos maux de dos ? Il semble que oui. Le problème n’est d’ailleurs pas unique à l’époque moderne. Les premiers écrits sur le sujet remontent à… l’Égypte ancienne. À l’époque, la source de ces maux semblait énigmatique. Il a fallu attendre au début des années 1800 pour qu’on les associe à la colonne vertébrale et au système nerveux.

Des anomalies ont même été trouvées dans la colonne vertébrale des hommes de Néandertal. Des fossiles de dinosaures ont aussi révélé certaines singularités dorsales. Mais cela ne signifie pas qu’ils souffraient le martyre pour autant. « La douleur n’égale pas le dommage. Avec l’âge, on développe tous un peu d’arthrose et certaines anomalies totalement inoffensives », soutient Clermont Dionne.

Une douleur invisible

Pour certains patients, la douleur a une cause bien précise et facilement décelable, que ce soit un cancer, une infection ou une fracture. Cela représente à peine 5 % des cas de lombalgie.

Pour les autres, la source est souvent obscure. Et ce n’est pas un examen d’imagerie qui permettra de révéler l’origine du mal. En fait, les examens se révèlent pratiquement inutiles. Après avoir étudié des résultats de radiographies, des professionnels de la santé se sont avoués incapables de déterminer quels patients souffraient de maux de dos à partir de ces images.

Un processus frustrant pour les patients qui savent que leur douleur, elle, est bien réelle. « Se faire dire de rester actif et de ne pas rester au lit n’est pas satisfaisant pour le patient, concède le professeur Dionne. Évidemment, il veut un médicament qui va le soulager tout de suite et s’assurer qu’il n’a pas une anomalie. Malheureusement, la pilule miracle pour contrer la douleur n’existe pas encore. »