Homme au foyer, homme du futur?

En couple avec l’une des femmes les plus influentes de la planète, la première ministre de la Nouvelle-Zélande Jacinda Arden, Clarke Gayford a pris en charge les soins du nouveau bébé quand la cheffe d’État est retournée au boulot après six semaines de congé de maternité.
Photo: Don Emmert Agence France-Presse En couple avec l’une des femmes les plus influentes de la planète, la première ministre de la Nouvelle-Zélande Jacinda Arden, Clarke Gayford a pris en charge les soins du nouveau bébé quand la cheffe d’État est retournée au boulot après six semaines de congé de maternité.

En 2018, tandis qu’il embrassait le rôle de papa au foyer à temps plein, Clarke Gayford, mari de la première ministre de la Nouvelle-Zélande Jacinda Arden, faisait figure de modèle de masculinité assumée et égalitaire. En couple avec l’une des femmes les plus influentes de la planète, Gayford a pris en charge les soins du nouveau bébé quand la cheffe d’État est retournée au boulot après six semaines de congé de maternité. En confiant à Gayford les soins de sa petite Neve, Jacinda Arden transmettait le message que la part masculine d’un couple cisgenre peut très bien tenir le rôle de parent à temps plein.

La Nouvelle-Zélande a beau être une contrée lointaine, l’exemple des Arden-Gayford a de quoi inspirer de nombreux employeurs et (futurs) papas québécois. Quand une (jeune) génération de pères adhère sans complexe au rôle de donneur de soins principal, on ne peut qu’être optimiste quant à l’avenir de l’égalité des genres.

Au Québec (comme un peu partout ailleurs dans le monde occidental), féministes, travailleurs sociaux, sociologues et même bédéistes se penchent sur les répercussions de la charge mentale sur le bien-être des familles. Certes, à partir des années 1970, les femmes se sont mises à investir de façon plus significative la sphère du marché du travail rémunéré, ce qui a eu un effet indéniable sur les rôles de genre. En revanche, comme l’a rappelé Maude Pugliese, professeure et chercheuse à l’Institut national de la recherche scientifique, dans le recueil La révolution inachevée du partage des tâches, les femmes sont demeurées responsables de la vaste majorité des tâches ménagères.

« Latte papas » et autres briseurs de stéréotypes masculins

La Suède, berceau de plus d’une tendance de société à saveur progressiste, a assisté à la naissance d’une nouvelle mouture de papas « post-métrosexuels » dans la dernière décennie. Joliment surnommés les « latte papas » (en raison de leur présence visible dans les cafés), ces modèles scandinaves de paternité à plein temps sont connus pour leur style impeccable et leur choix de prendre en charge les soins des petits pendant que leur conjointe retourne au boulot.

Et le pays de Greta Thunberg n’est pas totalement à part : de récents chiffres de Statistique Canada révèlent qu’au pays, 10 % des familles canadiennes avaient un père au foyer en 2015, une nette amélioration en comparaison de 1976, où ces chiffres se situaient à 1 sur 70.

Bien que la grande majorité des parents au foyer au Canada soit des femmes, un nombre croissant d’hommes deviennent pères au foyer. Une étude de 2018 du Pew Research Center démontrait en revanche qu’aux États-Unis, le pourcentage d’hommes qui occupent un rôle de père au foyer à temps plein est passé de 4 % à 7 % depuis 1989, alors que la proportion de femmes qui occupent ce rôle est demeurée à peu près semblable (27 %, soit une baisse de 1 %  comparativement à 1989).

Cela dit, les choses bougent aussi du côté de l’affirmation positive du rôle de père : la dernière parution de la revue Modern Families Index(publiée par l’organisme britannique Working Families) révélait que la moitié des hommes interviewés pour cette étude souhaitait réduire sa charge de travail rémunéré pour contribuer davantage aux soins des enfants et qu’un tiers était prêt à accepter une baisse de salaire afin d’atteindre un meilleur équilibre travail-famille. Et plus les hommes étaient jeunes, plus ces chiffres tendaient à être élevés.

Cette valorisation du rôle de père inspirée par les Gayford-Arden et popularisée par des mouvements sociaux comme les « latte papas » suédois offre une lueur d’espoir pour ceux qui s’inquiètent de la reproduction des stéréotypes de genre. Dans son essai Si nous sommes égaux, je suis la fée des dents, l’autrice et travailleuse sociale Amélie Châteauneuf dresse un constat teinté d’une note d’exaspération à l’endroit de l’inégalité qui perdure dans le domaine sous-étudié du partage des tâches domestiques et du soin apporté aux enfants.

« Le travail de soin, d’organisation et d’entretien accompli en plus grande partie par des femmes n’est pas seulement un travail qui n’est pas rémunéré, c’est aussi un travail qui les appauvrit puisqu’il les empêche d’effectuer autant d’heures de travail rémunéré que la plupart des hommes et de cotiser autant pour la retraite (les femmes âgées disposent de 59 % des revenus de retraite des hommes) », écrit Châteauneuf, qui cite ici une étude de 2017 de la Fédération des femmes du Québec.

Et en matière d’égalité des rôles parentaux, il faut peut-être regarder du côté des parents de même sexe : l’ouvrage d’Amélie Châteauneuf révèle que les pères gais ont plus de succès en matière de distribution égalitaire de la fameuse « charge mentale ».

La famille moderne a tout à réinventer en matière de paternité saine et assumée. Dans 20 ans, Neve Arden-Gayford saura nous le confirmer.