Pourquoi sommes-nous toujours aussi épuisés?

Après une journée de travail exigeante mentalement, il n’est pas rare de ressentir également une fatigue physique. Une recherche du NeuroErgonomics Lab au Texas pourrait en avoir découvert la cause...
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Après une journée de travail exigeante mentalement, il n’est pas rare de ressentir également une fatigue physique. Une recherche du NeuroErgonomics Lab au Texas pourrait en avoir découvert la cause...

Chaque fois que l’on s’enquiert de l’état de santé d’un collègue ou d’un proche, la réponse semble toujours la même : « Je suis si fatigué ! » Mais d’où provient cette profonde lassitude ? De plus en plus d’experts s’entendent pour dire que notre mode de vie est aussi responsable que notre hygiène de sommeil de cette fatigue généralisée.

« On a tendance à en mettre beaucoup sur le dos du sommeil. Pourtant, il y a beaucoup d’autres facteurs qui peuvent contribuer à la fatigue », souligne d’entrée de jeu Simon Beaulieu-Bonneau, psychologue et professionnel de recherche au Centre d’étude des troubles du sommeil à l’Université Laval.

Parmi ceux-ci, le stress apparaît en haut de la liste. « On vit à un rythme effréné par rapport à ce que notre système est capable de supporter », constate Lucie Montpetit, ergothérapeute et auteure du livre Se libérer de la fatigue persistante. D’ailleurs, près de 30 % des consultations chez le médecin concernent la fatigue. Chaque semaine, ce sont plus de six heures de travail qui auraient pu être productives, mais qui sont perdues à cause de la fatigue.

Le problème pourrait-il se trouver dans votre alimentation ? Une carence en fer entraîne souvent l’anémie, soit une baisse du nombre de globules rouges dans le sang, et une grande fatigue. Une récente analyse de l’Université Laval avance même qu’une alimentation riche en fer pourrait aider à réduire la sensation de fatigue même pour ceux qui ne souffrent pas d’anémie, mais qui ont une carence en fer. Certaines études indiquent qu’une alimentation riche en gras pourrait aussi être en cause en envoyant un message de satiété au cerveau, ce qui induit un certain sentiment de fatigue. En effet, pourquoi s’activer alors que la réserve d’énergie est pleine ?

Le manque de sommeil reste toutefois une cause majeure de la fatigue alors qu’une large part de la population ne dort pas suffisamment. Compter sur le samedi matin pour faire la grasse matinée et récupérer votre dette de sommeil accumulée n’est pas une solution. « Ça ne remet pas le compteur à zéro pour le lundi suivant », prévient Simon Beaulieu-Bonneau, rappelant que la privation de sommeil, même légère, peut avoir des effets sur l’attention et la mémoire en plus de nuire à la santé psychologique. En effet, le manque de sommeil entraîne parfois certains symptômes dépressifs. La gestion du sommeil doit donc être une préoccupation quotidienne.

Où est passé le marchand de sable ?

La journée a été épuisante. Vous avez cogné des clous tout l’après-midi et vous vous glissez enfin sous les draps pour une bonne nuit de sommeil. Pourtant, une fois au lit, vos yeux restent obstinément ouverts. Que se passe-t-il donc ?

« Il faut distinguer la fatigue et la somnolence, explique Simon Beaulieu-Bonneau. Quand on s’endort, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Cela nécessite une certaine transition entre l’éveil et l’endormissement. »

Les insomniaques ressentiront donc de la fatigue, mais auront unniveau de vigilance accru qui les empêche d’atteindre l’étape de la somnolence. « Ils auront souvent une appréhension à aller se coucher. Ils se disent qu’ils doivent absolument avoir une bonne nuit de sommeil, car la journée sera chargée le lendemain. Cette pression n’est pas du tout productive », constate le chercheur.

Parfois, la fatigue se fait sentir dès le réveil. Malgré une période suffisante de repos, le cerveau semble avoir de la difficulté à émerger du sommeil. Cela est tout à fait normal, assure Simon Beaulieu-Bonneau. « Il y a aussi une période de transition le matin. Certaines personnes se sentent encore dans les “vapes” au réveil. Si cet effet passe après 30 ou 45 minutes, c’est normal. Cela ne devrait toutefois pas durer tout l’avant-midi. Si c’est le cas, il faut voir s’il n’y a pas un autre problème de sommeil en cause. »

Après une journée de travail exigeante mentalement, il n’est pas rare de ressentir également une fatigue physique. Une recherche du NeuroErgonomics Lab au Texas pourrait en avoir découvert la cause. Une tâche difficile sur le plan cognitif diminue l’activité du lobe frontal du cerveau, la région responsable de coordonner nos mouvements. Résultat : quand notre cerveau travaille fort, nos muscles se fatiguent aussi.

Ce n’est toutefois pas une excuse pour bouder le gymnase, au contraire. L’activité physique a depuis longtemps prouvé sa capacité à redonner de la vitalité en plus de favoriser un sommeil de qualité. Si les bienfaits ne se font pas ressentir et que vous n’avez plus la force de continuer votre journée après l’entraînement, le problème se trouve peut-être ailleurs.

Quand la fatigue devient chronique

Lorsque la fatigue vous empêche de mener à terme les tâches du quotidien, il faut commencer à investiguer. Vous êtes peut-être atteint d’encéphalomyélite myalgique, mieux connu sous le nom de syndrome de fatigue chronique.

Malheureusement, les patients atteints se trouvent dans un vide médical alors que les causes du syndrome de la fatigue chronique sont encore mal connues. Son diagnostic n’est pas plus évident. « Certains patients se font encore dire que la maladie est dans leur tête », déplore Lucie Montpetit, ergothérapeute, qui a elle-même souffert de cette maladie auto-immune. Pourtant, les symptômes sont loin d’être imaginaires : une fatigue intense qui rend le lever pénible, voire impossible, des douleurs musculaires ou articulaires qui perdurent malgré les analgésiques et des troubles du sommeil. Aucun traitement ne semble efficace pour venir à bout de cet état. Ce syndrome toucherait entre 0,5 et 2 % des Canadiens.

« On ne recommande absolument pas d’activité physique dans les cas où il y a un malaise après l’effort. Plus je force quelqu’un à le faire,  plus il y a une aggravation des symptômes neurophysiologiques et moins il a de chances de s’améliorer », prévient Lucie Montpetit. Parmi les hypothèses avancées pour expliquer ce mal, on retrouve la présence d’un virus ou d’une bactérie, alors que chez certains patients, les symptômes apparaissent à la suite d’une infection.