Des vacances? Non merci!

Une étude menée en 2010 a prouvé que les employés qui avaient opté pour des vacances relaxantes sans voyager avaient un niveau de bonheur plus élevé. Ceux qui avaient planifié des vacances à l’étranger retournaient au travail… exactement dans le même état qu’avant de partir.
Photo: Jacob Lund Getty Images Une étude menée en 2010 a prouvé que les employés qui avaient opté pour des vacances relaxantes sans voyager avaient un niveau de bonheur plus élevé. Ceux qui avaient planifié des vacances à l’étranger retournaient au travail… exactement dans le même état qu’avant de partir.

Profiterez-vous de la période des Fêtes pour vous détendre, vous éloigner du boulot et prendre du bon temps ? Ou peut-être ferez-vous comme de plus en plus de travailleurs au Québec en prenant peu ou pas de vacances cette année. Les Québécois boudent-ils leurs vacances ?

Chaque année, l’agence de voyages Expedia recense les journées de congé inutilisées au pays. Étonnamment, les travailleurs ne se prévalent pas de toutes les journées de congé auxquelles ils ont droit. En moyenne, ils laissaient trois journées dans le compteur. En 2016, alors qu’ils avaient droit à 17 jours de congés payés annuellement, ils n’en ont pris que 14. Pourtant, du même souffle, la majorité des répondants disaient souhaiter obtenir plus de journées de vacances.

« Il y a effectivement une tendance à prendre moins de vacances au Québec et c’est assez préoccupant », constate Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. Les plus récentes données obtenues par l’Ordre laissent entrevoir le même constat. Les journées de congé que les Québécois s’octroient semblent fondre comme neige au soleil depuis quelques années.

Plus encore, un Canadien sur quatre peut passer une année sans prendre aucun moment de répit. « Cela s’explique difficilement parce qu’on sait que les gens visent une meilleure conciliation entre la famille et le travail et les vacances sont une bonne façon d’y arriver », remarque Mme Poirier.

Les principales excuses des boudeurs de vacances sont l’absence de projets personnels en dehors du travail, l’impossibilité de quitter le bureau pour une longue période, l’anxiété de préparer des vacances, mais c’est surtout le stress causé par l’éloignement par rapport au boulot qui constitue un frein. Pour certaines personnes, envisager de quitter le travail pour quelques semaines en laissant une montagne de dossiers en attente est anxiogène.

Ce n’est toutefois pas une raison pour se priver de vacances, prévient la chercheuse allemande Sabine Sonnentag dans une étude publiée en 2006 dans le Journal of Applied Psychology. Selon elle, pour exceller au travail, rien de mieux que des vacances ! En effet, une pause est essentielle pour maintenir un haut niveau de performance. Tout comme les athlètes incluent des périodes de récupération dans leur entraînement, pourquoi les employés et les étudiants ne s’octroieraient-ils pas ce repos bien mérité ?

On estime que la durée idéale pour des vacances est de deux à trois semaines. C’est là que le niveau de bonheur maximal serait atteint. Au-delà, il se maintient ou décline lentement. Il faut donc envisager les vacances comme une activité régulière à inclure dans son horaire plusieurs fois par année.

La chercheuse propose d’ailleurs quatre critères pour des vacances des plus bénéfiques : elles doivent permettre de se relaxer, de conserver un certain contrôle sur notre horaire, de pratiquer des activités que l’on maîtrise bien et où l’on décroche mentalement du travail.

À un clic du travail

Encore faut-il savoir décrocher ! Même si vous ne vous trouvez pas physiquement sur votre lieu de travail, vous êtes à un clic de consulter votre boîte courriel, de réviser votre dernier rapport ou de jeter un oeil à vos prochains dossiers. Vous pourriez apprendre que le projet sur lequel vous travailliez depuis des mois ne verra pas le jour, pendant que vous avez les deux pieds dans le sable. De quoi broyer du noir pour le reste du séjour !

Pourtant, pas moins de 40 % des travailleurs avouent rester en contact avec le boulot pendant leurs vacances. À leur retour, ils sont plus stressés que ceux qui auront réussi à tenir le travail à distance. « L’employeur ne peut pas exiger de garder un lien avec le bureau pendant une période de vacances. Dans la grande majorité des cas, c’est plutôt un intérêt personnel qui pousse les employés à rester connectés avec le travail », rappelle Manon Poirier. La règle numéro un pour des vacances réussies : couper totalement les ponts avec le bureau pendant ces quelques jours de congé.

Partir ou rester ?

Pour la plupart des gens, des vacances impliquent nécessairement un voyage à l’étranger. Et si la destination idéale pour vos vacances était… chez soi ? En effet, un départ s’accompagne inévitablement d’un stress. Rester à la maison devient alors tout aussi profitable, mais sans le stress inhérent.

Et cela se fait sentir dès le retour au travail. Une étude menée en 2010 a prouvé que les employés qui avaient opté pour des vacances relaxantes sans voyager avaient un niveau de bonheur plus élevé. Ceux qui avaient planifié des vacances à l’étranger retournaient au travail… exactement dans le même état qu’avant de partir.

Une tendance assez forte pour voir un nouveau terme apparaître : le « staycation », une contraction des mots anglais stay (rester) et vacation (vacances). Exit les longues heures de vol ou de voiture. Vivement la détente à la maison et la découverte du quartier.

L’art du retour

Après deux semaines de répit, la réalité peut parfois frapper de plein fouet. Il faut s’accorder un moment pour retomber sur ses pieds. Le repos a été salvateur, certes, mais il est possible de peiner à reprendre le rythme, rappelle Manon Poirier. « On ne se rend pas service en planifiant plein de rencontres pour la journée de notre retour », prévient-elle. La solution : amortir les obligations sur quelques jours.

Le 1er janvier prochain, une nouvelle norme entrera en vigueur : les travailleurs pourront profiter d’une troisième semaine de vacances après trois années de service alors que précédemment, il fallait en accumuler cinq. Reste à espérer que les travailleurs s’en prévaudront !